29 octobre 2009

Affaire Prigogine: à Goma l’autre camp passe à l’offensive

Catégorie actualité

Goma est en ébullition depuis que la famille d’Albert Ngezayo Prigogine Ngezayo – le neveu du Prix Nobel belge Ilya Prigogine –, assassiné en mars dernier dans l’un des lieux les plus sécurisés de la ville, a, par l’intermédiaire de son avocat, produit le témoignage d’un officier mettant en cause un homme d’affaires et plusieurs hauts gradés de la place.
Le gouverneur du Nord-Kivu, Justin Paluku, indirectement mis en cause, a, à son tour et dans un communiqué officiel, accusé la famille Ngezayo d’avoir offert une forte somme au témoin afin qu’il accepte de se présenter comme l’”assassin commandité” et de citer faussement des personnalités de la place. Quant au Procureur général du Nord-Kivu, il a demandé aux plaignants de verser à l’office du parquet les éléments de preuve au lieu de les rendre publics par voie de presse. lire la suite

29 octobre 2009

Kyma II doit être évaluée, se poursuivre et s’améliorer

Catégorie actualité, commentaire

Les opérations militaires menées par l’armée congolaise au Nord et au Sud Kivu, avec l’appui de la MONUC, afin de déloger les combattants hutus installés dans la région depuis quinze ans, suscitent la vive opposition des organisations humanitaires et de défense des droits de l’homme. Avec un sens aigu de l’opportunité politique et une grande science du lobbying, ces organisations ont publié de très nombreux rapports à la veille de l’examen de la situation au Congo par le Conseil de Sécurité puis par l’Union européenne. Certaines prises de position souhaitaient que la Monuc cesse d’apporter soutien logistique et militaire à cette opération, d’autres mettaient seulement l’accent sur la nécessité de mieux protéger les civils. Parmi les positions les plus radicales figurent celles de quelques ONG belges qui font circuler en Flandre une pétition demandant l’annulation pure et simple de Kymia II. lire la suite

29 octobre 2009

Kivu: un témoignage de première main et de première ligne

Catégorie actualité

Shabunda, au Sud Kivu, une ville où j’exerce mes fonctions sacerdotales, a été le bastion des Mai Mai, ces combattants congolais dirigés par le général Padiri et l’un des bastions des FDLR (Forces démocratiques pour la libération, du Rwanda), des combattants hutus arrivés au Congo au lendemain du génocide de 1994. Shabunda est le seul chef lieu de territoire du Sud-Kivu qui n’est plus relié par route à la capitale de la province, Bukavu. Depuis plus de 10 ans, tout s’y transporte par avion ou à dos d’homme.
Actuellement, Kimya II, une opération militaire menée conjointement par les forces armées congolaises, (FARDC) appuyées par la Monuc se déroule au Nord et au Sud Kivu, dans le but de déloger ces combattants hutus qui ont été à l’origine de deux guerres avec le Rwanda. Je suis très surpris de la manière dont plusieurs personnes, physiques et morales, notamment des dizaines d’organisations non gouvernementales, ont réagi brutalement et ont condamné cette opération, allant jusqu’à demander sa suspension. Pour ma part, voici ce que j’en pense :
Cette opération était devenue indispensable, parce que le retour volontaire des FDLR au Rwanda est, me semble-t-il, une bonne intention mais impossible à réaliser. A la fois à cause du refus du gouvernement rwandais d’engager des négociations politiques, à cause des intérêts économiques que les FDLR tirent de leur présence en RDC (ils contrôlent les carrés miniers d’où est extrait le coltan) et de l’absence d’une politique claire et concertée de la communauté internationale. lire la suite

