29 avril 2009

Un beau cadeau de la Belgique: huit millions de manuels scolaires

Catégorie actualité

Uniforme bleu et blanc, tresses serrées et voix de stentor, les fillettes des 3e et 4e année de l’école Sainte Marie ont crié de joie lorsqu’elles ont découvert les beaux livres rouges et verts déposés au milieu de la pelouse et qui leur seront bientôt distribués par malles entières. Après les discours prononcés par le ministre de l’enseignement, par les autorités de l’école, les gamines se sont lancées dans une folle sarabande dans laquelle elles ont fini par emporter Charles Michel lui-même, qui ne boudait pas son plaisir. Il s’agît en effet d’un beau projet, lancé avec enthousiasme dans cette école du centre de Kinshasa, voisine des camps militaires et de l’académie des Beaux Arts : distribuer un manuel de français et un autre de mathématiques à tous les élèves des classes de 3 et et 4 eme primaire. Pas moins de huit millions de livres de classe et de guides pédagogiques seront ainsi distribués dans 31.000 écoles et la coopération belge s’assurera de tous les moyens de transport possibles, avion, bateau, barges, camions pour que, jusque dans les coins les plus reculés, ces livres puissent être remis aux enfants. En 2006 déjà, une opération similaire avait été réalisée : des manuels de français et de mathématiques, assortis de guides pédagogiques, avaient été donnés à tous les élèves de 5 eme et de 6 eme primaire. A l’époque, la réussite de cette distribution massive, dans ce pays dépourvu de moyens de communications avait été jugée comme de bon augure pour le succès des élections elles mêmes. En effet, l’envoi des livres scolaires avait démontré qu’au Congo, les problèmes logistiques, aussi insolubles qu’ils paraissent, finissent toujours par pouvoir être surmontés.
Cette fois encore, les manuels prendront bientôt la destination de l’intérieur du pays et les enfants y découvriront des dessins inspirés de scènes de village, de la vie en brousse, au grand dam d’ailleurs de certains enseignants de Kinshasa. Malou, l’un des instituteurs, regrette de n’avoir pas été associé à l’édition de ces manuels, produits par les éditeurs Beauchemin (Canada) et Hachette (France) : « ils montrent des objets que les enfants d’ici n’ont jamais vu, des poteries d’argile, des cases de brousse, des animaux sauvages qui n’existent pratiquement plus… Comme si les rédacteurs de ces livres croyaient que nous étions encore tous des sauvages… » Marie, une autre institutrice, le reprend, en rappelant qu’il est bon que les petits Kinois, qui ne connaissent que la ville, son trafic, sa pollution, découvrent comment vivent les millions d’autres enfants qui sont toujours en brousse… Et d’ajouter que, même en ville, on vit encore comme au village. De fait, au-delà de la cour de récréation s’étend un vaste jardin potager où élèves et enseignants font pousser du manioc, de l’oseille et autres patates douces, des légumes qui améliorent l’ordinaire des enfants et fournissent un complément de revenu aux enseignants. Car la vie est dure, pour les enseignants comme pour les parents : le salaire de Marie et Malou s’élève en principe, à 70 dollars par mois, mais en réalité, payé en francs congolais (47.000FC) il a perdu 30% de son pouvoir d’achat à cause de l’inflation. Marie le reconnaît : « le loyer de ma maison, c’est 50 dollars, les frais de transport absorbent le reste. » Et Malou fait observer «demain on célèbre la journée de l’enseignement, mais en cette fin de mois, nous n’avons toujours pas été payés… »
Cette faiblesse des salaires des enseignants, qui ont cependant été revus à la hausse, explique pourquoi les parents sont toujours mis à contribution : ils doivent payer 65 dollars par an, dont 50 dès le premier trimestre, afin d’améliorer le salaire des enseignants. Lors de la dernière rentrée, le gouvernement avait voulu interdire cette obligation signifiée aux parents, mais, confronté aux grèves et aux protestations des enseignants, il n’avait pu que s’incliner. Présent à la cérémonie de distribution des livres, le ministre de l’éducation primaire et secondaire, Maker, reconnaît qu’un long chemin reste à parcourir : « l’éducation ne représente toujours que 6,8% du budget de l’Etat, alors que je voudrais atteindre le chiffre de 15%…Je veux aussi persuader les bailleurs de nous appuyer dans le même sens : alors qu’autrefois l’appui à l’enseignement représentait 30% des coopérations étrangères, cet apport est tombé aujourd’hui à 6%… Or ce pays compte 49.000 écoles, 13 millions et demi d’enfants en âge d’école, dont 80% sont scolarisés. Mais à cause des guerres, de la pauvreté, du manque de moyens, la déperdition est immense… »