29 avril 2009
Charles Michel est confronté aux griefs des Congolais
Catégorie actualité
Même s’ils veulent tourner la page et normaliser les relations avec la Belgique, les Congolais ont démontré à Charles Michel qu’ils avaient de la mémoire et qu’ils n’avaient rien oublié des griefs déjà exprimés l’an dernier à propos de la coopération belge, qu’ils estiment trop lente et trop dispersée.
Certes, avec Raymond Tshibanda, Ministre de la Coopération régionale, qui a ouvert avec Charles Michel la réunion du « comité des partenaires » le ton reste courtois, les propos sont feutrés. Mais le message délivré par cet homme qui, voici peu, était encore le directeur de cabinet du chef de l’Etat est on ne peut plus clair : «aux relations privilégiées doit correspondre une coopération exemplaire » Autrement dit, les Belges pourraient mieux faire…Et le ministre de poser subtilement quelques questions brûlantes : les experts nationaux, chargés de former des homologues congolais, sont ils les meilleurs, les plus qualifiés, les mieux à même de transférer leur expérience ? Ces mêmes experts n’ont-ils pas tendance à se concentrer dans la capitale, où ils se retrouvent à 40 sur un total de 53 ? N’ aurait on pas intérêt à songer aussi au développement de l’intérieur du pays ?
Une autre question soulevée par le ministre est celle du très grand nombre d’organisations non gouvernementales chargées de mettre en œuvre les budgets de l’aide belge, des ONG qui n’informent pas toujours les autorités nationales à propos des actions qu’elles entreprennent…
Sans vouloir raviver d’anciennes polémiques, M.Tshibanda souhaita aussi que les procédures soient allégées et qu’au moment des appels d’offres, il soit mieux tenu compte des difficultés d’une population confrontée à la crise, et surtout des urgences qui se posent dans un pays « post conflit » où tout reste à faire. Le ministre relaya aussi une exigence « venue d’en haut » et qui, l’an dernier, avait été à l’origine de la crise avec De Gucht : « la coopération doit être fondée sur le respect mutuel entre les partenaires, au vu de l’importance qu’ils représentent l’un pour l’autre ».
Sur ces deux derniers points, le Congolais jouait sur du velours : non seulement Charles Michel est d’une courtoisie parfaite, mais surtout, soucieux d’efficacité, il souhaite lui aussi simplifier et accélérer les procédures. Au cours d’une heure et demie d’entretien, les deux hommes se mirent d’accord sur une accélération des procédures de déboursements ainsi que sur une meilleure concentration de l’aide, qui privilégiera probablement certains secteurs clés, comme les travaux publics, l’éducation et la santé. L’aide belge devra aussi devenir plus visible, car actuellement, pour être trop éparpillée elle passe quelquefois inaperçue…
Répondant à son interlocuteur congolais, Charles Michel rappela cependant qu’en 2008, malgré les relations troublées entre les deux pays, la coopération belge avait déboursé 54 millions d’euros en faveur du Congo, une somme non négligeable, soit un quart du budget triannuel de 195 millions d’euros qui avait été décidé lors de la dernière commission mixte de 2007.
Compte tenu de ce que Charles Michel appelle « les nuages sur nos relations », les programmes de coopération ont pris du retard en 2008. Il a donc été décidé de les stopper fin 2009 pour mieux repartir, sur de nouvelles bases, dès 2010, en tenant compte des nouvelles priorités et de ce que le ministre appelle « un meilleur rapport qualité prix ».
De manière tout aussi subtile et courtoise que son homologue congolais, Charles Michel devait aussi rappeler, sans y toucher mais en le disant tout de même, que la Belgique continuait à plaider en faveur du Congo dans les enceintes internationales. C’est-à-dire auprès d’institutions comme le Fonds monétaire international qui, ce mois ci encore, doit décider d’une procédure de remise de dette substantielle et se prononcer sur les contrats chinois. Sur ces deux points Charles Michel estime que l’avis de la Belgique doit demeurer incontournable. A chacune de ses traversées de la ville, le ministre aura en tous cas eu l’occasion de constater que la présence chinoise, elle, est très visible et qu’au vu de l’ampleur des chantiers déjà entamés, il est évident que la coopération sino congolaise est devenue irréversible . S’abstenant de toute critique à cet égard, Charles Michel préfère y voir un nouveau défi pour la coopération belge qui, elle, souligne-t-il, se fait sans contrepartie…