21 juillet 2009

Kakudji: disparition d’un Tonton

Catégorie actualité

Décédé à l’hôpital Saint Luc à Bruxelles où il avait été hospitalisé voici une semaine, Gaetan Kakudji emporte avec lui l’un des pans les moins connus de l’histoire du Congo, le souvenirs des années de lutte durant lesquelles Laurent Désiré Kabila, père de l’actuel président, tentait de préserver le petit maquis qu’il avait créé à Fizi Barka, au bord du lac Tanganyika.
Après l’échec des rébellions lumumbistes dans les années 60, alors que le président Mobutu, appuyé par l’Occident, installait durablement son pouvoir, Laurent Désiré Kabila et une poignée de fidèles avaient créé une « zone rouge » aux confins du pays, une zone non contrôlée par Kinshasa où le PRP (parti de la révolution populaire) créé par Kabila tentait de mettre en application des idées inspirées du maoïsme. Jusqu’à la fin des années 80, le maquis de Kabila défia le pouvoir mobutiste, qui allait même jusqu’à nier son existence. Il est vrai que les militants révolutionnaires vivaient dans des conditions de plus en plus précaires, minés par leurs propres dissensions et trahisons, poursuivis par les services de sécurité de Mobutu et affaiblis par des conditions matérielles extrêmement difficiles, leurs seules ressources étant l’agriculture de subsistance et le commerce de l’or, exploité artisanalement dans la région. lire la suite

20 juillet 2009

“Katanga Business” trébuche à Kisangani

Catégorie actualité

Kisangani devait être la dernière étape de la présentation au Congo du film de Thierry Michel, Katanga Business, qui a déjà été projeté à Kinshasa, Bukavu, Lubumbashi, Likasi, au cours de séances qui, à chaque fois ont suscité enthousiasme, polémiques et débats passionnés.
A Kisangani, les incidents n’ont pas manqué, d’abord techniques, puis, très clairement, beaucoup plus politiques : lors de la première séance de projection, qui se déroulait à l’université, le courant, soudain, a été coupé et la soirée dut être interrompue. Le lendemain, la reprojection du film à l’université s’avéra impossible : les étudiants assura-t-on au cinéaste, étaient en examen, il ne fallait pas les déranger…A toutes fins utiles, Thierry Michel fut d’ailleurs convoqué à l’ANR, l’agence national de renseignements, où on lui demanda des explications à propos de ce film jugé très engagé, très politique.
Le lendemain, le centre Wallonie Bruxelles, qui a une antenne à Kisangani, envisageait de projeter le film dans une salle du centre ville, dûment réservée et louée pour la circonstance mais cette séance, ouverte au grand public, n’eut pas lieu, elle non plus, ayant été tout simplement interdite. La mesure, décidée par le gouverneur de la Province Orientale appuyé par les services de l’ANR a fait grand bruit au sein de la population et en particulier à l’Université, où étudiants et professeurs se sont demandé si leur pays n’était pas en train de revenir aux pratiques de la Deuxième République, ce temps où régnait la censure, où le seuls spectacles possibles étaient ceux qui avaient été autorisés par le « Guide » Mobutu et se consacraient à l’éloge de ses mérites…
Dans le cas de Katanga Business, Thierry Michel et ses amis se demandent toujours quelles sont les séquences de Katanga Business qui ont pu sembler litigieuses : la mise en cause du « lotto » minier qui sévit au Katanga, à l’heure où l’on vient d’apprendre que la presque totalité des terres de la province du cuivre avaient été cédées par le Cadastre minier à des investisseurs potentiels mais aussi à des aventuriers ou des spéculateurs, les images montrant comment sont réprimés des creuseurs qui manifestent afin de protester contre leur éviction des sites où ils trouvaient leur gagne pain, ou encore le portrait très (trop ? ) flatteur du gouverneur du Katanga Moïse Katumbi qui apparaît comme le personnage central d’un film. Même si telle n’était pas l’intention de Thierry Michel, il est évident que Katanga Business contribue à faire connaître le très populiste gouverneur à travers tout le pays et que ses collègues des autres provinces prennent peut-être ombrage de la popularité croissante de celui qui apparaît comme leur rival du Katanga…
Pour leur part, les étudiants de Kisangani, frustrés et déçus, ont donné à Thierry Michel une explication plus simple encore, assurant « tout se passe comme si on nous empêchait tout simplement de réfléchir, comme si on ne voulait pas que nous devenions intelligents… »