22 avril 2009

Pour Louis Michel il faut renforcer les structures politiques en Somalie

Catégorie actualité, interview

Une conférence inte(nationale consacrée à la Somalie s’ouvre cette semaine à Bruxelles. Louis Mivchel définit ses ambitions.

Quel est l’objectif premier de cette conférence ?

Il faut amener la communauté internationale à sortir de ce que j’appelle la «fatigue » somalienne, la sorte de lassitude que suscite ce pays depuis trop longtemps. L’amener à croire qu’il est possible de faire confiance au gouvernement actuel, qui siège à Mogadiscio, dont le président, le Premier Ministre sont des gens qui travaillent…

Il faut reconnaître que l’Europe n’a pas eu beaucoup de chance avec les gouvernements qu’elle soutenait auparavant et qui ne quittaient pas Nairobi…

C’est exact, nous avons soutenu quinze moutures de ce gouvernement et j’admets que le poids des seigneurs de la guerre y était prépondérant. En outre, les deux leaders principaux, Youssouf et Gueidi se haïssaient et se torpillaient l’un l’autre. Cette fois la situation est différente : l’équipe actuelle se compose de modérés, ils veulent travailler… Certes, ils assurent que pour eux la charia, la loi musulmane est un fait de société, mais ils ne focalisent pas sur le sujet…
Pour moi, non seulement ce gouvernement mérite d’être encouragé mais il faut lui donner les moyens d’exercer son autorité, d’être crédible. Cela passe, par exemple, par le fait de disposer d’une force de police. Pour moi, peu importe que ces policiers soient au nombre de 6000 ou de 10.000. Ce qui compte c’est qu’ils aient les moyens de faire leur travail et qu’ils soient correctement payés. En Palestine, l’Europe rétribue 75.000 fonctionnaires et policiers, pourquoi ces réticences lorsqu’il s’agît de la Somalie ?

La nouvelle administration américaine pourra-t-elle jouer un rôle positif ?
Il faut bien reconnaître que durant des années l’administration Bush n’a pas facilité les choses en mettant l’accent uniquement sur la lutte contre le terrorisme. Le fait d’avoir encouragé l’Ethiopie à intervenir directement en Somalie a compliqué davantage la situation…Aujourd’hui la donne, dans toute la région, est explosive : rien n’est réglé entre l’Ethiopie et l’Erythrée, le problème du Soudan reste entier et l’inculpation du président Béchir par la Cour pénale internationale n’a rien arrangé…Durant longtemps, les Américains, dans cette région, n’ont défendu que leurs propres intérêts, vus sous un certain angle, assez étroit. Or pour l’Europe, cette région présente un intérêt vital, nous sommes directement concernés : nos bateaux passent au large des côtes, nos ressortissants sont pris en otages, les candidats à l’émigration affluent chez nous…

A plus long terme, sur quoi pourrait déboucher cette conférence ?

J’aimerais qu’il en ressorte un plan global, qui prendrait en compte le développement de toute la région. Ici comme dans l’Afrique des Grands Lacs, on ne s’en sortira que dans un cadre régional, avec des objectifs de développement à long terme. Il faut rétablir une sorte de dynamique vertueuse, ce qui va bien au-delà du déploiement d’une flotte de 140 navires de guerre qui protège la route du pétrole. Une telle protection est d’ailleurs impossible : comment quadriller une mer vaste comme les deux tiers de l’Europe ? Le Pompei a d’ailleurs été arraisonné en dehors des eaux territoriales et il ne pouvait se joindre à un convoi car il était plus lent que la moyenne… La question de fond, c’est le développement : faire en sorte que les côtes ne soient plus pillées par les chalutiers étrangers ou polluées par des déversements de déchets toxiques qui, eux, viennent d’Europe…
Il faudrait aussi, sérieusement, remonter la piste des pirates et des preneurs d’otages : en amont il y a des mafias locales, des clans, certes, mais il y a aussi, peut-être, des mafias étrangères que l’on ferait bien d’identifier…