18 mai 2009

Santoso un animateur radio au service du développement

Catégorie actualité, interview

Interview de « Tosca » Santoso, animateur de la station KBR68H, lauréate du Prix Roi Baudouin pour le développement

Comment, après des études d’agronomie, avez vous été amené à faire de la radio ?

Dès la fin de mes études, alors que l’Indonésie vivait encore sous la coupe du régime autoritaire de Suharto, j’avais lancé un petit journal qui s’adressait aux agriculteurs et qui défendait leurs droits, « la Voix des paysans ». En 1994, vers la fin de l’ère Suharto, ce magazine fut banni, et nous nous réunîmes alors, journalistes, militants des droits de l’homme, juristes, pour voir comment défendre la liberté d’expression. Nous avons continué à diffusé notre revue, clandestinement, sous forme de samizdat à l’indonésienne. En 1998, lorsque la dictature s’acheva, nous avons décidé de produire des informations destinées à la radio.

Pourquoi n’avez vous pas créé une station radio proprement dite ?

La licence, c’est à dire l’autorisation d’émettre, coûtait trop cher. Nous n’avions pas le capital disponible. Vu la structure très éclatée de l’Indonésie, nous avons alors décidé de produire des programmes et de les proposer aux radios. Au début, sept d’entre elles ont souscrit un abonnement, aujourd’hui, elles sont plus de 650 membres de notre réseau. Ces radios privées ont un grand besoin de programme de qualité car la majorité de leur production est commerciale. Pour 10 ou 20 dollars par mois, les petites radios privées peuvent s’abonner à nos programmes et pour les plus petites d’entre elles, la souscription est gratuite. Nous sommes viables car nous jouons sur la qualité, la décentralisation. Et en plus nous recevons beaucoup de publicités payantes émanant d’agences de développement, onusiennes ou autres.

Quels sont vos thèmes favoris ?

Il y a bien sûr les droits de l’homme, la promotion de la tolérance, des thèmes particulièrement importants dans un pays tel que l’Indonésie, mais nous nous attachons de plus en plus à la lutte contre la déforestation. Chaque année, deux millions d’hectares de forêts disparaissent dans notre pays, ce qui entraîne un impact dramatique, c’est très mauvais pour le climat. C’est pourquoi nous avons créé Green radio, la radio verte, notre radio à nous, basée à Djakarta, dont les programmes sont essentiellement basés sur l’écologie. Nos auditeurs sont très sensibilisés : ils sont invités, pour 12 dollars, à acheter un arbre qui portera leur nom et sera replanté. 6000 arbres ont déjà été plantés de la sorte et nous voulons faire le double…C’est très mobilisateur…

Quels sont vos projets immédiats ?

En plus de la fourniture de programmes à 650 stations radio, nous voulons lancer une station de télévision qui elle aussi produira des programmes axés sur le développement, les droits de l’homme, la protection de l’environnement. Nos allons vendre ces productions à douze chaînes de télévision nationales…
Nous lançons aussi un talk show appelé « revenue watch » l’observatoire des revenus, c’est à dire de la corruption, où l’on discutera de la perception des taxes, des revenus tirés des mines, des ressources des entreprises publiques et de la taxation. Ce sera une émission très suivie, qui va secouer…

Que signifie^pour vous le Prix Roi Baudouin pour le développement ?

Ce prix va nous faire connaître, nous permettre de multiplier les contacts, nous donner plus de visibilité. Il représente aussi un encouragement pour l’Indonésie, qui sera mise à l’honneur…

Quels sont vos adversaires ?

Il y en a beaucoup plus que vous ne pensez : le grand capital, qui veut dominer les medias, les groupes fondamentalistes, qui prônent l’intolérance mais sont encore minoritaires. Ils nous ont déjà menacés et ont attaqué notre station voici quatre ans…Ceux qui veulent exploiter la forêt, au risque de détruire l’environnement, aimeraient aussi nous voir plus discrets….