19 février 2009

Les enfants victimes de la crise financière

Catégorie actualité, interview

Claire Brisset, auteur de «les enfants et la loi de la jungle », éditions Odile Jacob
La crise alimentaire aura des effets plus durables que la crise financière

Votre livre est écrit sur un ton emporté, pourquoi cette colère ?

Ce livre est inspiré par un sentiment de ras le bol ; la coupe est pleine. Durant de nombreuses années, comme journaliste j’ai parcouru le monde, puis j’ai travaillé pour l’Unicef et je constate que la situation des enfants dans le monde ne cesse d’empirer. Ils se trouvent en première ligne de toutes les crises, victimes cette fois de la crise alimentaire. Durant longtemps, on a abordé la question des enfants sous un angle humanitaire, alors que la question est éminemment politique.

En quoi la crise actuelle affecte-t-elle les enfants ?

Un récent voyage en Ethiopie a accentué mon indignation : dans ce pays, le prix du teff, la céréale de base, a quadruplé. Dans les campagnes, le bétail a commencé à mourir car l’eau manque. Les enfants suivront. Près de 150.000 d’entre eux avaient déjà besoin d’une alimentation d’urgence au cours de l’été 2008. Cette alimentation existe, sous la forme de « plumby nut » un aliment fabriqué à partir d’arachide locale, d’huile et de lait en poudre. L’Unicef et le Programme alimentaire mondial pourraient produire et distribuer cet aliment, mais voilà : le programme d’urgence exige 20 millions de dollars, et en mai 2008, un million seulement avait été annoncé. Parce que la crise financière assèche les réserves, elle freine les donateurs…
Les problèmes climatiques ne sont plus seuls en cause, c’est tout le système qui est déréglé, car des humains ont pris les mauvaises décisions, politiques et économiques. Avec pour conséquence le fait que des millions de gens soient sur le point de mourir.
Voyez la Somalie en guerre: la malnutrition aigüe touche 20% des enfants et en 2008, 350.000 enfants somaliens de moins de cinq ans avaient besoin d’une réalimentation d’urgence. Or le prix du riz importé a bondi de 350% . Au Kénya, qui a été affecté par des troubles politiques, les produits alimentaires ont flambé, mais aussi ceux du bois, du kérosène, de l’huile : les familles ne peuvent plus cuisiner… lire la suite

18 février 2009

Kamerhe pourrait faire les frais de l’opération conjointe

Catégorie actualité

Les passions montent en République démocratique du Congo, à mesure que s’amenuise le délai prévu pour la fin des «opérations conjointes» menées par l’armée congolaise avec des troupes envoyées par les pays voisins, le Rwanda et l’Ouganda. Ces opérations, déployées au Nord de la Province Orientale pour traquer les rebelles de l’Armée de libération du Seigneur (LRA) et dans la province du Nord Kivu, pour obliger les combattants hutus des Forces démocratiques pour la libération du Rwanda à rendre les armes suscitent des bilans controversés. lire la suite

