20 avril 2009

Congo: la majorité refait son unité

Catégorie actualité

]La longue crise ouverte par la démission de Vital Kamerhe, qui avait présidé avec brio l’Assemblée nationale depuis les élections de 2006 s’est enfin terminée : le professeur Evariste Boshab, qui était depuis 2007 le président du parti majoritaire PPRD (parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie) a été élu dès le premier tour avec 329 voix sur 484 députés sortants lors du renouvellement de tout le bureau de l’Assemblée nationale. Son principal rival, François Mwamba du MLC (Mouvement pour la libération du Congo, le parti de Jean-Pierre Bemba) a recueilli 75 voix.
La majorité présidentielle composée des partis politiques membres de l’AMP (Alliance pour une majorité présidentielle) et de leurs alliés, le Parti lumumbiste unifié (Palu) de l’ancien Premier Ministre Gizenga et du parti démocrate chrétien l’emporte donc largement, ce qui devrait permettre aux personnalités issues des élections de 2006 de poursuivre leur programme jusqu’à la fin de la législature.
M. Boshab, 53 ans, juriste titulaire d’une spécialisation en justice constitutionnelle de l’Université de Louvain, est un poids lourd de l’entourage présidentiel. Il avait été directeur de cabinet du chef de l’Etat de 2001 à 2007 avant d’être contraint à la démission. Originaire du Kasaï occidental, M. Boshab représente donc le « centre » du Congo, aux côtés des Katangais et des Kivutiens réputés nombreux dans l’entourage du chef de l’Etat.
Le président de l’Assemblée sortant, Vital Kamerhe, apparaît comme le grand perdant d’une crise… qu’il avait lui-même provoquée. En janvier en effet, il avait publiquement désavoué l’]opération conjointe rwando congolaise au Kivu, décidée par le chef de l’Etat et dont il avait été informé à posteriori. (Cette discrétion s’expliquait par le secret d’une opération à hauts risques, qui permit entre autres l’arrestation au Rwanda du général rebelle Laurent Nkunda et la restauration de l’autorité de l’Etat congolais au Nord Kivu). En dépit des aspects positifs de cette opération, et du retrait des forces rwandaises à la date convenue, M. Kamerhe ne retira pas ses critiques et résista jusqu’au 25 mars à sa famille politique qui exigeait sa démission pour cause de désaccord public avec le chef de l’Etat. Par la suite, il se lança dans le lancement d’un courant rénovateur au sein même de la majorité, dont il fait toujours partie.
Cette affaire aurait pu diviser la majorité présidentielle et donner lieu à un coup d’Etat légal si le vote s’était exprimé en faveur d’un candidat de l’opposition.
C’est pourquoi le président Kabila mit tout son poids dans la balance : à la veille du vote, il reçut chez lui les députés de sa majorité et appela personnellement nombre d’élus pour les inviter à la loyauté.
La résolution de la crise conforte donc le pouvoir en place et lui permet d’aborder enfin de brûlantes questions économiques : les contrats chinois, qui conditionnent la mise en oeuvre des cinq chantiers de la reconstruction, ne sont toujours pas d’application et c’est cette semaine que le Fonds monétaire international devrait se prononcer sur l’annulation d’une part importante de la dette congolaise. Or le FMI se déclare toujours hostile aux contrats chinois, assurant que, puisque l’Etat leur a donné sa garantie, ils risquent d’accroître davantage la dette extérieure…
Quant à Laurent Nkunda, toujours détenu à Gisenyi, il a intenté une action… contre les autorités rwandaises.