31 août 2009

Ces guerres “terminées” qui n’en finissent pas

Catégorie actualité, commentaire

L’Union africaine, qui se réunit cette semaine à Tripoli (Libye) ne se contentera pas d’examiner les principaux conflits en cours sur le continent : Somalie, Soudan, République démocratique du Congo, Sud du Nigeria, Tchad, Madagascar, Niger, Mauritanie, Guinée, Centrafrique, Guinée Bissau, Côte d’Ivoire, Nigeria, elle prendra aussi en compte les différences d’appréciation que suscitent plusieurs d’entre eux, parmi les plus meurtriers, le Darfour et l’Est du Congo, les menées dans le Nord de la RDC des rebelles ougandais de l’Armée de libération du Seigneur.
En effet, les appréciations des responsables politiques divergent de plus en plus des informations venues du terrain et diffusées par les organisations humanitaires ou de défense des droits de l’homme. lire la suite

26 août 2009

Africom débarque au Congo

Catégorie actualité

[Dans le prolongement de la visite d’Hillary Clinton, les Etats Unis prennent pied militairement au Congo-Kinshasa : une équipe d’experts est arrivée dans l’Est du pays afin d’assister l’armée congolaise. Cette dernière est actuellement engagée dans l’opération Kimia 2, visant à déloger les rebelles hutus de leurs bastions et en particulier des zones minières d’où ils tiraient leurs ressources. A Goma, Mme Clinton s’était émue des violences sexuelles et avait mis en cause le comportement de l’armée congolaise, souvent dénoncé par des organisations non gouvernementales. La secrétaire d’Etat avait rappelé que les Etats Unis étaient prêts à aider l’armée congolaise à se réorganiser.
Depuis lors, les Kivutiens ne parlent plus que de l’Africom, le Commandement militaire pour l’Afrique. Créée sous l’administration Bush pour marquer l’implication croissante des Etats Unis sur le continent et assister les armées nationales, cette structure est demeurée basée à Stuttgard, aucun pays africain ne s’étant jusqu’à présent montré disposer à l’accueillir.
La première équipe militaire envoyée à Goma, prélude à l’arrivée d’autres groupes, se compose de spécialistes en matière médicale et aussi d’un expert en relations publiques qui devrait travailler à améliorer l’image -et le comportement- de l’armée congolaise. Très discrètement, des spécialistes en matière de transmission sont également à l’oeuvre. A l’aide d’images satellite, ils assistent les forces armées congolaises à localiser les lieux où se concentrent les combattants hutus des FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda).
Depuis janvier, lorsque l’administration Obama est entrée en fonctions, les Américains insistent auprès des Congolais pour que l’armée s’attaque au problème posé dans l’Uéle par l’Armée de libération du Seigneur, une milice soudanaise, et au Kivu par les FDLR. En dépit des rapports faisant état de représailles à l’encontre des populations civiles, les Etats Unis continuent à encourager l’option militaire, tandis qu’Alan Doss, le patron de la Monuc, a reconnu que de réels progrès avaient été enregistrés sur le terrain.
Les experts envoyés par les Etats-Unis arrivent en même temps que les 3000 Casques bleus que la Monuc avait appelés en renfort et qui seront également déployés au Kivu pour soutenir les opérations de l’armée gouvernementale.

25 août 2009

Témoin-clé de l’attentat contre l’avion d’Habyarimana, l’opérateur radio se rétracte

Catégorie catégorie

« Les gorilles ont perdu, les bergeronnettes ont gagné le match. (…) Ce jour est inoubliable pour nous et notre ethnie. Si le président est tué, nous sommes sûrs de la victoire. (…) La réunion de Mulindi est annulée, je vous remercie et vous félicite pour l’opération d’hier. (…)Nous félicitons les groupes d’action en profondeur. (…)Toutes les unités doivent se mettre en état d’alerte car la guerre commence. »
Dès le 7 avril 1994 vers 8 heures du matin, les messages commencent à s’accumuler sur les bureaux des officiers chargés du renseignement à Kigali. Ils ont été interceptés à Gisenyi par le centre d’écoute de Mutotori chargé de capter les communications radio du Front patriotique rwandais et ils sont on ne peut plus clairs : en langage codé, les « gorilles » désignent les Hutus, les «bergeronnettes » sont les Tutsis. Les seconds, depuis leur quartier général de Mulindi, revendiquent ce qu’ils présentent comme un haut fait d’armes : avoir abattu, dans la soirée du 6 avril, l’avion qui ramenait de Tanzanie le président du Rwanda Juvenal Habyarimana et son collègue le président du Burundi Cyprien Ntaryiamira. L’un des messages relève aussi l’aide apportée par la communauté belge dans la réussite de cette mission. lire la suite

