1 décembre 2008

Des Belges au Congo: décision imminente

Catégorie actualité

La Belgique pourrait, cette semaine encore, briser un tabou: le veto mis par la
Commission Rwanda à l’envoi de troupes dans nos
anciennes colonies, dans le cadre d’une mission onusienne.
Au vu de la situation humanitaire insupportable dans le Nord Kivu, où la dernière
offensive de Laurent Nkunda a ajouté 250.000 déplacés au million de personnes qui
avaient déjà été chassées de leurs villages et erraient d’un camp à l’autre, tout
pourrait désormais aller très vite.
La semaine dernière, Karel De Gucht était rentré de New York avec un message pressant du
secrétaire général de l’ONU Ban Ki Moon qui estimait qu’une force d’interposition
européenne était nécessaire, en attendant que l’ONU trouve le nouveau contingent de 3000
hommes que le Conseil de Sécurité l’a autorisé à envoyer au Congo. Alors que la Mission
des Nations unies au Congo compte déjà 17.500 Casques bleus sur le terrain, il n’est pas
facile de convaincre les pays contributeurs d’accroître encore leurs efforts,
d’autant moins que Kinshasa vient de mettre son veto à l’arrivée de renforts indiens,
considérant que les éléments se trouvant déjà au Nord Kivu avaient failli à leur mission
de protection des civils sinon “pactisé” avec les rebelles.
Comme l’envoi de troupes fraîches pourrait prendre quatre à cinq mois, les Européens ont
été invités à assurer la transition et la Belgique, qui tente de mobiliser l’opinion
internationale à propos du Congo, s’est retrouvée placée devant ses responsabilités et
priée d’apporter sa contribution.
Tout indique que cette fois les Belges ne se feront guère prier: depuis des semaines,
les ONG humanitaires et de défense des droits de l’homme ont mobilisé l’opinion et nul
n’ignore plus la gravité des violences sexuelles dont sont victimes les femmes
congolaises, l’ampleur qu’a pris le recrutement d’enfants soldats, le dénuement des
déplacés qui vivent dans des “trous noirs humanitaires” où, faute de sécurité, l’aide
n’arrive pas. Alors que, jusqu’à présent la classe politique demeurait marquée par la
tragédie du Rwanda, les positions cette fois ont
évolué, surtout du côté flamand: s’exprimant à la VRT, la présidente du CDNV,Marianne
Thyssen a reconnu que la situation dans l’Est du Congo était “affreuse” et qu’il fallait
faire quelque chose, Caroline Gennez, la présidente du sp.a pense également qu’il faut
pouvoir envoyer des militaires belges au Congo, un sentiment partagé par Bart Somers du
VLD et même par les Verts flamands.
Tous les partis, à l’instar du PS et du sénateur Alain Destexhe (co rédacteur de la
résolution de la Commission Rwanda) posent cependant comme préalable la tenue d’un débat
au Parlement. Celui ci pourrait avoir lieu dans les prochains jours, car le premier
Ministre Yves Leterme s’est engagé à donner une réponse à l’ONU avant le 5 décembre.
Si le vote sera probablement favorable à un engagement militaire belge, il ne s’agira
cependant pas d’un chèque en blanc: nos soldats feront partie d’une
force européenne intérimaire dont l’engagement sera limité dans le temps. Les Belges ne
devraient pas être seuls mais accompagnés de partenaires musclés, les Hollandais, les
Norvégiens ont déjà été pressentis, les Allemands ont jusqu’à présent décliné
l’invitation. Les Britanniques, eux, préféreraient, dans le cadre strict de l’ONU,se déployer en compagnie de Nigerians et de Banga deshis.Quant aux Français, qui étaient partants dès le départ, à l’initiative de
Bernard Kouchner, ils sont à présent plus réticents: tout d’abord parce que leur
présence éventuelle au Nord Kivu serait très peu appréciée par le Rwanda et son allié
Nkunda, et ensuite parce que l’armée française, échaudée par les pertes subies en
Afghanistan, se montre très soucieuse du commandement auquel elle soumettra ses troupes.
C’est un sujet qui inquiète les Belges également: sous quelle autorité nos soldats
seront ils placés? Le député Daniel Ducarme pose déjà clairement la question: “qui sera
en charge de cette force, les instances de décision de l’ONU ou celles de l’Union
européenne? New York ou l’état major européen qui se trouve à Potsdam? Et sur le
terrain, qui donnera le “go” si, par exemple il faut engager des hélicoptères dans une
action offensive? »
Au cours des prochains jours, ces questions devraient pouvoir être réglées car l’ONU est
très désireuse de recevoir des renforts tandis que l’Union européenne,
est très préoccupée par les risques de déstabilisation totale du Congo, au cas où
Nkunda réussirait à élargir la zone qu’il contrôle et qui représente déjà le double de celle de la Belgique.
Sur le plan militaire, les Belges se disent prêts : ils pourraient, par exemple, sécuriser l’aéroport de Goma, à l’instar de ce qu’ils font avec succès à Kaboul. Ils rappellent aussi que le contingent de 750 Casques bleus béninois, formé et équipé par la Belgique, se trouve déjà au Congo et que, s’il était déplacé vers le Nord Kivu, ces soldats francophones seraient très appréciés par la population et pourraient, sans problème, coopérer avec des Belges qu’ils connaissent déjà. Reste cependant la question budgétaire : considérant que son intervention au Congo est le préalable à toute action humanitaire d’envergure, le Ministère de la Défense sollicitera peut-être la contribution de Charles Michel, qui à titre personnel s’est déclaré favorable l’opération et qui, au titre de ministre sera peut être invité à participer à son financement…