26 janvier 2009

Vital Kamerhe n’était pas au courant

Catégorie actualité, interview

En votre qualité de président de l’Assemblée nationale, aviez vous été informé de l’entrée des troupes rwandaises en territoire congolais ?

Ma réaction a été celle de l’étonnement, comme je l’ai déclaré aux élus du Kivu et à Radio Okapi : je n’ai jamais été informé de quoi que ce soit et je crains que le Congo ait conclu un marché de dupes. Voici que l’armée rwandaise a été autorisée à manœuvrer au Nord Kivu et au Sud Kivu, tandis que l’armée ougandaise mène déjà des opérations en Province Orientale contre l’Armée de résistance du Seigneur, la LRA…C’est comme si nous étions ramenés aux débuts de la première guerre, en 1996, lorsqu’avaient été conclus les fameux accords de Lemera entre Laurent Désiré Kabila et ses alliés du moment, le Rwanda et l’Ouganda…
A l’époque, ces deux pays voulaient intervenir militairement sur notre territoire pour neutraliser leurs opposants, mais en fait, ils voulaient accéder aux ressources du Congo et être présents dans les structures politiques congolaises. C’est pour mettre fin à cela que le 27 juillet 1998, Laurent Désiré Kabila avait exigé le départ de James Kabarebe, qui, à l’époque, était chef d’état major de l’armée congolaise ! Le 2 août, le même Kabarebe avait entamé la guerre à l’Est. Et le voilà qui revient maintenant au Kivu, avec l’accord de Kabila !

Ne s’agît-il pas de combattre les Hutus du FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda) avec, en contrepartie l’arrestation de Laurent Nkunda ?

Lorsqu’après les accords de paix, tous les dirigeants du RCD Goma, la rébellion soutenue par Kigali, avaient gagné Kinshasa, Nkunda était resté en arrière. Il avait refusé de prêter serment, comme s’il demeurait en réserve, à la disposition de Kigali. Aujourd’hui, soumis à la pression de certains pays occidentaux (la Suède, les Pays Bas et même les Britanniques) Kagame le lâche. Et Kabila, lui, désamorce la pression qui était mise sur le Rwanda, comme Louis Michel, en disant que ça va aller, qu’un accord est en vue !

Quelles sont vos craintes ?

Je constate qu’en Province Orientale, où se déroulent des opérations conjointes contre la LRA, ce sont déjà 650 civils congolais qui ont été tués. J’ai bien peur pour les populations du Kivu :comment va-t-on faire pour distinguer les Hutus congolais des Interhahamwe, ces génocidaires rwandais qu’ils viennent chasser sur notre territoire ? A-t-on pensé aux dégâts collatéraux ?
Ensuite, je me demande comment, en quinze jours, une telle opération militaire peut réussir, si l’on sait que ces Hutus Interhahamwe sont chez nous depuis quinze ans, que l’armée rwandaise elle-même, alors qu’elle se trouvait au Kivu de 98 à 2002 n’y a pas réussi, pas plus que ses alliés du RCD, pas plus que Nkunda lui-même…Moi, ce que je crains, c’est que l’on plonge la région dans le chaos…

Où en sont le plan de sortie de crise proposé par l’Assemblée nationale et le Programme Amani ?

Tout cela a été balayé. Cependant, le plan de sortie de crise, que l’Assemblée avait soumis au gouvernement, traçait le cadre de nos relations avec le Rwanda et prévoyait le rétablissement des relations diplomatiques. Il proposait aussi une grande action humanitaire pour subvenir aux populations en détresse. Sur le plan politique, il était prévu d’examiner le cahier des charges présenté par le CNDP (Conseil national pour la défense du peuple) le mouvement de Nkunda. Il était aussi prévu d’éradiquer les ex-FAR Interhahamwe, mais pas n’importe comment. Compte tenu de la faiblesse de notre armée, nous avions demandé qu’une force régionale de la SADC (conférence des Etats d’Afrique australe) l’Angola ou tout autre pays, appuyée par nos forces armées et par la MONUC puisse venir dans notre pays faire ce travail. Pour rassurer nos voisins, nous avions prévu qu’ils envoient ici quelques éléments chargés de faire du renseignement. Nous avions aussi souhaité l’appui d’une force européenne de type Artemis. Or voilà que nous invitons les troupes rwandaises sur le territoire congolais alors que nous sommes encore dans un processus de normalisation des relations diplomatiques ! N’est ce pas mettre la charrue devant les bœufs ?