31 mars 2009

Mayotte, refuge pour génocidaire en cavale

Catégorie actualité

Sans surprise, Mayotte deviendra le 101eme département français, ses habitants s’étant massivement prononcés (à 98%) en faveur du oui lors du référendum de dimanche dernier.
Ce passage du statut de «collectivité départementale » à celui de département d’outre mer devrait être effectif en 2011, ce qui représentera la dernière étape d’un processus entamé en 1974 lorsque ^Mayotte choisit de rester française alors que les autres îles des Comores optaient pour l’indépendance.
L’Union des Comores, avec le soutien de l’Union africaine, plaide toujours en faveur de la « réunification » des îles ( qui autrefois étaient contrôlés par des sultans indépendants) et estime que le referendum a représenté une consultation « nulle et non avenue ».
Quant aux Maorais (habitants de Mayotte), qui s’estiment mal lotis par rapport à La Réunion et à La Martinique, ils n’en constatent pas moins que leur île demeure neuf fois plus riche que ses voisines. L’attraction qu’elle exerce génère un important afflux de travailleurs migrants, qui traversent l’Océan Indien depuis la côte africaine ou depuis les îles voisines pour tenter leur chance dans ce qu’ils considèrent comme l’antichambre de la France. Sur 186.452 habitants recensés, plus d’un tiers sont en situation irrégulière. Parmi eux, de nombreux Hutus rwandais, qui ont transité via le Kenya et la Tanzanie pour bénéficier de l’ « hospitalité française ». Nombre d’entre eux se sont installés dans l’île, y ont ouvert des églises (ils sont majoritairement catholiques alors que les Maorais sont musulmans) et une artère de la capitale a été débaptisée «rue des Rwandais »…
Ces nouveaux venus rwandais étant souvent dotés de faux papiers, la police des frontières, le 28 octobre 2008 entama l’interrogatoire d’un individu soupçonné d’être au cœur d’une filière de faux passeports et dont les documents portaient le nom de Safari Senyamuhara. Les officiers découvrirent bientôt que l’individu handicapé que ses voisins appelaient « l’Africain en fauteuil » était un bien gros poisson : Pascal Simbikwanga, qui faisait partie du « réseau zero » un groupe informel de politiques et de militaires accusé d’avoir préparé le génocide et d’avoir en 1990 déjà, pris part aux tueries de Tutsis qui marquèrent le déclenchement de la guerre par le Front Patriotique rwandais.
Recherché par le Rwanda, le nom de Simbikwanga avait été transmis par Kigali à Interpol mais à Mayotte, l’homme n’a jusqu’à présent été mis en détention que pour trafics de faux papiers. Selon le site « rue 89 » qui a mené l’enquête sur le terrain, l’ancien officier rwandais, qui était d’abord arrivé à Anjouan (Grande Comore) puis à Mayotte, était assisté par les missions de secours catholique. A Moroni, il habitait un quartier populaire, vivait de son trafic de faux papiers et donnait des cours aux enfants du coin.
Saisies de la plainte rwandaise et du dossier d’Interpol, les autorités françaises avaient jusqu’à présent refusé de transférer le détenu et surtout de l’extrader vers le Rwanda, arguant des conditions de détention au pays des mille collines (et cela alors que Kigali vient de signer un accord avec le tribunal spécial pour la Sierra Leone prévoyant d’accueillir des détenus sierra leonais dans une prison flambant neuve, financée par la coopération hollandaise)…
Cette situation pourrait changer prochainement, à la suite d’une plainte émise en France par le «collectif des parties civiles pour le Rwanda » qui accuse Simbikwanga d’avoir participé à des tortures et des massacres avant et pendant le génocide. Cette plainte avec constitution de partie civile a été adressée au juge d’instruction de Mayotte. Réceptionnée par le juge Marc Brisset-Foulcault elle permettra la réouverture du dossier du faussaire en chaise roulante…