2 mai 2009
Raymond Tshibanda: sur le point de mettre fin à la gurre, si…
Catégorie actualité, interview
Raymond Tshibanda, Ministre de la Coopération régionale et ancien directeur de cabinet du chef de l’Etat a été au coeur des derniers enjeux auxquels la RDC est confrontée: la guerre à l’Est, la normalisation des relations avec le Rwanda mais aussi avec la Belgique, les négociations avec le FMI, les contrats chinois. Il fait le point.
A l’issue de la visite de Charles Michel, les relations belgo congolaises vont-elles connaître un nouvel élan ?
Après un moment de flottement, il y a incontestablement un nouvel élan, nous sommes déterminés de part et d’autre à porter cette coopération plus loin, plus haut, d’aller plus vite et de mieux faire. Dès septembre nous nous retrouverons pour voir de manière concrète comment utiliser l’enveloppe prévue pour 2010, que nous espérons voir croître de manière progressive. Compte tenu de l’étendue et de la démographie de ce pays il y a encore de la marge…Nous apprécions beaucoup la détermination de la Belgique de demeurer solidaire par ces temps de crise et du côté congolais, nous allons veiller à améliorer notre capacité d’absorption des ressources.
La partie congolaise a-t-elle eu gain de cause pour ce qui concerne la défense des principes que vous avez rappelé ?
Disons plutôt que le dialogue entre le Congo et la Belgique a produit des fruits, que des principes ont été acceptés par les deux parties et que nous les avons traduits dans notre coopération pour l’année à venir. La normalisation est en marche, en ce qui concerne le consulat de Lubumbashi le titulaire est déjà désigné, ce n’est plus qu’une question de calendrier et pour Bukavu c’est en cours également.
Le Ministre De Gucht viendra-t-il encore au Congo ?
Je ne crois pas qu’il y ait un sentiment anti De Gucht au Congo… Ce qu’il faut comprendre c’est que nous considérons que les relations entre la Belgique et la RDC sont tellement importantes que nous devons les mettre à l’abri de tout refroidissement. Quand on veut éviter de prendre un coup de froid, il faut veiller à bien se couvrir…
Vous vous êtes beaucoup occupé de la situation à l’Est. Or des informations font état de massacres, de reprise des combats… Où en est-on ?
Pour apprécier où on en est il faut se remémorer où on en était l’automne dernier. En octobre novembre c’était la guerre ouverte. Chaque jour on enregistrait des morts, des viols en grande qualité, c’était une véritable catastrophe humanitaire, les agences ne pouvaient accéder aux populations…
Un énorme travail a été abattu sur plusieurs plans, diplomatique (le réchauffement de nos relations avec le Rwanda) militaire (l’opération rwando-congolaise Umoja Wetu contre les rebelles hutus), politique (les négociations directes avec le Congres national pour la défense du peuple de Laurent Nkunda et la conscientisation des populations pour préserver la paix et se distancer des groupes armés) Tout cela a enrayé la tragédie… Je note que, jusqu’aujourd’hui, même s’il y a eu des incidents dramatiques, ils ont été localisés et qu’ils sont seulement le fait des FDLR. Les autres accords tiennent, nous n’avons pas enregistré d’actions offensives de la part des groupes qui ont signé les accords.
Certes, il y a des difficultés dans le processus d’intégration des différents groupes mais elles sont dues au problème général de la restructuration de nos forces armées, cela n’a rien à voir avec les aspects spécifiques de l’intégration… En plus, la semaine prochaine, nous attendons l’arrivée d’une délégation du CNDP afin de finaliser les accords politiques, et la loi sur l’amnistie est en chantier au niveau du Parlement, les ministères de la Défense et de la Justice travaillent sur la question des prisonniers politiques… Bref, tout avance…Sur le plan international, les réunions tripartites entre nous, le Haut Commissariat aux réfugiés et les pays voisins où se trouvent des réfugiés congolais, commencent à se tenir, l’organisation de leur rapatriement est déjà amorcée… Bref, quand on voit tous les éléments qui font partie de l’accord, moi, je suis très confiant.
Il faut savoir que nous avons discuté avec tous ces gens durant une période relativement longue et on a pu nous le reprocher. Mais ce délai nous a permis d’aborder tous les aspects des problèmes, aucune des facettes n’a été occultée. Lorsqu’il a été question de l’intégration des hommes de Nkunda, nous avons dit que, dès le départ, il fallait qu’ils sachent qu’ils allaient intégrer des forces armées dans l’état où elles étaient. Forger une conscience nationale, cela passe aussi par le fait de vivre ensemble certaines difficultés et de travailler ensemble à l’amélioration de la situation.
