Durant quelques heures, la Chine sans âge, la Chine de tous les âges a déferlé sur nos écrans, cinq mille ans et des chants d’enfants. Flamboyante et superbe, cette Chine là, qui rappelait qu’avant la force des armes et la puissance économique, il y avait la culture, l’invention de l’écrit et la prééminence de l’esprit. Les milliers de figurants qui avaient répété durant des mois des scènes d’une précision inouïe auraient pu être comparés à ces « insectes sociaux » les fourmis, les termites, programmés pour effectuer des tâches uniques et très précises, mis en mouvement par une sorte d’intelligence collective. Mais cette comparaison trop facile ne tenait pas la route : a-t-on jamais vu des fourmis éclater de bonheur, a-t-on jamais lu la fierté, la joie dans le regard des robots ? Ce qui apparaissait ici, c’est l’orgueil légitime d’un peuple qui a pu renouer avec son histoire en se fondant sur la force de ses racines, la richesse de ses traditions tout en intégrant les techniques les plus sophistiquées de la modernité. Mais surtout, la Chine a donné une leçon à tous les peuples dominés, dont les dirigeants n’avaient pas manqué le rendez vous : elle a montré le chemin que pouvait accomplir un pays qui, voici un demi siècle encore, appartenait au « tiers monde ». Les collectes pour les « petits Chinois qui meurent de faim » cela n’est pas si ancien et à la moitié du siècle dernier encore, les plateaux de menue monnaie destinés à la Chine avoisinaient avec les petits nègres qui disaient merci lorsqu’on se délestait de boulettes en papier d’argent…La Chine aussi a été agressée, (rappelons nous les guerres de l’opium au 19 e siècle, où il fallait obliger Pékin à accepter le libre commerce de la drogue, c’était déjà la version occidentale de la mondialisation…)humiliée, les tentatives de dépecage n’ont pas manqué, et cependant le pays a survécu, triomphé car la culture n’a pas pu être abolie, même pas par la révolution dite culturelle qui avait cependant bien essayé de faire table rase..
L’extraordinaire enseignement que les pays du Sud peuvent retenir de ces JO, c’est qu’il y a moyen de sortir de la misère, de la dépendance, de l’humiliation, à condition d’en payer le prix en termes de travail, de discipline, de rigueur. Mais aussi en se fondant sur ses valeurs propres, sa culture et non sur des préceptes et des recettes imposées par d’autres.
En assistant à ce triomphe des JO, comment ne pas songer aux espoirs d’hier, aux grandes conférences qui réunissaient naguère les peuples du Sud, Bandoeng, Alger, comment ne pas se rappeler les innombrables combats, les défaites et des trahisons et comment ne pas se dire que l’émergence de la Chine, c’est aussi celle de tous les peuples qui furent naguère colonisés, asservis…
Pékin nous a fait entrevoir un autre monde, et nous clignons encore des yeux, incrédules : un monde sans Coca Cola, sans Sony, sans General Motors est il vraiment possible ? Où sont les sponsors et les publicités ?
Les Américains, nous dit on, n’ont pas pu assister en direct à l’ouverture des Jeux, partager en temps réel la ferveur ou la curiosité qui réunissaient un quart de l’humanité. Rassurons nous, il ne s’agissait pas de censure politique, loin de là, mais d’une affaire d’argent : l’une des grandes chaînes US avait raflé le monopole de la retransmission pour le passer en prime time. Ouf, nous avions failli alerter Reporter sans Frontières pour leur demander s’il ne s’agissait pas là d’une violation de la liberté d’information. Laissons donc Robert Menard suspendre ses banderoles et animer sa cyber guerilla : une censure ou en tous cas un retard d’information pour cause financière, c’est tellement courant que cela ne vaut pas la peine de se mobiliser.