27 octobre 2009

Sauver les derniers hommes libres en sauvant leurs troupeaux

Catégorie actualité

Voici 25 ans, une gigantesque opération humanitaire, initiée par des artistes et des musiciens, soutenue par un public immense, avait permis de faire face à la famine qui décimait l’Ethiopie. Face aux effets alors conjugués de la sécheresse et de la guerre, l’opinion unanime s’était juré « plus jamais cela ». Hélas, un quart de siècle plus tard, les pluies ont à nouveau disparu, et dans sept pays africains, les effets de la sécheresse se conjuguent à ceux du réchauffement climatique pour menacer de famine et de mort 23 millions de personnes, le tiers de la population britannique !
Les pays les plus gravement touchés sont le Kenya, l’Ethiopie, la Somalie et l’Ouganda. Le Soudan, Djibouti et la Tanzanie sont également frappés.
Le photographe belge Roger Job vient de rentrer de son cinquième voyage au Turkana, dans le Nord du Kenya. Dans cette région, voisine de la Somalie et de l’Ouganda, il assiste, témoin impuissant et désolé, à la fin d’un mode de vie, celui des peuples nomades. Depuis un an, tous les deux mois, Roger Job passe deux semaines dans ces montagnes éloignées de tout ; il accompagne les groupes de nomades qui cherchent l’eau, les pâturages ; il partage leur connaissance consommée du milieu, leur art de s’adapter aux ressources, de tirer profit d’un milieu qui n’est hostile qu’en apparence. Mais cette fois, lui aussi désespère : « tout est en train de se terminer… J’ai parfois le sentiment de prendre les dernières images d’une culture qui a duré 6000 ans, qui représente une étape essentielle de l’évolution de l’humanité. Même les mariages, qui rassemblaient plusieurs chefs de troupeaux et des milliers de bêtes, n’ont plus lieu. Désormais, tous vivent au jour le jour… »
De plus en plus, l’espace dévolu aux éleveurs se rétrécit, les guerres chassent les nomades de Somalie, les cultivateurs défendent leur espace et depuis trois ans, la sécheresse fait le reste : les puits sont à sec, les pâturages sont surpeuplés et les éleveurs, les uns après les autres, sont obligés, la mort dans l’âme, d’abattre leurs troupeaux.
Dans le Wajir, au Nord du Kenya, on a récemment découvert 200 bêtes, mortes autour d’un puits desséché et dans la région, des gens survivent avec moins de deux litres d’eau par jour. Moins que la chasse d’une toilette européenne…
Désespérés devant leur bétail qui meurt de faim, les éleveurs abattent les bêtes et les mangent. Roger Job a photographié ces «grandes boucheries à ciel ouvert » où la disparition des animaux entraîne à terme, celle de la culture des peuples nomades : ceux qui ne seront pas emportés par la faim et la maladie devront changer de mode de vie. Essayer peut-être d’émigrer, vers une Europe qui leur fermera ses portes…Et, plus sûrement encore, se rassembler dans les camps de réfugiés.
Pour le photographe, «il faut agir en amont, empêcher les troupeaux de mourir et donc leur fournir du fourrage, en attendant que les pluies reviennent. Car si les bêtes disparaissent ou doivent être abattues, les nomades ne sont plus que des morts vivants, des désespérés qui ont troqué leur liberté séculaire pour la dépendance, la perte de leur honneur, de leur autonomie… » Et de citer l’initiative, peu connue, d’une ONG belge, «Pharmaciens sans frontières ». Celle ci, aux confins du Kenya et de l’Ouganda, tente de sauver les troupeaux, ou propose aux nomades qui ont été contraints d’abattre leurs bêtes de leur payer la viande, afin que, dès que possible, les éleveurs aient les moyens de racheter de nouvelles têtes de bétail et de repartir au plus vite, libres à nouveau…
Aujourd’hui comme hier, les agences humanitaires sont sur le qui vive : Oxfam, Action Aid et les autres sonnent le tocsin, lancent des appels à l’aide. Roger Job le constate : « une fois de plus, les nomades sinistrés seront dirigés vers des camps de réfugiés, vers les centres de nutrition, et l’aide d’urgence se mettra en place. » Cette dépendance, certains la refusent déjà. Job témoigne : «certains chefs de campement, après avoir du abattre tout leur cheptel, leur capital mais aussi leur orgueil, ont préféré se donner la mort… »
Dans les camps d’ailleurs, l’aide est loin d’être garantie. En effet, le Programme alimentaire mondial, qui jadis redistribuait les surplus des fermiers européens et américains appelle au secours, car dans la seule Corne de l’Afrique, il lui manque 977 millions de dollars pour répondre aux besoins d’urgence durant les six mois à venir.. En Ouganda, le gouvernement qui a fait appel aux donateurs n’a reçu que la moitié des sommes escomptées. En Somalie, on estime que plus de la moitié de la population (3,8 millions de personnes) est touchée, non seulement à cause de la sécheresse mais aussi parce que la guerre empêche les cultivateurs de produire des denrées alimentaires.
Ces carences de l’aide ne sont pas dues uniquement à la fatigue des donateurs, à leur éventuelle indifférence. D’autres facteurs interviennent : désormais les surplus américains et européens sont utilisés dans les biocarburants, la production agricole mondiale est globalement en baisse et surtout, les donateurs ont de plus en plus le sentiment qu’envoyer de la nourriture peut soulager, dans l’urgence, mais ne règle rien à long terme.
Voici 25 ans en effet, lors de la première prise de conscience mondiale, de bonnes résolutions avaient été prises afin de briser le cycle chronique des crises : organiser les communautés, créer des systèmes d’alerte précoce, stocker des excédents durant les bonnes années (c’est la parabole des vaches grasses et des vaches maigres…). En Afrique australe par exemple, le Zimbabwe avait été chargé, vers la fin des années 80, d’assurer la sécurité alimentaire de la région et de créer des stocks stratégiques, des réserves de maïs à n’utiliser qu’en cas de disette. Mais à l’époque, les institutions financières internationales avaient convaincu les dirigeants de renoncer à ces mesures préventives et de faire confiance à la loi du marché. Après avoir été vendus au prix coûtant, les stocks du Zimbabwe ne sont plus jamais été reconstitués.
Cette fois encore, Oxfam insiste sur la prévention : recréer des systèmes d’alerte précoce, créer des stocks de nourriture, de médicaments, développer des programmes d’irrigation . Ainsi par exemple, en Somalie, Oxfam construit des « birkhads » des puits protégés qui permettent aux communautés de récolter l’eau pendant la saison des pluies afin de la stocker jusqu’à la saison sèche. Mais ce type de programme, peu spectaculaire, ne reçoit jamais que 0,14% de l’aide internationale.
Roger Job, lui, répète qu’il faut travailler en amont, que « sauver les troupeaux, c’est sauver les pasteurs et que le pastoralisme représente le plus bel exemple d’adaptation de l’homme aux conditions du milieu » Pour lui, les nomades, amoureux des grands espaces et qui ne réussissent à s’en sortir qu’en prenant le large, ne témoignent pas seulement du passé de l’humanité, d’une époque révolue, « ils sont les derniers premiers hommes que nous fûmes et ils sont peut-être déjà ce que nous serons si un jour tout se casse la gueule… »

