21 novembre 2008

L’abbé Malu Malu défend le programme Amani

Catégorie actualité, interview

Invité par le Centre national de coopération au développement, l’abbé Apollinaire Malu Malu, ancien président de la Commission électorale indépendante, a longuement évoqué la guerre qui sévit au Kivu. S’il se félicite de la décision de renforcer les effectifs de la Mission des Nations Unies au Congo, il insiste cependant sur le caractère urgent d’une intervention militaire. Depuis janvier 2008, l’abbé Malu Malu pilote le «processus Amani », mis en œuvre après la conférence de Goma, à laquelle tous les groupes armés avaient été invités. Son objectif : trouver une solution structurelle, de manière participative, afin que nul ne puisse dire que la solution lui aurait été imposée.
Au cours d’un entretien séparé, l’abbé nous a expliqué que «ceux qui avaient critiqué la lenteur du processus sont ceux là même qui, au cours des discussions, avaient multiplié les obstacles. Ils sortaient, il fallait aller les récupérer, la facilitation internationale devait aller les retrouver… Le processus était difficile, mais nous étions tout de même arrivés à clarifier les plans de sortie. Nous en avions défini quatre : un plan de désengagement militaire, un plan de restauration de l’autorité de l’Etat, un plan d’intégration des groupes rebelles dans l’armée et enfin un plan prévoyant la réinstallation des réfugiés et déplacés, avec la collaboration du Haut commissariat aux réfugiés.
Alors que nous arrivions à la fin de cette négociation globale, le CNDP a multiplié les excuses pour ne pas contribuer. Nous avions compris qu’il fallait poursuivre l’ouverture, afin de ne pas lui donner d’alibi. Nous avons donc décidé de répondre à chacun des points sur lesquels ils objectaient. Alors que la négociation avait pratiquement abouti, Nkunda est sorti de notre programme Amani. Or le plan de désengagement militaire qui avait été préparé par la Monuc avait l’avantage de mettre tous les problèmes sur la table : les groupes armés devaient se rendre dans des centres de regroupement de leur choix. Tous ont accepté, sauf le CNDP. Il était aussi prévu que les militaires quittent la cité, aillent dans les casernes tandis que l’opération Kymia, destinée aux combattants hutus des FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda) prévoyait qu’ils soient cantonnés et empêchés d’occuper les espaces libérés. Il était prévu aussi de redéployer la police, dont deux bataillons se trouvaient déjà à Kisangani pour venir remplacer les militaires.
Alors que la négociation progressait, nous avons eu l’impression que les émissaires de Nkunda bloquaient, comme s’ils ne souhaitaient pas réellement arriver à une solution. »

Comment peut on sortir de cette crise ?
« Il faudrait des entretiens directs entre les présidents rwandais et congolais. Même s’il refuse aujourd’hui, Kagame acceptera un jour car on ne choisit pas ses voisins et il faut éviter que les Etats se reconstruisent dans le ressentiment les uns contre les autres…..Les pays qui le peuvent devraient exercer de l’influence sur le Rwanda, car Nkunda avance les mêmes arguments que Kigali.

Que veut exactement Laurent Nkunda ?

Le problème, c’est que son cahier des charges change tout le temps… On voudrait connaître une fois pour toutes son agenda, j’ai demandé au président Obasanjo de lui poser la question. Au début, il exigeait le retour des réfugiés tutsis, or le programme Amani a permis de débloquer cette question, en organisant le contact tripartite avec les pays voisins.
Ensuite il a avancé la question des FDLR, et nous lui avons dit que cela, cela se réglait entre Etats. Il a alors proclamé la rébellion, renié le programme Amani, plaçant chaque fois la barre plus haut. Je crois qu’il a pris goût à la déstabilisation, et qu’on l’a entretenu dans l’ambition de rééditer les exploits de la guerre de 96, de celle de 98…Mais il se trompe lourdement : les époques ont changé, il y a eu les élections …
Il a une capacité de nuisance, mais n’aura ni les moyens de sa politique ni la politique de ses moyens, n’ira pas à Kinshasa pour renverser le régime.…Maintenant, il faut arrêter le massacre. Outre ce qui s’est passé à Kiwanja, qui est déjà connu, il a démantelé les camps de déplacés, tout cela ce sont des crimes de guerre.
Y a-t-il des motivations économiques ?
« Ce qui nous frappe c’est qu’il a réagi négativement lorsque nous avons proposé que la douane de Bunagana soit fermée, c’est de là qu’il tirait son fonds de commerce. Maintenant il tient Bunagana (à l’intersection du Congo, du Rwanda et de l’Ouganda) et aussi Ishasha, il contrôle toutes les douanes du Nord Kivu, ne laissant plus rien comme ressources à l’autorité provinciale. Sur le plan international, on semble mettre en avant deux points : le développement économique au Rwanda, et le chaos qui persiste dans le Kivu voisin. Comme s’il y avait un lien entre les deux…