22 juin 2009

Nigeria: la guerre du pétrole a repris

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La guerre du pétrole a repris au Nigeria : le Mend (Mouvement d’émancipation du delta du Niger), le principal groupe armé dans le sud du Nigeria, a attaqué deux oléoducs de la compagnie Shell et la société a démenti qu’un troisième oléoduc ait été touché dans l’Etat de Rivers. Quelques jours plus tôt un autre oléoduc avait été attaqué dans l’Etat de Bayelsa. Shell n’est pas la seule compagnie visée : un oléoduc de la société italienne Agip a été saboté, entraînant une perte de production équivalent à 33.000 barils de brut par jour et la compagnie américaine Chevron a également été menacée.
C’est le 7 juin que le Mend a annoncé qu’il reprendrait la « guerre du pétrole » contre les multinationales, au nom des populations pauvres du delta, des Ijaws et des Ogoni, parmi lesquels de nombreux pêcheurs dont l’environnement a été détruit par l’exploitation pétrolière.
En réalité, le Mend s’est radicalisé à la suite d’une offensive lancée par l’armée et la police pour neutraliser les groupes armés qui sévissent dans le delta. Cette relance de la guerre a déjà amené Shell à décréter une situation de force majeure, qui l’empêcherait de garantir ses livraisons pour le mois de juillet.
En raison de ces violences à répétition, la production pétrolière, qui représente 90% des recettes du Nigeria a déjà chuté d’un tiers depuis 2006, ce qui a fait repartir à la hausse les cours du brut, qui est remonté à 72 dollars à New York.
L’offensive des forces gouvernementales s’explique par l’insécurité croissante créée dans la région du delta par le Mend. Ce dernier ne se contente pas d’attaquer des installations pétrolières : le mouvement multiplie aussi les prises de ce qu’il appelle l’ «or blanc » c’est à dire des expatriés, souvent des employés de sociétés pétrolières qui sont ensuite relâchés moyennant d’importantes et discrètes rançons. Ces prises d’otages ne se limitent plus aux expatriés, elles visent désormais les politiciens locaux et leurs familles et sont l’œuvre de gangs criminels plus que d’un mouvement qui se présente comme le défenseur de populations appauvries par la destruction de leur ressources.
Le regain actuel de violence met en échec la politique du président Yar’Adua, qui, au contraire de son prédécesseur Obasanjo, avait tenté une approche plus conciliante et promis de mettre en œuvre un plan de développement régional. Il n’avait cependant pas accordé l’amnistie aux auteurs d’attaques armées, car les mouvements comme le Mend et le JRC (Conseil commun révolutionnaire) ont été rejoints par des éléments criminels pour lesquels les prises d’otages ne sont qu’une autre source de revenu.
Pour répondre aux accusations selon lesquelles elles négligeraient les populations locales, les sociétés pétrolières ont longtemps tenté de se concilier les bonnes grâces des mouvements armés en accordant des contrats de sécurité à leurs combattants. Ces derniers se sont ainsi retrouvés chargés de protéger les pipe lines et de nettoyer le sites…
Cette politique a mené à la fragmentation des groupes armés, alors que les élites sociales et intellectuelles de la région du Delta avaient tenté de réunir les groupes armés en une seule entité afin de pouvoir négocier avec cette dernière de réelles garanties de sécurité pour le personnel des sociétés pétrolières.
Le problème réel est cependant plus profond : si des mouvements armés sont apparus parmi les populations du delta du Niger, c’est parce que leur environnement a été gravement affecté par l’exploitation pétrolière et que les promesses n’ont pas été tenues. En 2002 en effet, un rapport recommandait de revoir le décret d’utilisation des terres (Land use act), de 1978 et le décret sur le pétrole (1969) mais cete révision n’a jamais été réalisée. Ces décrets considéraient que la terre appartenant à l’Etat, ses habitants ne sont que de simples occupants, -qui peuvent donc être délogés si cela s’avère nécessaire- tandis que seules les autorités étatiques ont le pouvoir d’accorder des licences d’exploitation et de production aux sociétés étrangères. Si les populations du delta ont soutenu les groupes armés, c’est parce qu’elles avaient le sentiment d’être dépossédées de leurs terres et de ne pas percevoir les bénéfices économiques d’une exploitation pétrolière qui pollue l’atmosphère et empoisonne le sol et l’eau du delta…