23 décembre 2008
Pourquoi l’armée congolaise est aussi faible
Catégorie actualité, commentaire
Même si son mandat est renouvelé et renforcé, la Mission des Nations unies au Congo, autant qu’une hypothétique force européenne, sera confrontée à un compagnonnage difficile : les soldats de la paix devront collaborer avec les forces armées congolaises, qui sont à la fois l’instrument de l’autorité de l’Etat et la plus grande fragilité de ce dernier.
Pour comprendre la faiblesse de cette armée, il faut se rappeler que ce sont les accords de paix de Sun City, conclus en 2002 sous l’égide de la communauté internationale, qui ont donné naissance à une formule hybride : le pouvoir politique était partagé entre un président (Joseph Kabila) et quatre vice présidents. Deux d’entre eux, Jean-Pierre Bemba et Azarias Ruberwa étaient issus mouvements de rébellion, le dernier, au nom du RCD Goma, prenant en charge la Défense et la Sécurité. Au nom de la réconciliation nationale, 340.000 hommes venus d’horizons très différents se retrouvèrent au sein d’une armée en pleine restructuration tandis que des ex-rebelles, dont certains demeurés très proches du Rwanda et de leur ancien compagnon d’armes Laurent Nkunda, se voyaient octroyer des responsabilités au niveau supérieur.
Au niveau des troupes, deux premiers recensements, appuyés par l’Union européenne, ont permis d’éliminer 130.000 effectifs « fantômes » et 75.000 hommes ont été démobilisés, dont de nombreux enfants soldats, ce qui porte l’effectif actuel à 135.000 hommes. Ces derniers sont d’une valeur très inégale : après avoir séjourné dans des «centres de brassage», censés homogéniser leurs forces, ils ont formé 18 brigades dites intégrées, dont les 45.000 hommes ont suivi des formations disparates, dispensées par la Belgique, l’Afrique du Sud, l’Angola. En principe, ces hommes, qui vivent avec leurs familles dans des conditions souvent déplorables, devraient être cantonnés afin de pouvoir poursuivre leur formation. Les soldes, qui étaient de dix dollars par mois voici trois ans et sont passées à 45 aujourd’hui, sont irrégulièrement versées, et régulièrement détournées par les officiers, de même que les «frais de ménage » destinés aux familles.
Alors que les Congolais désiraient créer une « force de réaction rapide » composée de soldats opérationnels et bien formés, aucun pays ne s’est présenté pour les aider à se doter d’un tel instrument et, faute d’appui, la réforme du secteur de sécurité a marqué le pas.
Au Nord Kivu, les forces congolaises (26.700 hommes dont 12 000 soldats « intégrés ») alignées pour combattre Laurent Nkunda, se sont trouvées en état d’infériorité, malgré leur nombre et malgré le matériel coûteux dont elles avaient été dotées : peu ou pas payés, les soldats ont commis de nombreuses exactions sur les populations civiles et à plusieurs reprises ont choisi la fuite après avoir commis des pillages.
En face d’eux, les rebelles, présentés comme plus disciplinés, étaient en réalité d’impitoyables combattants, formés à l’école rwandaise et officieusement appuyés par Kigali, dont l’armée est reconnue comme l’une des meilleures d’Afrique. En outre, la loyauté de plusieurs officiers s’est avérée sujette à caution. En effet, plusieurs des commandants déployés au Nord Kivu étaient issus du RCD-Goma et ces anciens compagnons de Nkunda avaient gardé le contact avec le chef rebelle. D’autres commandants, issus des groupes Mai Mai ou proches du Pareco (patriotes résistants congolais) ont ouvertement fraternisé avec les FDLR, ces combattants hutus rwandais dont Kigali réclame inlassablement le désarmement ou l’extradition. Plusieurs raisons expliquent cette collaboration «de terrain » : les FDLR sont des combattants aguerris et occupent volontiers les positions reprises par les FARDC, tandis que sur plusieurs sites miniers, ils partagent avec les officiers congolais les bénéfices de l’exploitation des ressources naturelles.
Le faible niveau d’une armée gouvernementale qui n’a pas encore eu le temps de se structurer, et les ambiguïtés de son commandement, expliquent aussi les difficultés qu’éprouvent les Casques bleus à entreprendre des opérations militaires conjointes avec d’aussi imprévisibles alliés…