5 août 2008

Pour une justice tous azimuths

Catégorie commentaire

Les sept membres de la « Commission Mucyo », appliquant le mandat qui leur avait été donné, ont travaillé totalement à charge, dans le but de démontrer l’implication de la France dans le génocide, avant, pendant et après. Leur réquisitoire écarte d’éventuelles circonstances atténuantes et il épargne d’autres puissances extérieures comme la Belgique ou les Etats Unis.
Cependant, même unilatéral, le constat est accablant : de multiples témoignages démontrent comment un grand pays démocratique s’est trouvé impliqué dans le dernier génocide du siècle dernier, pratiquement à l’insu de son opinion publique et de ses instances de contrôle. Et un petit pays d’Afrique, résistant aux pressions et aux menaces, est allé jusqu’au bout de sa logique, portant l’affaire sur la place publique, au nom d’une justice universelle, qui devrait pouvoir s’exercer aussi depuis le Sud vers le Nord. La démarche rwandaise est courageuse par rapport aux victimes, qui ont droit à la vérité et aux réparations, mais elle représente aussi une contre attaque : en effet, neuf des dirigeants rwandais actuels sont visés par des mandats d’arrêt internationaux, délivrés par le juge français Bruguière et par son collègè espagnol Merelles. Voyant dans ces inculpations une démarche purement politique, Kigali a rompu les relations diplomatiques avec Paris.
il n’empêche que l’exigence de justice ne peut souffrir de limitations : si le Rwanda a raison d’exiger que la lumière soit faite à propos du génocide et de ses complices, il doit aussi accepter que des actes de guerre, des massacres, des violations massives des droits de l’homme commises par ses propres troupes fassent l’objet d’investigations internationales. Le rapport Mucyo ouvre d’ailleurs la voie à des enquêtes ultérieures, soulignant les appuis dont ont bénéficié les extrémistes hutus réfugiés au Congo, avec à la clé deux guerres meurtrières pour… la population congolaise et des violences qui se poursuivent toujours.
Après 1994, les métastases du génocide, de la haine ethnique, de la violence ont essaimé dans toute la région des Grands Lacs et si, dans le cas des victimes tutsies du Rwanda seule la vérité peut aider à guérir les plaies, le même exercice de justice doit être réclamé pour les Hutus de Kibeho, de Byumba et d’ailleurs et surtout pour les Congolais du Kivu auxquels, jusqu’à aujourd’hui, il est interdit d’évoquer et de rouvrir les charniers qui qui jalonnent leur frontière avec le Rwanda…