13 février 2009

Alison Des Forges: une détricoteuse de la raison d’Etat

Catégorie actualité, commentaire

Cette femme là avait inlassablement parcouru l’Afrique des Grands Lacs, comme chercheuse, comme universitaire, puis comme enquêtrice pour Human Rights Watch ; elle était petite, d’apparence frèle, et cependant elle faisait frémir les chefs de guerre, même lorsqu’ils étaient devenus chefs d’Etat, par sa rigueur, son entêtement, cette manière qu’elle avait d’aligner les faits, de recouper les témoignages, de tout vérifier, plutôt deux fois qu’une. Elle faisait trembler poar son aptitude à tirer des conclusions fondées sur le réel, des enseignements, des verdicts, plus redoutables que des couperets.
Ce n’est cependant pas sur les pistes d’Afrique, ou dans ces avions improbables qu’elle avait si souvent empruntés qu’Alison Des Forges a trouvé la mort, c’est, pratiquement, au dessus de chez elle, dans l’avion qui s’est écrasé sur la route entre New York et Buffalo où elle se rendait.
C’est là que le destin l’a rattrapée, alors qu’elle avait encore tant à faire, tant de combats à mener, pour la vérité, contre l’impunité….
Ces vingt dernières années, Alison les avait consacrées au Rwanda : bien avant tout le monde, elle s’était rendue au pays des mille collines et avait détecté la menace de mort derrière les paysages luxuriants. Elle avait dénoncé l’exclusion, la haine, la stigmatisation de la minorité tutsie. Vu avant tout le monde qu’un génocide se préparait et en 1993, à son retour d’une mission dans le Bugesera, elle avait soudain envahi les écrans. D’un ton ferme, elle avait proclamé l’impensable : qu’un génocide se préparait, que des actes de génocide avaient déjà été commis. Mais qui l’a vraiment prise au sérieux ? Pas les gouvernements en tous cas, pas les Nations unies, il était tellement plus facile de minimiser, de relativiser… Après tout le Rwanda c’était si loin, si étranger…
Par la suite, après que l’impensable, l’indicible eut été commis, Alison rassembla ses forces et son courage. Elle parcourut les collines qu’elle connaissait si bien, traversa le pays, écouta des centaines, des milliers de témoignages. Reconstitua peu à peu le puzzle sanglant, avec ses pièces maîtresses, sa trame, ses couleurs de sang et de mort. Elle coordonna l’ouvrage magistral que publia Human Rights Watch, sous le titre « aucun témoin ne doit survivre »
Alison devint célèbre, écoutée enfin, invitée partout, en Belgique lors des travaux de la Commission Rwanda, en France lors de la mission d’enquête parlementaire, aux Nations Unies et bien sûr, à Arusha, par le Tribunal pénal international pour le Rwanda, auquel elle communiqua ses témoignages précis et accablants.
Mais elle avait encore du travail dans la région, cette inlassable enquêtrice car l’histoire, hélas ne s’était pas arrêtée avec le génocide. La mort, l’injustice, la cruauté vaient continué à s’inviter sur les rives des grands lacs.
Alison avait continué à déranger les pouvoirs en place, à écouter les victimes et, avec son visage d’Antigone américaine, elle était devenue aujourd’hui comme hier, le cauchemar des puissants, la détricoteuse de la raison d’Etat. C’est pour cela qu’on l’admirait, qu’on l’aimait parfois, qu’on la craignait et que finalement on essayait de l’écarter. Par deux fois, cette femme qui était dépositaire de pans entiers de la mémoire du pays avait été empêchée d’entrer au Rwanda . Indésirable. Dérangeante comme la vérité, la sincérité, l’acharnement dans la lutte contre l’impunité.
La mort l’a fauchée en plein ciel. Injuste, inattendue. Mais que les dictateurs, les abuseurs, les tueurs au visage lisse et les autres au front plissé ne se réjouissent pas trop tôt. Une femme comme Alison Des Forges ne meurt jamais tout à fait. Son témoignage persiste, son exemple stimule. Le combat va continuer.

