19 avril 2009

Les quinze années d’errance de Michel Habimana alias Ngarambe

Catégorie actualité, interview

Le parcours de Michel Habimana, alias le lieutenant colonel Ngarambe se termine ici, dans un camp militaire des environs de Kigali, au bout d’une longue piste qui se perd dans les broussailles. Vêtu d’un uniforme de l’armée rwandaise, menotté et pieds nus dans des babouches, l’homme semble étrangement à l’aise, volubile même, malgré les interrogatoires quotidiens auxquels il est soumis. Il ne se fait pas prier pour nous parler, et se lance dans un long récit volubile, dont l’apparente jovialité masque les contradictions et sans doute les mensonges. lire la suite

7 avril 2009

Rwanda:quinze ans et la solitude

Catégorie actualité

Rwanda : la solitude, quinze ans après

Kigali
Routes asphaltées ou en pierre taillée, villas qui ont poussé comme des champignons, Kicukiro est aujourd’hui l’un des nouveaux quartiers de Kigali. Cependant, malgré les bâtiments neufs et les exhortations du maire qui répète, à l’instar du président, qu’il faut reconstruire le pays, la douleur est toujours là. Depuis la foule amassée devant le « jardin de la mémoire » et le monument consacré au génocide, des cris jaillissent, perturbent les discours officiels. A tout moment, des corps convulsés ou immobilisés par les syncopes sont emportés par des ambulances. Lorsque Venuste Kasirika s’empare du micro et raconte son calvaire, son récit est ponctué par les sanglots qui secouent l’auditoire. L’histoire est connue, le film « Shooting dogs » l’a immortalisée. Dès le 7 avril, Venuste et ses voisins tutsis se sont sentis menacés et en dépit des promesses du colonel Rusatira, qui assurait que la gendarmerie allait les protéger, ils se sont rassemblés à l’ETO, l’Ecole Technique Officielle, où se trouvaient les Casques bleus belges. « Il pleuvait, le ravitaillement était difficile, les enfants tombaient malades, mais jusqu’au 11 avril, nous nous sommes sentis en sécurité. Soudain, vers 14 heures, nous avons vu la Minuar (Mission des Nations unies au Rwanda) se préparer à partir. Nous avons hurlé, protesté car à l’extérieur, les tueurs attendaient. Certains d’entre nous se sont jetés devant les camions, d’autres ont supplié qu’on les tue par balles car ils craignaient les machettes. Mais les Casques bleus ont tiré en l’air pour disperser la foule, et dès leur départ nous avons été encerclés. » Les Tutsis de l’ETO ont alors commencé à marcher vers le dépotoir de Nyanza, cheminant à travers une foule hurlante, qui les frappait, les injuriait. « Il y avait des grenades, dit Venuste, « les coups de machette pleuvaient et lorsque nous avons été rassemblés comme un tas d’immondices, on nous a mis à mort, systématiquement. Les Interhahamwe passaient pour achever les mourants à l’arme blanche, puis revenaient pour fouiller et dépouiller les cadavres. Moi, le bras arraché, j’ai survécu baignant dans mon sang, dissimulé sous d’autres corps… » lire la suite

6 avril 2009

Dossier Bruguière: traductore tradditore –

Catégorie actualité

Depuis 2006, la délivrance de mandats d’arrêts par le juge Bruguière à l’encontre de neuf hauts dirigeants rwandais a provoqué la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays. Or aujourd’hui, l’examen du « dossier Bruguière » s’avère plus compromettante pour le pouvoir judiciaire français que pour le Rwanda lui-même. En effet, non seulement les principaux témoins à charge cités par le juge se sont rétractés, dont le major Ruzibiza qui avait déclaré avoir participé lui-même à l’attentat contre l’avion du président Habyarimana, mais des éléments neufs pourraient être invoqués pour invalider l’ensemble du dossier. lire la suite

