16 novembre 2008

Talk and gight face à Obasanjo

Catégorie actualité

« Talk and fight », négocier et combattre. De préférence en même temps. Cette tactique, revendiquée naguère par le président ougandais Museveni est plus d’actualité que jamais dans l’Est du Congo : alors que le nouvel émissaire de l’ONU, Olusegun Obasanjo s’entretenait avec le chef des rebelles Laurent Nkunda, de violents combats étaient à nouveau engagés du côté de Kayabayonga, une localité stratégique. Kayabayonga en effet verrouille la route qui, à travers le nord de la province, mène à l’Ouganda et permet l’acheminement des secours aux déplacés.
Avant de se rendre à Jomba, le fief de Nkunda, Obasanjo, un ancien président du Nigeria qui a toute la confiance des Américains, s’était entretenu avec le président Kabila et avait soulevé l’hypothèse d’une négociation. Même si l’Assemblée nationale congolaise privilégie une voie pacifique, le pouvoir congolais, s’appuyant sur sa légitimité issue des élections de 2006, avance que trop de concessions accordées à Nkunda (comme sa réintégration dans l’armée ou l’intégration au gouvernement de personnalités politiques ayant son aval) représenterait un encouragement à tous les chefs de guerre potentiels…
Sur le terrain cependant, l’armée gouvernementale souffre de graves handicaps : elle a déployé au Nord Kivu 26.700 militaires, dont 12.000 soldats issus des brigades intégrées (c’est-à-dire des militaires issus des divers groupes armés, brassés et formés par des pays amis dont la Belgique) et ces troupes n’ont pas tenu le choc face à des rebelles dont beaucoup ont «fait leurs classes » au sein de l’armée rwandaise. A Kayabayonga par exemple, un premier mouvement de panique des forces gouvernementales a été provoqué par… un simple SMS adressé à leur commandant, annonçant l’ arrivée imminente des rebelles ! Bien qu’ayant été formée et encadrée par la Monuc, la brigade, au sein de laquelle se trouvaient de nombreux anciens combattants de Jean-Pierre Bemba s’est délitée, se livrant à des pillages et des exactions…A Kinshasa le porte parole de l’état major a assuré que la plupart des soldats s’étant livrés à des pillages avaient été arrêtés et qu’ils comparaîtraient devant la cour militaire.
Le malaise est cependant plus profond. Non seulement les soldats touchent une solde insuffisante (42 dollars par mois contre dix voici trois ans) mais des fonds destinés à l’armée subissent ce que l’on appelle des « opérations retour », où les montants envoyés dans l’Est pour soutenir l’effort de guerre sont détournés à la source ou… renvoyés chez des généraux qui mènent grand train à Kinshasa. Ce phénomène n’a pas échappé aux alliés du Congo : lors de la réunion des pays d’Afrique australe, qui s’est tenue le week end dernier à Johannesourg et où le président Kabila a demandé l’appui de ses alliés, des propos jugés « humiliants » pour les Congolais ont été tenus : «vos officiers sont des bourgeois, ils restent en arrière et s’achètent de belles voitures, et vous voudriez que nous allions au front à votre place » ont déclaré Angolais et Zimbabwéens en posant des conditions à leur éventuelle intervention.
Le nouveau commandant en chef des forces de la MONUC, le général sénégalais Babacar Gaye, n’a pas dit autre chose. Revenant d’une tournée dans l’Est, il a assuré à l’AFP que l’armée congolaise « dans une situation difficile » avait besoin d’une sérieuse « remise en ordre », précisant « il faut éviter que des militaires fuient parce qu’on leur a annoncé une attaque mais aussi éviter que d’autres, sans coordination, se lancent dans des contre attaques » (comme cela a été le cas récemment près de Goma.)
Ajoutons que les déplacements incessantes de 250.000 civils, terrorisés par les échanges de tirs, compliquent les mouvements militaires, aggravent le terrible bilan humain et ajoutent encore à l’impression générale de chaos…