27 octobre 2009

Un faux document,mais de Dieuleveult a bien été assassiné

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[Nouveau rebondissement dans l’affaire de la disparition de Philippe de Dieuleveult:voici un an, un témoignage recueilli à Kinshasa par la revue XXI exhumait un procès verbal d’audition établi par les services de sécurité zaïrois. Selon ce document, l’animateur avait été transporté à Kinshasa, ce qui excluait l’hypothèse d’une noyade.
Un rapport établi par des policiers de la Brigade criminelle qui ont expertisé le PV estime que le document est un faux et que la signature de Dieuleveult a été scannée.. Même si la journaliste reconnaît qu’elle a payé 150 dollars pour obtenir ce document et qu’elle n’a pas eu les moyens de l’expertiser, le rapport de la police française ne remet pas en cause d’autres éléments de l’enquête selon lesquels Philippe de Dieuleveult aurait été assassiné par les services de Mobutu.
Rappelons que, selon nos informations, recueillies à l’époque auprès d’Okito Bene Bene, qui était chef de poste à Boma, les services de sécurité congolais auraient été convaincus que les membres de l’expédition Africa Raft étaient en réalité un commando cubain, désireux d’attaquer les installations d’Inga, en guise de représailles à des attaques menées contre l’Angola communiste. Cette information, plausible en ces temps de guerre froide, condamnait à mort l’équipe française, et elle avait été communiquée au président Mobutu par... les services français. Il apparaissait en effet que pour Philippe de Dieuleveult, la descente des rapides était une «couverture>»masquant d’autres mobiles. L’animateur, qui était bien un réserviste de la DGSE, les services de sécurité français, aurait voulu mener des investigations pour son propre compte et se rendre dans l’enclave de Cabinda, où un mouvement séparatiste, le FLEC (Front pour la libération de l’enclave de Cabinda) était à l’époque soutenu par Paris et par Kinshasa. Trop curieux et peut-être devenu trop indépendant, de Dieuleveult serait tombé dans un piège et par la suite, militaires français et Congolais s’employèrent à maquiller les traces de sa disparition...

