26 janvier 2009

La traque des Hutus rwandais a commencé

Catégorie Non classé

Discrètement entrés en territoire congolais par les petits postes frontière de Kibati et Kibumba, les militaires rwandais, dont le nombre est évalué entre 5 et 7000 hommes, ont entamé leurs opérations au Nord Kivu contre les forces des FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda). Alors que hier encore l’armée rwandaise était accusée de soutenir la rébellion de Laurent Nkunda, cette fois, à l’issue d’un virage à 180 degrés décidé par les présidents Kabila et Kagame, c’est aux côtés de l’armée congolaise qu’opèrent les soldats rwandais tandis que l’ancien chef rebelle se trouve en résidence surveillée dans un hôtel de la ville frontalière de Gisenyi. Selon son porte parole Bertrand Bisimwa, ses anciens alliés ont intercepté Nkunda alors qu’il avait traversé la frontière dans l’intention de s’entretenir avec les autorités rwandaises. Mis à l’écart au profit de son chef d’état major Bosco Ntaganda, qui a accepté d’être réintégré dans l’armée congolaise et participe désormais aux opérations conjointes, Laurent Nkunda demeure cependant un problème pour le Rwanda : Kinshasa en effet a exigé l’extradition du chef de guerre afin qu’il puisse être traduit en justice.
Il s’agît là d’une décision difficile à prendre pour Kigali, car Nkunda, depuis 1990, a combattu dans les rangs du Front patriotique rwandais où il compte de nombreux amis. Par la suite, il a défendu la cause des Tutsis congolais et les intérêts du Rwanda dans la région et dans sa communauté comme au Rwanda, beaucoup le considèrent come un héros de la “cause”……Son lâchage a d’ailleurs suscité des remous dans l’armée rwandaise où deux officiers ont été arrêtés.
Par ailleurs, Bosco Ntaganda représente, lui, un problème pour le Congo : désormais rallié à Kinshasa et paradant aux côtés du ministre congolais de la Défense et d’autres autorités venues de KInshasa, celui que l’opinion qualifie parfois de « Terminator » fait l’objet d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale pour les crimes de guerre commis dans l’Ituri où il était l’adjoint de Thomas Lubanga, qui comparaît ces jours ci à La Haye. Il serait également tenu pour responsable du récent massacre de Kiwandja qui avait fait au moins 160 morts civils…
Dans l’immédiat cependant, la population du Nord Kivu a salué avec soulagement la mise à l’écart de Nkunda, l’éclatement du mouvement rebelle et le fait que les forces gouvernementales aient repris position dans les anciennes places fortes du CNDP (Congrès national pour la défense du peuple). A Kinshasa aussi, l’opinion se réjouit de ce que la presse appelle « la fin d’une aventure criminelle » tandis qu’à Kigali, le président Kagame s’est félicité des bons résultats de l’opération militaire en cours et a déclaré qu’ « il n’avait jamais été plus confiant…. »
Sur le terrain en effet, des colonnes composées de centaines de militaires rwandais ont entamé leur progression vers les bastions des FDLR au Nord Kivu. Ils ont été aperçus marchant sur la route vers Kayabayonga, au cœur du parc des Virunga et progressant vers Mabenga, où se trouvait une barrière tenue par les FDLR. De premiers affrontements ont déjà fait neuf morts parmi les FDLR, ce que ces derniers ont démenti affirmant que les victimes étaient des soldats congolais.
Des groupes de combattants des FDLR, basés au Sud Kivu, auraient fait mouvement vers le Nord pour prêter main forte à leurs compatriotes.
Plus au sud, dans la zone de Rushuru, ancien bastion de Nkunda, l’ « opération conjointe rwando congolaise » a occupé les localités et régions qui étaient tenues par les éléments du CNDP et là aussi, la population a salué le rétablissement de l’autorité légale et ce que les commandants du CNDP ont présenté comme la « fin de la guerre ».
Même si les opérations militaires ne semblent pas avoir jusqu’ici fait de « dégâts collatéraux » et entraîné de pertes parmi les civils, les organisations humanitaires ne cachent pas leurs craintes car nombre de Hutus rwandais se dissimulent parmi les civils, qu’ils pourraient utiliser comme « boucliers humains ». L’angoisse est particulièrement vive au sud Kivu, où les Hutus rwandais contrôlent de vastes territoires riches en minerais et ont érigé des barrières routières. Dans plusieurs villages de brousse, les habitants ont déjà pris la fuite, craignant d’être pris entre deux feux ou massacrés par l’un ou l’autre des belligérants, les soldats rwandais les considérant comme des complices des FDLR, les Hutus les traitant comme des “traîtres” ou des otages…

Quant à la MONUC (Mission des Nations unies au Congo, elle a été invitée à protéger la population, mais n’a été ni informée de l’accord entre Kigali et Kinshasa ni associée aux opérations militaires, ce qui en dit long sur la méfiance que les représentants de la « communauté internationale » suscitent désormais dans la région…La Monuc recueille ici le triste fruit de ses derniers échecs; lors des affrontements récents au Nord Kivu elle ne s’est pas portée au secours des populations massacrées ou forcées de fuir et à plusieurs reprises, pour des raisons purement mercantiles, certains de ses éléments ont été soit accusés d’échanger des armes contre de l’or avec les FDLR soit de sympathiser avec les hommes de Nkunda. Il n’empêche qu’aujourd’hui, cette mise à l’écart d’une organisation qui représente, malgré ses défauts, le regard du reste du monde et qui a tout de même contribué à la stabilisation du pays et à la consolidation de l’autorité de l’Etat , pourrait entraîner un nouveau cycle d’horreurs à huis clos.
En principe, l’ « opération conjointe » devrait durer quinze jours, et ensuite, quittant le pays, les troupes rwandaises passeraient le témoin à l’armée congolaise. Ce délai suscite beaucoup de scepticisme : comment les FDLR, qui comptent de 7000 à10.000 hommes, organisés, aguerris, enrichis par le trafic de minerais et qui se trouvent au Kivu depuis quinze ans pourrait ils être démantelés dans un laps de temps aussi court ? De plus, les opérations ne pourront pas se limiter au Nord Kivu où opérait Laurent Nkunda: les véritables bastions des combattants rwandais se trouvent au Sud Kivu, dans le parc de Kahuzi Biega et autour du site minier de Walikale (qu’ils exploitent avec la complicité de militaires congolais…). Non seulement la destruction de ces «sanctuaires » ne sera pas chose aisée, mais les « ex-Far Interhahamwe » pourront être tentés de se replier vers le Burundi voisin ou semer la terreur dans d’autres régions du Congo.