23 août 2009

Retrouvailles Zuma-dos Santos: le souvenir des luttes de libération

Catégorie actualité, commentaire, médias

C’est à son voisin angolais que le nouveau président sud africain Jacob Zuma a réservé sa première visite d’Etat, accompagné de onze ministres et d’une centaine d’hommes d’affaires. A l’issue de cette rencontre, le président Zuma comme son homologue angolais dos Santos se sont montrés exceptionnellement élogieux à propos des relations bilatérales entre les deux pays : « cette visite marque le début d’un renouveau » a dit Zuma, tandis que son homologue assurait que » cette visite signifie le début d’une nouvelle ère dans les relations bilatérales, que le gouvernement angolais est prêt à intensifier dans tous les domaines. »
Dans la foulée, de nombreux contrats et accords commerciaux ont été signés, marquant la complémentarité des deux économies. En effet, l’Afrique du Sud dispose d’un appareil industriel performant, d’une bonne capacité de management et son économie est de loin la plus développée du continent. Mais le pays manque désespérément d’énergie et de ressources hydroélectriques et l’Etat peine toujours à répondre aux aspirations de la majorité noire. De son côté, l’Angola, à la fois très riche et sous peuplé, souffre toujours des conséquences humaines et matérielles de la guerre civile qui l’a dévasté de 1996 jusqu’en 2002, lorsque le Mouvement populaire pour la libération de l’Angola, toujours au pouvoir, combattait l’Unita de Jonas Savimbi, qui fut longtemps soutenu par les Américains.
Durant ce conflit dévastateur, les infrastructures furent détruites, des millions de civils déplacés et le pays détient toujours le triste record du plus grand nombre de mutilés de guerre. Mais depuis la fin de la guerre, l’économie s’est redressée de manière spectaculaire et la croissance dépasse les 14% par an. L’Angola en effet est devenu le premier producteur de pétrole d’Afrique et le 8eme fournisseur des Etats Unis, mais il ne dispose toujours pas des capacités suffisantes pour raffiner toutes sa production potentielle tandis que sur le plan social, les inégalités demeurent criantes. Déçu par les révélations portant sur les commissions versées lors des achats d’armes en France (affaire dite de l’Angolagate…) et soucieux de diversifier ses relations économiques, Luanda a chargé les Chinois de reconstruire les infrastructures et ouvre ses portes à son voisin sud africain. C’est ainsi que l’entreprise publique sud africaine PetroSA coopérera avec son homogogue angolaise Sonangol pour l’exploration, le raffinage et la distribution de pétrole.
D’autres accords ont été conclus dans le domaine du sport et des télécommunications. A terme, les deux pays devraient aussi se retrouver associés dans un projet impliquant leur allié commun, la République démocratique du Congo : la réhabilitation et l’extension du barrage hydro électrique d’Inga, dans le Bas Congo, qui pourrait produire toute l’électricité nécessaire aux pays membres de la SADC (Conférence pour la coopération des pays d’Afrique australe). La République démocratique du Congo en effet est également membre de la SADC et tant l’Angola que l’Afrique du Sud ont joué un rôle important durant la guerre : après avoir initialement fourni des armes au Rwanda, l’Afrique du Sud a mis en œuvre toutes les ressources de sa diplomatie pour héberger les négociations de Sun City qui réunissaient le gouvernement et les groupes rebelles et le président Thabo Mbeki s’impliqua personnellement pour faire aboutir l’accord de paix. Quant à l’Angola, à plusieurs reprises l’intervention de son armée, la meilleure de la région, s’avéra décisive pour Kinshasa. L’an dernier encore, alors que les forces congolaises vacillaient face à Laurent Nkunda, la perspective d’une intervention militaire angolaise à Goma fit basculer la donne.
Un rapprochement entre Luanda et Pretoria ne peut que renforcer la stabilité du Congo et éloigner plus encore les risques de balkanisation.
Le partenariat entre l’Afrique du Sud et l’Angola se fonde sur la complémentarité des économies (savoir faire et capital d’un côté, ressources naturelles de l’autre) mais aussi, dans le cas des présidents Zuma et dos Santos, sur le souvenir d’une lutte commune contre l’apartheid. En effet, si au lendemain de l’indépendance, l’Angola s’est retrouvé plongé dans la guerre, c’est parce que le MPLA, avec l’aide de Cuba et de l’Union soviétique, soutenait activement les combattants de l’ANC (le Congrès national africain) qui disposaient de camps d’entraînement dans le sud du pays. Symboliquement M. Zuma a tenu a visiter un de ces camps et il a déposé une gerbe sur la tombe du premier président angolais Agostinho Neto.
M. Zuma s’est également souvenu du fait qu’en 1988, le corps expéditionnaire sud africain avait subi à Cuito Canavale, dans le Sud de l’Angola, une défaite cuisante face à l’armée angolaise soutenue par les Cubains. Ce tournant dans la guerre mena à l’indépendance de la Namibie et, in fine, à la libération de Mandela et à la fin de l’apartheid.
Alors que de nombreuses divergences avaient séparé le président Mbeki de son voisin angolais, (à propos du Zimbabwe ou de la Commission Vérité et réconciliatiopn que Mbeki voulait exporter en Angola) les retrouvailles des présidents Zuma et dos Santos représentent une avancée importante dans le domaine de la coopération politique et économique entre des pays africains voisins et alliés de la République démocratique du Congo.