10 février 2009

Kagame a sacrifié Laurent Nkunda

Catégorie actualité

]Le virage à 180 degrés opéré par les dirigeants rwandais et congolais, qui s’est traduit à la fois par l’entrée des troupes rwandaises au Congo et par la neutralisation de Laurent Nkunda suscite toujours beaucoup de vagues dans les deux pays. A Kinshasa une majorité de députés a demandé la convocation d’une session extraordinaire de l’Assemblée, considérant que l’accord conclu avec Kigali est «]opaque» et renferme peut-être un agenda caché. Sur le terrain, les déplacés du Nord Kivu commencent peu à peu à rentrer chez eux, car l’autorité gouvernementale se rétablit sur les zones naguère occupées par les rebelles. De plus, l’ opération conjointe rwando congolaise a déjà provoqué le retour volontaire de 500 Hutus, dont 150 combattants. La Mission des Nations unies au Congo, qui n’est cependant pas associée à la planification de l’opération, la soutient cependant sur le plan logistique tandis que le Haut Commissariat aux réfugiés a annoncé que ses services, «]jour et nuit», étaient à la disposition des Hutus qui souhaitaient être rapatriés au Rwanda. Constatant que l’opération militaire consiste surtout à couper les voies de ravitaillement et à encercler les zones où opérent les FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda) des observateurs dans la région estiment que les véritables actions militaires, contre les noyaux dursn’auraient pas encore commencé. D’autres craignent aussi que les Hutus qui refusent le rapatriement s’enfoncent plus avant dans la grande forêt congolaise, en direction d’autres provinces.
L’inquiétude des organisations humanitaires n’est pas dissipée: considérant les massacres commis dans le Haut Uele par les troupes de l’Armée de résistance du Seigneur, elles aussi poursuivies par une opération militaires ougando-congolaises, elles redoutent un scenario similaire au Sud Kivu.
Pour calmer une opinion congolaise qui redoute une prolongation de la présence militaire rwandaise au Kivu, Kishasa souhaite, plus que jamais, que le général rebelle Laurent Nkunda soit extradé et Tambwe Mwamba le ministre des Affaiures étrangères congolais s’est rendu dans la ville frontalière de Gisenyi pour discuter de la question.
Selon le porte parole du gouvernement Lambert Mende, le Rwada a accepté l’extradition «sans[conditions» de Laurent Nkunda, toujours en résidence surveillée à Gisenyi.
Les Congolais admettent cependant que cette extradition doit intervenir à l’issue d’un «processus et ils étudient la transformation du mouvement de Nkunda, le CNDP (Congrès national pour la défense du peuple) en parti politique. Ce dernier trouvera sans doute, comme d’autres rebelles avant lui, sa place dans les institutions nationales.
La décision de livrer Nkunda à la justice congolaise qui avait délivré contre lui un mandat d’arrêt pour désobéissance et crimes de guerre à Bukavu commis en juin 2004 aurait été prise par le président rwandais lui-même, soucieux de se démarquer d’un chef de guerre qui avait fini par nuire à l’image du Rwanda.
L’extradition de Nkunda à Kinshasa, si elle finit par intervenir, risque de susciter beaucoup de remous au Rwanda. Selon Marc Hoogsteyns, spécialiste de la région «]cette mesure provoquerait en particulier le mécontentement des francophones, souvent originaires du Congo et du Burundi et ferait des vagues dans les camps de réfugiés congolais.» Nkunda procédait à de nombreux recrutements dans ces camps où les réfugiés tutsis originaires du Kivu le considéraient comme un protecteur et l’avocat de leur cause et ont déjà manifesté en sa faveur. La neutralisation du mouvement rebelle devrait aussi faire des mécontents dans les milieux d’affaires de Goma et de Kigali qui, ainsi que l’avait démontré le rapport des experts de l’ONU, avaient contribué au financement de la guerre.

3 février 2009

Désireux d’immoler Kouchner Péan fait flèche de tout bois

Catégorie actualité, commentaire

In cauda venenum. Pierre Péan a gardé pour la fin de son livre le coup de Jarnac destiné à Bernard Kouchner, qu’il accuse de conflits d’intérêts : des informations selon lesquelles, entre 2002 et 2007, le père des French Doctors se serait livré à de lucratives activités de consultant dans le domaine de la santé. Alors qu’il présidait un groupement d’intérêt public, Esther, un outil d’intervention de la France en matière de santé publique, spécialisé dans la coopération en matière hospitalière, M. Kouchner, qui avait été ministre de la santé dans le dernier gouvernement de gauche, avait débordé dans le privé. Au nom de deux sociétés, Africa Steps et Imeda, gérées par deux de ses proches, il a dispensé de coûteux conseils à deux présidents africains plus connus pour être des piliers de la Françafrique que des obsédés de la santé publique, le président du Gabon Omar Bongo et son beau-père le président du Congo Brazzaville Denis Sassou Nguesso, qui auraient commandité des rapports pour un montant de 4,6 millions d’euros. lire la suite