Alors que les forces gouvernementales refluaient en désordre depuis Rutshuru, tombée aux mains des hommes de Laurent Nkunda, la ville de Goma s’est vidée de ses habitants : tous ceux qui le pouvaient se sont repliés sur Bukavu, la capitale du Sud Kivu, -qui redoute également d’être infiltrée-, les autres ont tenté d’échapper aux tirs sporadiques même si en début de soirée le mouvement de Laurent Nkunda, à la demande des Nations unies, a annoncé qu’il n’entrerait pas dans la ville et qu’il décrétait un cessez le feu. Le personnel de la Mission des Nations unies au Congo a quitté ses bureaux voisins de l’aéroport pour une résidence plus sûre au bord du lac Kivu, à proximité de la frontière rwandaise..
Cette tactique consistant à pousser les populations civiles en avant et de provoquer la débandade des forces adverses en annonçant l’imminence de la chute de la ville ressemble aux pratiques déjà mises en œuvre par les troupes de Kagame contre l’armée d’Habyarimana en 1994 et surtout contre les forces de Mobutu en 1996-97 : Laurent Nkunda est allé à bonne école… Quant aux forces gouvernementales, elles ont pillé Rutshuru en fuyant, et à Goma aussi elles se sont livrées à des exactions. Quant aux Casques bleus, 6000 d‘entre eux (sur les 17.000 que comporte la force onusienne) se sont déployés aux portes de Goma et des hélicoptères de combat sont entrés en action. Mais le représentant spécial de l’ONU Alan Doss a déclaré que ses hommes, désormais abandonnés par une armée congolaise en débandade, se trouvaient à la limite de leurs capacités et il a, d’urgence, redemandé des renforts.
Alors qu’il est trop tard pour empêcher ce revers militaire qui sera lourd de conséquences pour le pouvoir en place à Kinshasa, la communauté internationale se mobilise enfin, plutôt dans le désordre. Si le chef de la MONUC demande des renforts, le Conseil de sécurité s’est retrouvé divisé sur cette question et les Etats-Unis vont envoyer un nouvel émissaire au Congo. Du côté européen, une position en pointe a été prise par Bernard Kouchner alors que la France préside l’Union européenne : il s’est déclaré favorable au déploiement de 1500 hommes pour mettre fin aux violences. Selon lui, un « groupe tactique » c’est-à-dire une sorte de garde militaire qui, par roulement, peut offrir entre 400 et 1500 hommes pourrait se déployer en huit ou dix jours. M. Kouchner est cependant conscient des réticences d’autres partenaires européens et demeure en contact avec le secrétaire général de l’ONU Ban Ki Moon et avec Javier Solana le Haut représentant de l’UE. En outre, chacun sait aussi que le déploiement d’éléments français, même sous une bannière européenne, serait accueilli avec beaucoup de suspicion par le Rwanda. C’est pourquoi Paris essaie d’associer les Britanniques à l’initiative.
En fait, le Européens semblent privilégier une solution politique. Tel est en tous cas le message que le commissaire Louis Michel, en plus de l’évaluation des besoins humanitaires, est allé porter à Kinshasa. Mais quelle peut être l’issue politique de cette crise ? Sur ce point, bien des accords avaient déjà été conclus sans être jamais respectés : M. Nkunda a refusé d’être réintégré dans l’armée congolaise comme cela lui avait déjà été proposé, et en janvier 2007, la conférence de Goma s’était conclue par un acte d’engagement prévoyant le désarmement de tous les belligérants. Soutenu par la communauté internationale , le «programme Amani » dirigé par l’abbé Malu Malu a été torpillé par la reprise des combats.
C’est pourquoi une double action internationale est désormais envisagée : politique et militaire. Sur le plan politique, Karel De Gucht, -qui n’a toujours pas décelé de preuves de l’implication rwandaise- estime cependant que seul Kigali peut faire pression sur Nkunda et il se prépare à rencontrer le président Kagame, perspective qui ne fait pas l’unanimité au sein du gouvernement belge.
De plus, alors qu’il s’y était jusqu’à présent opposé, le ministre soutient désormais le principe de l’intervention militaire européenne, à laquelle la Belgique, sous une forme ou sous une autre, pourrait participer (des dizaines de militaires belges, à toutes fins utiles, ont déjà pris leur visa pour le Congo)