10 février 2009
Kagame a sacrifié Laurent Nkunda
Catégorie actualité
]Le virage à 180 degrés opéré par les dirigeants rwandais et congolais, qui s’est traduit à la fois par l’entrée des troupes rwandaises au Congo et par la neutralisation de Laurent Nkunda suscite toujours beaucoup de vagues dans les deux pays. A Kinshasa une majorité de députés a demandé la convocation d’une session extraordinaire de l’Assemblée, considérant que l’accord conclu avec Kigali est «]opaque» et renferme peut-être un agenda caché. Sur le terrain, les déplacés du Nord Kivu commencent peu à peu à rentrer chez eux, car l’autorité gouvernementale se rétablit sur les zones naguère occupées par les rebelles. De plus, l’
L’inquiétude des organisations humanitaires n’est pas dissipée: considérant les massacres commis dans le Haut Uele par les troupes de l’Armée de résistance du Seigneur, elles aussi poursuivies par une opération militaires ougando-congolaises, elles redoutent un scenario similaire au Sud Kivu.
Pour calmer une opinion congolaise qui redoute une prolongation de la présence militaire rwandaise au Kivu, Kishasa souhaite, plus que jamais, que le général rebelle Laurent Nkunda soit extradé et Tambwe Mwamba le ministre des Affaiures étrangères congolais s’est rendu dans la ville frontalière de Gisenyi pour discuter de la question.
Selon le porte parole du gouvernement Lambert Mende, le Rwada a accepté l’extradition «sans[conditions» de Laurent Nkunda, toujours en résidence surveillée à Gisenyi.
Les Congolais admettent cependant que cette extradition doit intervenir à l’issue d’un «processus et ils étudient la transformation du mouvement de Nkunda, le CNDP (Congrès national pour la défense du peuple) en parti politique. Ce dernier trouvera sans doute, comme d’autres rebelles avant lui, sa place dans les institutions nationales.
La décision de livrer Nkunda à la justice congolaise qui avait délivré contre lui un mandat d’arrêt pour désobéissance et crimes de guerre à Bukavu commis en juin 2004 aurait été prise par le président rwandais lui-même,
L’extradition de Nkunda à Kinshasa, si elle finit par intervenir, risque de susciter beaucoup de remous au Rwanda. Selon Marc Hoogsteyns, spécialiste de la région «]cette mesure provoquerait en particulier le mécontentement des francophones, souvent originaires du Congo et du Burundi et ferait des vagues dans les camps de réfugiés congolais.» Nkunda procédait à de nombreux recrutements dans ces camps où les réfugiés tutsis originaires du Kivu le considéraient comme un protecteur et l’avocat de leur cause et ont déjà manifesté en sa faveur. La neutralisation du mouvement rebelle devrait aussi faire des mécontents dans les milieux d’affaires de Goma et de Kigali qui, ainsi que l’avait démontré le rapport des experts de l’ONU, avaient contribué au financement de la guerre.