6 avril 2009

Appel à témoins, pour la vérité

Catégorie actualité, commentaire

Quinze années après le génocide, le Rwanda fait illusion : pacifié, sécurisé, reconstruit, il est souvent présenté comme un modèle de gouvernance et les bailleurs qui ont ouvert largement les robinets de l’aide internationale peuvent considérer avec satisfaction que leurs fonds ont été bien utilisés.
Cependant, rien n’est définitivement gagné : pour que d’autres conflits soient évités, il faut que la coopération régionale se renforce, entre autres avec le Congo trop longtemps pillé et humilié par son voisin. Il faudrait aussi que tous les Rwandais, ceux de l’intérieur du pays et ceux qui vivent en dehors, (sans oublier tous ceux qui ont choisi de se taire…)se mettent d’accord sinon sur une version commune de leur histoire, du moins sur le degré de responsabilité des uns et des autres, qu’ils s’attachent, tous ensemble, à démentir les manœuvres de désinformation dont l’histoire de ce pays a fait l’objet.
Dans toutes les universités du pays, l’histoire précoloniale du pays, longtemps vue à travers le prisme de la colonisation, a déjà été sérieusement revue et « réécrite à l’endroit ». La véritable histoire du génocide, dans toute sa complexité, commence à être connue. Reste à éclaircir le dossier de l’attentat contre l’avion du président, qui ne fut pas la cause d’un génocide depuis longtemps préparé, mais le prétexte qui donna le signal de son déclenchement.
Alors que le dossier constitué par le juge Bruguière s’effondre par pans entiers, que sa vraisemblance est sérieusement sujette à caution, on ne mesurera jamais assez le tort causé par les allégations qu’il contient.
Le mal, certes, a été infligé au régime de Kigali, mais surtout aux victimes rwandaises. Les survivants du génocide se sont pris à douter de leurs dirigeants, à se demander, atroce question s’il en est, si les Tutsis qui vivaient au Rwanda en 1994 n’avaient pas été délibérément sacrifiés par leurs frères venus d’ Ouganda les armes à la main et prêts à tout pour conquérir le pouvoir… Cette question là (que nul n’ose poser ouvertement) mine la société rwandaise et empoisonne le climat. C’est pour cela que, quinze années après le génocide, il ne faut pas seulement exiger que la communauté internationale indemnise enfin les victimes. Il faut aussi, plus que jamais, tenter d’établir la vérité sur l’attentat du 6 avril et confier cette tâche à une commission d’enquête réellement indépendante. C’est de la vérité, et d’elle uniquement, que naîtra la vraie réconciliation, seul gage d’une paix durable…

6 avril 2009

Voici quinze ans, le dernier génocide du siècle

Catégorie commentaire

En face du Centre hospitalier de Kigali, des universitaires canadiens et américains sont réunis dans un hôtel cinq étoiles et examinent doctement les diverses facettes du génocide. Au bout de la rue, le Ministère de la Défense a déménagé pour un imposant bâtiment dominant la ville et que tous appellent désormais le Pentagone. Entourée d’une petite grille, la casemate où se réfugièrent les dix Casques bleus belges a été repeinte de frais, mais les impacts de balles ont été préservés et dans ce quartier étrangement paisible, seule cette façade martyre, devant laquelle des gerbes de fleurs sont régulièrement posées, rappelle encore la tragédie qui se joua à Kigali voici quinze ans. Car ailleurs dans la ville, plus rien n’exprime le chaos, la terreur qui s’emparèrent du Rwanda dès le soir du 6 avril 1994.
Au vu des routes asphaltées, des chemins de pierre qui relient entre eux les nouveaux quartiers, des immeubles flambant neufs qui ont remplacé les quartiers populaires avec leurs dédales de terre battue et leurs maisons basses ceintes d’euphorbes, comment imaginer que, voici quinze ans, dans les minutes qui suivirent le crash de l’avion qui ramenait le président Habyarimana de Tanzanie, la ville se couvrit de barrières, que des tueurs s’égaillèrent immédiatement à travers la ville en sachant très bien ce qui leur restait à faire ? lire la suite

5 avril 2009

Rwanda:les méfaits du révisionnisme

Catégorie actualité, commentaire

Alors que le génocide des Tutsis était encore en cours, sa négation s’installait déjà. A Kigali ces jours ci, on se souvient de toutes ses déclinaisons : la disparition du président Habyarimana, emporté par l’attentat contre son avion, aurait suscité, spontanément, une réaction de « colère populaire » ; par la suite, alors que les rivières charriaient des cadavres et que les églises étaient transformées en abattoirs, ces crimes furent attribués aux combattants du Front patriotique rwandais, ce qui accrédita la thèse du «double génocide », comme si tous ces crimes finalement s’annulaient. (Ce qui n’empêche que les exactions et vengeances commises par les soldats tutsis, ainsi que les châtiments encourus auraient mérité de plus amples investigations…)Ensuite, l’exode des Hutus au Congo, d’une ampleur « biblique » détourna l’attention de l’opinion, brouilla la piste des responsabilités et prépara le terrain des nouvelles guerres qui allaient ensanglanter la région…. lire la suite