26 décembre 2008
MSF dans le plexus
Catégorie actualité, commentaire
Une voix d’enfant, douce et tendre, qui évoque des Noëls partagés, la chaleur d’un foyer lointain, la nostalgie d’un père absent…Et, contrastant avec la chère tête blonde que l’on devine lointaine et angoissée, des visages grimaçant de douleur. Du sang qui gicle, des instruments hâtivement échangés, un sentiment d’urgence et de violence. Telle est la publicité que MSF nous balance dans tous les cinémas de la ville. Brutale, agressive. Vraie parfois : on pense au Kivu, à Kiwandja, au Darfour et à tant d’autres lieux, aux équipes qui opèrent à proximité des terrains de combats et qui, contrairement à d’autres, refusent de se retirer des sites menacés. Mais un tel coup de poing est-il réellement nécessaire et juste ?
Ne conforte-t-il pas une fois encore tous les présupposés à propos de l’Afrique ? Rien ne manque pour entretenir l‘imaginaire européen : des Noirs en détresse, victimes de la sauvagerie des leurs, des mains qui sauvent, blanches évidemment, et qui maîtrisent technique et instruments. Des jeunes d’ici, idéalistes et un peu fous, qui sacrifient leur vie de famille au service de ces peuplades hurlantes et dégoulinantes de sang.
N’y aurait-il pas autre chose à montrer pour illustrer la solidarité dont font preuve les équipes de MSF ? Le fait, par exemple, qu’elles travaillent souvent avec du personnel local, dont le dévouement n’est pas moins grand que celui des expatriés, qu’elles mettent quelquefois en œuvre des politiques de prévention qui vont au-delà de l’urgence pure et dure ?
Il est possible que des images plus nuancées de l’intervention humanitaire et plus respectueuses des victimes rapporteraient moins que les coups de poing lancés dans le plexus des spectateurs…C’est dommage, car MSF vaut mieux que les clichés qu’en livrent ses publicistes.