Même si la démission du Premier Ministre congolais Antoine Gizenga n’a pas réellement surpris étant donné l’âge du « Patriarche » (83 ans) elle ouvre cependant une période d’incertitudes. En effet, en se retirant , le chef du gouvernement n’a ni suggéré de successeur ni demandé le maintien son équipe : il a déposé toutes les cartes entre les mains du chef de l’Etat et ce retrait soudain laisse supposer soit le désaveu de certaines nomination récentes soit la crainte de voir l’équipe toute entière faire l’objet d’une motion de censure à l’Assemblée. Dans l’immédiat, avant la désignation officielle d’un successeur, plusieurs personnalités, ensemble ou séparément, pourraient assurer l’intérim : le choix le plus logique se porterait sur l’actuel vice Premier Ministre en charge de l’Agriculture, François Nsanga Mobutu, fils du défunt dictateur et qui représente le lien avec la province de l’Equateur et l’Ouest du pays. Deux autres personnalités pourraient le seconder, Maître Nkulu, conseiller à la présidence et Godefroid Mayobo, membre du parti lumumbiste unifié, ancien directeur de cabinet et éminence grise de M. Gizenga, malgré de récents déboires avec son parti.
Le retrait du Premier Ministre aiguise évidemment les ambitions et ouvre la voie à bien des supputations. La première question ramène à l’accord préélectoral conclu en 2006, à la veille des présidentielles : la « primature » avait elle été promise à M. Gizenga, symbole de continuité historique, où à son parti ? Dans ce dernier cas, l’actuel Ministre du Budget, M. Muzito se trouverait sur les rangs des successeurs potentiels.
Par ailleurs, le groupe majoritaire, l’Alliance pour une majorité présidentielle, ne manque pas de candidats possibles : sont ainsi cités les noms du professeur Boshab, qui se trouve à la tête du parti présidentiel PPRD, celui du Katangais Katumba Wanke, éminence grise et grand argentier du pouvoir ainsi que Vital Kamerhe, actuel président de l’Assemblée nationale. Puisqu’au Congo aussi il faut tenir compte des équilibres régionaux, Kamerhe pourrait cependant être desservi par le fait d’être originaire du Kivu et, si le choix du président devait se porter sur un Kasaïen, le professeur d’économie Mabi Mulumba, ancien président de la Cour des Comptes, pourrait sortir du lot…
Etant donné les enjeux de l’heure (l’embrasement militaire à l’Est, les réticences des Occidentaux face aux contrats chinois, la grogne sociale) le remplacement de M. Gizenga pourrait aussi être l’occasion d’un remaniement en profondeur, avec déjà une double perspective électorale : les élections locales de l’an prochain, et les prochaines législatives et présidentielles de 2011…