21 août 2009

Mourir pour l’huile de palme dans les années 30

Catégorie Non classé, subjectif

Rien, à première vue, ne prédisposait Paul Raingeard de la Bletière, ce fils d’une bonne famille française bretonne, à se retrouver au cœur du Congo belge en 1926. Sauf son désir de mettre en pratique ses études de médecine tropicale menées à Paris, de découvrir l’Afrique et de connaître l’aventure. Frais émoulu de l’université, le jeune médecin signe un contrat avec la Compagnie du Kasaï, chargée d’exploiter l’huile de palme et de « mettre en valeur » l’une des régions les plus reculées de la colonie belge, le Kwango-Kwilu. Il est chargé de mener des campagnes de vaccination des travailleurs, de veiller sur les malades et, le cas échéant, d’assister les médecins inspecteurs nommés par l’administration lorsqu’ils mènent leurs tournées en brousse. lire la suite

20 août 2009

Rwanda: Séraphin Rwabukumba nie tout lien avec l’”Akazu”

Catégorie Non classé

Vivant en Belgique depuis la fin du génocide et l’arrivée au pouvoir du FPR en 1994, Séraphin Rwabukumba, frère de Mme Agathe Uwilingyimana et donc beau-frère du président Habyarimana nous a adressé, via son avocat, un courrier contestant deux informations que nous avons publiées le 21 mai 2009.
M. Rwabukumba tient tout d’abord à préciser qu’il vit en Belgique où il est titulaire d’un permis de séjour à durée illimitée délivré par l’Office des étrangers. Il ajoute qu’il n’a pas quitté le territoire belge depuis son arrivée en 1994 et assure, en particulier, qu’il ne s’est pas rendu au Congo. lire la suite

19 août 2009

Kinshasa recule sur les contrats chinois

Catégorie actualité

Plus que jamais désireux d’arriver à un accord avec le Fonds monétaire international et d’obtenir un allègement de sa dette, le Congo vient de lâcher du lest et d’accepter de revoir à la baisse les contrats passés avec la Chine.
Le premier accord passé en 2007 entre Pékin et Kinshasa prévoyait un prêt chinois de 9 milliards de dollars, six pour reconstruire les infrastructures et trois pour relancer le secteur minier. Les bénéfices escomptés en ce domaine auraient du permettre de rembourser ce crédit. L’ Etat congolais, en deuxième position, avait apporté sa garantie à ce prêt. Mais les créanciers occidentaux, représentés au sein du FMI, considéraient qu’il s’agissait là d’un nouvel endettement. Cet obstacle a été levé: le ministre congolais de l’Information Lambert Mende nous a confirmé qu’«après huit mois de négociations, la Chine avait levé sa demande de garantie de l’Etat sur la dernière tranche. Elle se contentera désormais de simples garanties d’ordre commercial.> D’après le gouverneur de la Banque du Congo, Jean-Claude Masangu, la première partie des prêts destinés aux infrastructures, sera bien libérée, ainsi que les trois milliards de dollars destinés au secteur minier. Par contre les trois milliards destinés à la deuxième phase de reconstruction des infrastructures seront mis en veilleuse. Privé d’un tiers des crédits chinois, le Congo n’obtiendra cependant pas tout de suite l’allègement d’une dette estimée à 11 milliards de dollars: il devra encore remettre de l’ordre dans ses finances publiques et donner des gages en matière de bonne gouvernance, ce qui reporterait à 2010 l’échéance de la remise de 80% de la dette. Le pays est cependant l’un des plus touchés par la crise financière. En mars dernier, il avait bénéficié d’un versement d’urgence de 195,5 milllions de dollars. Dans l’ épreuve de force engagée avec les sociétés minières, Kinshasa a également été obligé de reculer le gouvernement a accepté de revoir sa décision d’annuler un projet miniersoutenu par la société canadienne First Quantum Mineral à Musoni au Katanga. La société avait été accusée, entre autres, de ne pas payer à l’Etat les royalties prévues. Quant au projet Tenke Fungurume, qui prévoit d’exploiter cuivre et cobalt sur l’un de sites où la teneur en minerai est la plus élevée du monde, la société américaine Freeport Mc-Moran a obtenu un nouveau délai de discussion de deux mois. L’Etat congolais souhaitait faire passer de 18 à 45 % sa participation dans la société. Dans l’immédiat, la société devra s’acquitter de 16 millions de dollars au titre de règlement d’un litige portant sur des permis de travail et des visas et qui avait mené à l’emprisonnement de trois employés de la société. La société avait été accusée d’avoir détourné des millions de dollars en ne s’acquittant pas des taxes dues. Par ailleurs, au Katanga toujours, plusieurs organisations de défense des droits de l’homme continuent à s’inquiéter du sort de Golden Misabiko, qui avait dénoncé l’exploitation clandestine d’uranium sur la mine de Shinkolobwe et dénoncé l’accord passé par le gouvernement avec la société française Areva. La publication de son rapport avait été dénoncée comme une «atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat et, malgré un état de santé préoccupant, toutes les demandes de mise en liberté provisoire de l’activiste ont été déboutées.

