19 avril 2009
“Personne n’est venu au secours des Casques bleus belges”
Catégorie actualité, interview
Lorsque Ngarambe arrive devant la maison d’Agathe, il aperçoit les Casques bleus belges. « Ils avaient quitté leur véhicule, ils parlaient avec des Rwandais, mais sans violence. Nous, on nous avait dit que les Belges avaient abattu l’avion du président. On nous avaient dit aussi que ceux qui gardaient la maison d’ Agathe étaient ceux là même qui avaient commis l’attentat… »
L’homme est formel : « nous étions dans une zone sécurisée, il n’y avait pas d’Interhahamwe, seulement des militaires de l’armée régulière. Ils entouraient la voiture des Belges, parlaient avec eux, calmement… »
Les Belges n’auraient donc pas pénétré dans la maison du Premier Ministre, tenté de la protéger ? « Non, le commando a eu l’astuce de passer par l’arrière de la maison, alors que les Belges restaient dehors, devant la parcelle… Les gendarmes rwandais qui gardaient Agathe n’ont rien fait non plus. »
Ignorant que le chef des Casques bleus, le colonel Dewez, avait conseillé aux hommes du peloton mortier de parlementer et finalement de décider eux-mêmes s’ils devaient ou non se désaissir de leurs armes, Ngarambe poursuit : « j’ai été surpris de voir que les Belges remettaient calmement leurs armes aux militaires rwandais, moi, je n’aurais jamais fait cela.
Les véhicules, avec les mitrailleuses montées sont restés devant la maison, sans avoir été attaqués. Les Belges sont partis à pied, entourés par les militaires et quelques étudiants… Ils n’avaient pas l’air d’être forcés, ils sont partis par conviction, ils étaient calmes, tous sains et saufs. Les étudiants de l’ESM leur disaient « de toutes façons, Agathe est morte, votre mission ici est terminée, marchez avec nous, nous non plus nous n’avons pas d’armes… »
Selon Ngarambe, c’est après quelques minutes de marche qu’un minibus est arrivé (ndlr ; au volant duquel se trouvait le colonel Ntuyahaga) et a embarqué les Casques bleus. « Il n’est pas allé loin, le camp Kigali était vraiment tout près… »
C’est au camp Kigali que tout s’est gâté : « se trouvaient là des blessés de guerre, des mutilés. On leur avait dit que ces Belges avaient tué le président, ils étaient furieux. Tout de suite, on a séparé les Belges des deux ou trois Noirs (des Togolais) qui se trouvaient là, on les a mis à part, on les a forcés à déambuler devant les militaires, les vétérans. Tout le monde a commencé à les frapper, avec tout ce qu’on trouvait sous la main, même des béquilles. Ils étaient à la merci de tout le monde. Sous les coups, ils sont tombés très vite. Un seul s’est défendu (ndlr Yannick Leroy). Celui là s’est précipité dans un petit bâtiment, un magasin d’armements où se trouvaient entreposées des armes confisquées. Il s’en enfermé là, seul, et a tiré à travers la porte avec les armes qu’il avait trouvées sur place. »
L’ancien sous lieutenant ne se souvient pas avoir vu passer le général Dallaire et le major Maggen devant le camp, alors que les Belges blessés ou morts gisaient à quelques mètres de l’entrée, mais il se rappelle encore de sa surprise : « c’était le désordre, le chaos total. Il n’y avait pas de chef dans le camp, pas d’officier rwandais. Les hommes étaient livrés à eux-mêmes, à leur fureur. Rien n’était organisé. On s’est demandé : « comment, ces Belges sont laissés ainsi ? Quelqu’un va peut-être venir pour les sauver ? Mais rien ne s’est passé. Il est certain que s’il y avait eu une intervention, même celle d’un petit groupe, les Belges auraient été sauvés, je vous le garantis, car personne ne commandait les Rwandais. En fait, ces hommes ont été abandonnés. »
« Tout cela a duré longtemps » se souvient l’ancien élève officier, «les premiers Belges étaient déjà morts à 9heures 9heures 30, mais le désordre continuait et dans le petit bâtiment, le type résistait toujours. Vers 14 heures, on s’est même dit, il est vraiment courageux, si on le laissait ?
C’est alors que quelqu’un a eu l’idée du monter sur le toit du bâtiment, et de jeter une grenade à l’intérieur. Alors tout a été vraiment fini, il était 14 heures 30.
Dans la soirée, le corps des Belges a été amené à la morgue, ils étaient dix ou onze, je ne sais plus, c’était tout un peloton… »