24 mars 2009

A Kinshasa, Sarkozy devra réparer les dégats

Catégorie actualité

Entamant une tournée en Afrique qui le mènera aussi au Congo Brazzaville et au Niger, le président Sarkozy passera quelques heures à Kinshasa jeudi. Alors qu’au départ, la diplomatie française espérait que ce voyage marquerait une étape dans le renouvellement des liens avec l’Afrique noire et contribuerait à la stabilisation de la région, le chef de l’Etat devra d’abord s’employer à rattraper ou à clarifier les quelques phrases prononcées le 16 janvier dernier en finale d’un discours prononcé à Paris devant le corps diplomatique.
Quelques phrases, pour le moins abruptes, avaient provoqué un tollé à Kinshasa : soucieux d’aborder de façon globale les problèmes de la région des Grands Lacs, M. Sarkozy avait décrit le Rwanda comme « un pays à la démographie dynamique et à la superficie petite » et la République démocratique du Congo comme « un pays à la superficie immense, avec une organisation étrange des richesses frontalières ». Et il avait conclu à la nécessité de mettre en place « un dialogue non seulement conjoncturel mais structurel »incluant « le partage de l’espace et des richesses »Au moment où étaient prononcés ces propos à l’emporte pièce, l’armée gouvernementale faisait toujours face, au Nord Kivu, aux troupes de Laurent Nkunda fortement soutenues par le Rwanda, qui occupaient une superficie vaste comme deux fois la Belgique et défiaient l’autorité gouvernementale. De plus, bien loin d’un éventuel « partage » des richesses, le pillage des ressources minières de l’Est du pays se poursuivait sans vergogne. Dans ce contexte de crise, les propos de Sarkozy suscitèrent colère et indignation dans la presse kinoise, le risque de balkanisation fut évoqué, le président Kabila rétorqua sèchement qu’il ne voyait pas ce qu’il y avait à partager et des Congolais manifestèrent à Paris devant l’Elysée. Depuis lors la diplomatie française s’est activée à désamorcer la polémique, mais la méfiance demeure, de nombreux Congolais redoutant de faire les frais d’une éventuelle normalisation des relations entre Paris et le Rwanda.
En réalité, les propos de M. Sarkozy étaient avant tout la traduction mal assimilée d’une initiative française plus sérieuse, menée par le diplomate Benoît Joubert, conseiller de M. Sarkozy pour l’Afrique. Ce dernier s’était rendu plusieurs fois à Kinshasa et avait travaillé sur la base d’une note très élaborée rédigée par l’ambassadeur de France au Congo Pierre Jacquemot, « l’économie des conflits dans l’Est du Congo, modes opératoires et perspectives de sortie de crise ». Les conclusions de ce document, beaucoup plus subtiles que les propos présidentiels, soulignaient l’importance d’un « aménagement économique et social concerté et de projets fédérateurs » et mettaient en avant les atouts que pourraient représenter des instruments régionaux déjà existants, la Conférence économique des Etats des Grands Lacs (CEPGL) qualifiée de « belle endormie » et la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs(CIRGL), définie comme « minée par l’inertie ». En rappelant l’existence de plusieurs projets régionaux, comme la Société internationale d’électricité des Grands Lacs, l’Institut de recherche agronomique et zootechnique ou la Banque de développement des Grands Lacs, et en soulignant que l’harmonisation de la fiscalité, le développement des axes routiers, le soutien aux industries naissantes, pouvaient non seulement renforcer l’intégration et le développement mais désamorcer des conflits, les diplomates français rejoignaient des thèmes depuis longtemps défendus par les Belges et en particulier par Louis Michel.
A Kinshasa, le journal Uhuru, (pro gouvernemental) a souligné que la venue de Sarkozy « tombait à point nommé pour lever les équivoques du 16 janvier ». Il est vrai que depuis lors les relations entre Kinshasa et Kigali se sont améliorées, tandis que l’Assemblée nationale, devant laquelle M. Sarkozy comptait prononcer un discours est en pleine ébullition : c’est cette semaine en effet que les députés doivent se prononcer sur la démission du président de l’Assemblée, Vital Kamerhe qui s’était prononcé contre l’opération militaire menée conjointement par le Rwanda et le Congo. Alors que les états majors de la « majorité présidentielle » réclament cette démission pour cause de désaccord avec le chef de l’Etat, cette perspective est vivement critiquée par la communauté internationale et par des dizaines d’organisations non gouvernementales, congolaises et internationales, qui dénoncent déjà le coup qui serait porté à la démocratie…
A Brazzaville, étape suivante du voyage présidentiel, il sera question des prochaines élections tandis qu’au Niger, sans surprise, l’uranium extrait par la société française Areva sera au cœur des entretiens et pour désamorcer les critiques, le président Sarkozy participera à une table ronde organisée par la section locale de l’ « Initiative pour la transparence des industries extractives. »