26 mars 2009

La deuxième indépendance du Congo

Catégorie actualité

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« Vers la deuxième indépendance du Congo », le nouvel essai de notre journaliste Colette Braeckman, sort de presse. En primeur, les bonnes feuilles et les commentaires de l’historien congolais Isidore Ndaywel, qui a lu le livre.

Isidore Ndaywel, Historien, professeur à l’Université de Kinshasa, directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (Ehess, Paris), auteur de « Histoire générale du Congo » (De Boeck, 1998)

Ce que j’aime dans les écrits de Colette Braeckman, c’est cette tranquille audace à afficher un optimisme têtu, s’agissant du Congo. Cette conclusion à laquelle je souscris à fond, en historien, en lisant l’avenir à travers les faits du passé, elle y aboutit également en faisant une lecture attentive des faits du présent. Si l’on s’en étonne, si on en est scandalisé ou, si l’on en est troublé, parce que cette perception contredirait la vision politiquement correcte, c’est qu’on doit à tout prix lire ce livre : Vers l’indépendance du Congo.

En effet, qu’on apprécie ou pas Colette Braeckman, on ne peut se permettre d’ignorer ses écrits, pour peu qu’on s’intéresse à la région des Grands Lacs. Sa maîtrise du terrain, sa position de témoin de tant d’événements dans cette région martyre au cours de ces quinze dernières années, la présence active qu’elle arrive à assurer auprès de tant d’acteurs politiques d’ici et d’ailleurs, sont autant d’atouts qui rendent possible la synthèse des lectures multiples, voire contradictoires, de cette histoire tumultueuse, au départ de l’Europe comme de l’Afrique, de Kigali comme de Kinshasa. C’est précisément cette posture complexe, qui rend si intéressants ses essais de mise en cohérence des faits belgo-congolais ou rwando-congolais, si souvent d’apparence contradictoire.

Vers la deuxième indépendance du Congo est donc une sorte de narration récapitulative des derniers événements du Congo (les élections, les mésaventures de De Gucht au Congo, les contrats miniers, la guerre de Nkunda, etc.), récit dans lequel le lecteur découvrira nombre d’informations inédites. L’ouvrage est construit sur une conviction exprimée dans le titre : au terme des élections et du dénouement des derniers litiges militaires au Nord-Kivu, le Congo a toutes les chances de récupérer toute sa souveraineté et de prétendre enfin à son envol. Cette conviction est fondée sur deux constats. Le premier, c’est l’effacement de plus en plus confirmé de l’ancienne métropole dans le paysage congolais. La Belgique vient en effet de s’octroyer un « siècle de rendez-vous manqués » pour nouer des relations durables avec son ancienne colonie. Cette distanciation, manifestée par un désintérêt permanent, a connu comme dernier épisode, les provocations du ministre De Gucht.

Le second constat réside dans la montée du premier acteur de la politique congolaise. Colette Braeckman nous donne ici à découvrir un Joseph Kabila, peu connu du public ; un président qui avance « masqué », nous dit-elle, mais qui avance, avance ! Elle nous révèle le secret du parcours de cet « antihéros », parvenu jusqu’ici, contre toute attente, à relever tous les défis. Sous la plume de Colette Braeckman, les Congolais apprendront sans doute à apprécier à sa juste valeur l’action de celui qui se réclame de la filiation politique non seulement de son père, mais aussi de Lumumba. Cette force tranquille, ce stratège qui a l’art du bon usage de sa faiblesse, aurait fini par isoler Kagame dans son rôle de mauvais joueur. Au sommet de Nairobi, le 8 novembre 2008, révèle notre journaliste, « Kabila et Kagame s’affrontèrent durant sept heures d’affilée, en présence de leurs pairs, se reprochant de soutenir leurs opposants armés réciproques ! »

Bien entendu, notre auteur n’a pas manqué de revenir sur la question de fond : la dénonciation de la « mondialisation sauvage » à la base des malheurs du Congo. Toutes les guerres du Congo, rappelle-t-elle, se sont toujours inscrites dans les cycles de pillages. Cette dialectique, qui fait aujourd’hui du Kivu « l’archipel de la terreur », est celle-là même qui s’efforce de construire un mur infranchissable sur le lac Kivu, pour tenter de parquer sur ses deux rives, en les séparant, les « cousins à plaisanterie » que sont les Rwandais et les Congolais. Aux deux jeunes leaders à être vigilants. Un espoir qui vaut encouragement à l’alliance qui vient d’être nouée par les deux présidents. « Espérons que Kagame et Kabila choisissent désormais la coopération plutôt que la guerre ; ces deux hommes qui ont connu le maquis, l’exil, la souffrance, la haine et la lutte armée et, dont les peuples ont souffert au-delà de l’imaginable. »

Vers la deuxième indépendance du Congo, c’est tout un programme, mieux, une prophétie ! C’était, mot pour mot, l’objectif de la révolution congolaise, portée par Pierre Mulele, à la suite de l’élimination de Patrice Lumumba et de la confiscation par les forces de la « contre-révolution », de la « première indépendance ». Cinquante ans après, l’histoire à l’envers est-elle décidée à s’écrire à l’endroit ? La question a le mérite d’être posée. En soi, elle est une invitation à faire une nouvelle lecture de l’histoire du présent, en Belgique, en République démocratique du Congo et au Rwanda.

Colette Braeckman