17 août 2009

Bataille juridique autour de Jean-Pierre Bemba

Catégorie actualité

]La bataille juridique fait rage autour de Jean-Pierre Bemba, l’ancien vice président de la République démocratique du Congo et rival malheureux du président Kabila aux dernières élections, détenu par la Cour pénale internationale depuis mai 2008. A Kinshasa, la perspective de sa mise en liberté provisoire échauffe ses partisans et donne déjà des cauchemars à ses adversaires politiques. lire la suite

12 août 2009

Hillary superstar marque sa différence

Catégorie actualité

A chaque étape de sa tournée africaine, Hillary Clinton a réussi à faire entendre sa différence : ses interlocuteurs attendaient la ronde épouse du cher Bill, la porte parole du chaleureux Obama, fils de l’Afrique, ils se préparaient à accueillir une femme affable et charismatique. Ils ont eu droit au sourire certes, aux poignées de main, aux paroles encourageantes. Mais dans ses bagages la secrétaire d’Etat avait emmené plus de bâtons que de carottes et, au lieu de caresser ses interlocuteurs dans le sens du poil, elle a préféré, chaque fois qu’il le fallait, porter le couteau dans les plaies. lire la suite

9 août 2009

L’étonnant silence des Européens

Catégorie actualité, commentaire

Voici quinze ans que les populations de l’Afrique centrale sont victimes d’une tragédie sans précédent : au génocide qui a fait un million de morts au Rwanda ont succédé les guerres du Congo, le pillage des ressources, l’holocauste silencieux des populations du Kivu victimes des groupes armés, des prédateurs de toute obédience et aujourd’hui des représailles atrocement cruelles des rebelles hutus qui se sont enkystés dans les sites miniers et refusent d’en être délogés. Depuis quinze ans, tous les « faiseurs de paix » européens assurent que seule une réconciliation entre Kinshasa et Kigali, la conclusion d’accords de sécurité et la définition d’intérêts économiques communs peuvent, non seulement faire reculer le recours à la violence mais inscrire toute la région dans un cycle de paix et de prospérité. Les conseils adressés aux protagonistes étaient d’autant plus pressants que la communauté internationale, et en particulier l’Europe qui avait laissé se développer le problème posé par les réfugiés hutus, s’était avérée incapable d’y trouver une solution : à part l’éphémère déploiement de l’opération Artemis en Ituri puis de l’Eufor qui garantit le bon déroulement des élections au Congo, aucun pays européen n’accepta jamais de s’engager sérieusement, ni dans la pacification de l’Est ni dans une vraie reconstruction de l’armée congolaise qui fut obligée, au nom de la réconciliation, d’intégrer dans ses rangs des milliers de bandits armés auxquels on impute de nombreuses exactions…
Aujourd’hui que les présidents du Congo et du Rwanda, sous la pression des Etats Unis, ont eu le courage de braver leurs extrémistes respectifs et d’affronter les craintes de leurs opinions publiques pour s’engager sur la voie de la coopération régionale, aujourd’hui que progressent les opérations militaires contre les rebelles hutus, le silence des Européens est surprenant. Seul le secrétaire général de l’ONU s’est félicité de la rencontre Kabila-Kagame et des engagements pris pour l’avenir. Les Européens seraient ils à ce point indifférents, en vacances, voire sceptiques sinon dépités face à une paix qui a été conclue en dehors d’eux ?