24 mars 2009

Le pape sourd au Sida

Catégorie actualité

Depuis l’avion qui le conduisait à Yaoundé, première étape d’un voyage en Afrique qui doit aussi le mener en Angola, le pape Benoît XVI a jeté un fameux pavé dans la mare : abordant le problème du Sida, il a estimé que l’on ne pouvait « régler le problème de cette pandémie avec la distribution de préservatifs. » Au contraire, a-t-il insisté, leur utilisation aggrave le problème. »Campant ainsi sur la position officielle de l’Eglise, le pape a rappelé que le Vatican est opposé à toute forme de contraception autre que l’abstinence totale ou temporaire et réprouve l’usage du préservatif, même pour des motifs prophylactiques.
Cette déclaration, qui ne fait cependant que confirmer une position officielle, risque d’occulter d’autres aspects importants du voyage : le pape entend en effet saluer les églises africaines particulièrement dynamiques et dont il rencontrera 52 évèques à Yaoundé en prévision d’un synode qui doit se tenir d’ici la fin de l’année. Même si le nombre de catholiques ne cesse d’augmenter sur le continent noir ( plus de 3% en 2007) et si les églises locales jouent un rôle éducatif et social important, l’Eglise africaine est cependant talonnée par d’autres cultes, les pentecôtistes qui gagnent du terrain en Afrique centrale et australe, l’Islam qui se pose comme un concurrent direct au Nigeria et au Soudan.
En bannissant une nouvelle fois l’usage du préservatif, le Pape affaiblit considérablement les efforts de ceux qui tentent d’enrayer la progression de la pandémie qui frappe particulièrement le continent noir : sur 34 millions d’adultes et d’enfants porteurs du VIH /sida, 25 millions vivent en Afrique sub saharienne, soit 74% du total mondial et plus de 90% des enfants qui à la naissance sont porteurs du VIH Sida ont vu le jour en Afrique noire. Tous les pays ne sont cependant pas égaux devant la pandémie et celle ci s’est propagée pour des raisons différentes selon les régions. On constate ainsi que les pays d’Afrique australe (Afrique du Sud, Botswana, Malawi, Mozambique…) sont très touchés, en partie à cause de la pratique du travail migrant, où des hommes employés dans les mines ou les centres urbains sont contaminés par les prostituées et ramènent ensuite le virus auprès de leur femme restée au village. Dans des pays comme le Kénya ou l’Ethiopie, la pratique de la prostitution fait exploser l’épidémie (85% des prostituées de Nairobi sont séropositives) tandis qu’au Nigeria et au Cameroun, qui au début étaient relativement préservés, les taux de prévalence connaissent un rythme exponentiel. Les changements de comportement y sont pour quelque chose : l’âge de l’initiation sexuelle chez les filles ne cesse de diminuer et, à cause da la pauvreté, les très jeunes femmes ont tendance à rechercher des hommes plus âgés soit dans le cadre du mariage soit pour en tirer des avantages en argent, tandis qu’en Ouganda, nombre d’hommes, les «sugar daddies » (bon papas sucres) recherchent les filles pubères, non seulement parce qu’elles ne sont pas encore contaminées mais aussi parce qu’ils croient qu’elles pourraient les guérir !
En Afrique sub saharienne, 61% des personnes vivant avec le VIH sont des femmes, et elles sont particulièrement vulnérables dans les pays en guerre ou qui sortent de la crise, car elles sont exposées aux violences sexuelles des belligérants ou aux aléas du retour à la vie civile de milliers de combattants démobilisés (dans l’Est du Congo, au Burundi, en Ouganda, au Soudan…)
Les chercheurs se sont longtemps demandé pourquoi les pays d’Afrique de l’Ouest étaient relativement épargnés, de même que le monde arabo musulman. On sait aujourd’hui que, pour des raisons qui ne sont pas encore scientifiquement connues, la pratique de la circoncision freine la propagation du virus.
Le veto mis par Benoît XVI à l’usqge du préservatif frappe directement des pays comme l’Ouganda et le Rwanda, qui ont fait de la lutte contre le Sida une de leurs priorités politiques. Cependant dans bien des pays, l’interdit papal ne fera que renforcer les obstacles existants : les hommes répugnent aux rapports protégés, refusant de « manger le bonbon avec son papier d’emballage » et qualifient le préservatif de « chose des Blancs », estimant, quel que soit son prix, qu’il coûte de toutes façons trop cher…