Certes, sur le terrain, les militaires peuvent souffrir de la faim, de difficultés d’approvisionnement, mais cela ne résulte d’aucune discrimination, tous nos militaires partagent le même vécu…Et surtout, cela ne leur déplaît pas d’être en situation de paix et aussi de légitimité…
Puisqu’il y a de tels progrès, comment expliquer les inquiétudes exprimées par la communauté internationale, l’absence de félicitations ?
Je le répète : les quelques incidents que l’on enregistre ne sont pas le fait des Congolais entre eux, ils résultent de l’action des FDLR, les rebelles hutus. Nous savons que tant que cela ne sera pas réglé, la paix demeurera fragile. Ce qu’il faut faire, c’est consolider la confiance entre Congolais, ne pas nourrir par des déclarations intempestives le ressentiment d’une partie de la population contre une autre…Sur le plan international, je suis frappé par la profusion de félicitations que nous recevons en coulisses et le silence assourdissant observé sur la place publique…
Or l’amélioration des relations avec le Rwanda est tout de même un élément fondamental pour la paix régionale et nous sommes déterminés à poursuivre dans ce sens, car nos deux peuples ne peuvent qu’en tirer bénéfice.
Nos deux chefs d’Etat veulent transformer cette région en zone de paix. Et c’est bien pour cela que cela va marcher…
Où en est la normalisation avec le Rwanda ?
Elle est en cours, les échanges d’ambassadeurs vont se faire. Quant aux FDLR, leur structures de commandement a subi des coups décisifs. Si la pression est maintenue, d’ici deux trois mois il y aura un changement majeur car on ne leur laisse pas le temps de se rééquiper, de se réorganiser, ils n’ont pas réussi à reprendre le moindre centre important… En outre, leur réseau de communication est cassé, or c’est à travers cela qu’ils recevaient messages, encouragements et directives. A ce propos, il faudrait que la communauté internationale fasse preuve d’un engagement plus déterminé. Or on sent comme une brèche dans la détermination à régler une fois pour toutes ce problème. De plus, alors que nous ici nous travaillons à convaincre ces éléments du FDLR qu’ils ont intérêt à rentrer au Rwanda et à déposer les armes, il n’est pas normal que leur leadership politique, à partir de capitales occidentales, leur envoie des messages les incitant à tenir bon, à ne pas s’impliquer dans le programme de rapatriement. Ces messages viennent de Bruxelles, d’Allemagne, de Grande Bretagne, des Etats Unis. Pourquoi nos partenaires ne disent-ils pas à ces gens que s’ils continuent à déstabiliser toute une région, et à quel prix, ils ne seront plus les bienvenus dans ces pays. Il faudrait que l’on fasse davantage…
Que pensez vous du rôle de la Monuc ?
Les 3000 hommes prévus en renfort ne sont toujours pas arrivés, mais la Monuc nous assiste dans les opérations en cours. Le problème n’est pas celui du nombre, mais des compétences requises. Il faudrait que la Monuc soit dotée d’ unités spéciales, capables de faire face à ces développements très particuliers, qui ne sont pas ceux d’une guerre conventionnelle…
Nous sommes à un stade où s’affrontent deux volontés : ceux qui veulent mettre fin, définitivement, à la guerre et à la violence et ceux qui, pour une raison ou une autre, souhaitent que cela continue…Le camp de la paix pourrait l’emporter, mais il faut que le dernier petit effort supplémentaire soit fourni, le dernier coup de pouce. Si la communauté internationale baisse les bras ou temporise, tout peut être brisé…Je ne comprends pas certaines tergiversations…Il est vrai que d’aucuns tirent plus de profit de la guerre que de la paix, surtout au niveau des intérêts locaux, ce qui n’implique pas nécessairement les Etats…
Les objections suscitées par les contrats passés avec la Chine sont elles en passe d’être surmontées ?
Ces contrats ont suscité beaucoup d’émotion, beaucoup de craintes souvent irrationnelles d’ailleurs. Je crois que maintenant nous avons persuadé tous nos partenaires que, non seulement il y avait de la place pour tout le monde, mais que le décollage du pays passait par un développement de ses infrastructures. Quant aux objections du FMI, qui redoute un nouvel endettement car l’ Etat apporte sa garantie aux crédits qui nous sont consentis, nous soulignons que l’ Etat ne s’engage pas directement, qu’il ne se trouve qu’en deuxième ou troisième position. En fait, nous voulons deux choses, impérativement et simultanément: atteindre le « point d’achèvement » où nous allons bénéficier d’une remise de notre dette (rappelons que ce remboursement de la dette coûte de 40 à 50 millions de dollars par mois qui, sinon, pourraient être injectés dans les secteurs sociaux…) et aussi maintenir les contrats passés avec la Chine, cette injection de 9 milliards de dollars dans les infrastructures, ce qui nous permettra de faire décoller tout de suite notre économie…Actuellement tout indique que la Banque Mondiale nous comprend et qu’avec le FMI, nous avançons, très lentement…
nda