27 octobre 2009

Une opposante rwandaise tabassée à Bruxelles

Catégorie actualité

Les prochaines élections présidentielles auront lieu au Rwanda en août 2010 et d’ores et déjà, les opposants au régime accusent les services de sécurité de redoubler de vigilance, de mettre à l’écart ou d’intimider toutes les forces politiques qui pourraient tenter de rivaliser avec le Front patriotique rwandais.
Estimant qu’au Rwanda, où existe cependant un « Forum des partis politiques » toutes les conditions de l’exercice démocratique ne sont pas réunies, un parti d’opposition a été créé en Belgique, les Forces démocratiques unifiées (FDU-Ikingi). Cette formation a l’intention de se faire enregistrer au Rwanda même et de présenter sa candidate, Mme Victoire Umuhoza Ingabire au suffrage des électeurs. lire la suite

21 octobre 2009

Polémique autour de KymiaII et de ses conséquences

Catégorie actualité, commentaire

« Devant moi, une jeune fille a été violée par trente soldats ; une femme enceinte a été violée aussi, et son mari tué sous ses yeux…La réalité, c’est que les FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda) contre attaquent et mettent l’armée en échec… »A ce témoignage qui nous vient du Nord Kivu s’ajoute un autre cri de détresse venu de Bukavu «nous sommes en danger, les hommes de Nkunda, intégrés dans l’armée, se vengent sur des civils, sous couvert de lutter contre les rebelles hutus… »
A ces communications personnelles, très alarmantes, se superposent les déclarations officielles : Alan Doss, le représentant de l’ONU au Congo, assure que « la suspension des opérations militaires donnerait aux FDLR le temps de se regrouper et de se réarmer » Il a ajouté qu’une suspension « enverrait un message ambigu à certains éléments des Forces armées congolaises qui ont dans le passé coopéré avec les FDLR, serait célébrée comme une victoire par ces derniers, saperait la détermination de l’armée congolaise et paradoxalement affaiblirait encore sa discipline ». De son côté, le porte parole du gouvernement congolais, Lambert Mende,a fait état « de cérémonies de fraternisation entre les populations du Nord et du Sud Kivu et leur armée ».
Au vu de ces informations contradictoires, qui croire ? Au Congo et plus encore sur la scène internationale, la polémique fait rage à propos de deux opérations menées par l’armée congolaise depuis le printemps dernier : Rudia, dans la Province orientale, contre les groupes de rebelles ougandais de l’Armée de libération du Seigneur et surtout Kymia II, menée au Nord et au Sud Kivu, dans le but de déloger les Hutus rwandais des FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda).
Rappelons que ces derniers, des militaires, dont le nombre était évalué à 10.000 hommes, entourés de civils, se sont installés dans la région à la suite du génocide rwandais en 1994. Ils ont pris le contrôle de zones minières ou agricoles et leur présence a été utilisée pour justifier les guerres de 1996-1997 et 1998-2002 ainsi que le soutien longtemps apporté par Kigali à des groupes de rebelles tutsis congolais, le dernier en date étant le CNDD (Conseil national pour la défense de la démocratie) de Laurent Nkunda qui, voici une année encore, était sur le point de prendre la ville de Goma. En janvier dernier, opérant un virage à 180 degrés, Kigali et Kinshasa scellaient leur réconciliation, donnant chacun des gages à leur voisin : le Rwanda procédait à l’arrestation de Laurent Nkunda, toujours privé de liberté mais pas encore extradé en dépit des demandes congolaises tandis que les FARDC (Forces armées congolaises), d’abord avec le concours de l’armée rwandaise, puis avec le soutien de la MONUC s’attaquaient aux bastions hutus afin d’accélérer le désarmement et le rapatriement de ces réfugiés présents dans le pays depuis quinze ans.
Confirmé par la MONUC, le bilan de ces opérations militaires est significatif : 250 à 300 combattants FDLR ont été tués, 1071 autres ont été ramenés au Rwanda, 11.000 réfugiés civils ont été rapatriés, de grands génocidaires présumés ont été capturés et envoyés au Tribunal pénal international d’Arusha. En outre, les combattants hutus ont été délogés de leurs principaux bastions miniers et donc de leurs sources de revenus. Au Nord Kivu, où l’an dernier plus d’un million de déplacés s’agglutinaient autour de Goma, la plupart des civils ont regagné leur milieu d’origine et déserté les vastes camps qui étaient gérés par les organisations humanitaires.
A terme, les forces congolaises, assistées par les Casques bleus, espèrent restaurer l’autorité de l’Etat dans toute la région, neutraliser les diverses milices et surtout démanteler les FDLR qui se sont imposés par la terreur et le crime, mais qui ont aussi, dans le passé, noué des relations commerciales avec certains acteurs congolais et prêté main forte à l’armée de Kabila face aux rebelles tutsis…
Le bilan de cette opération militaire conjointe est actuellement tiré à New York, où le Conseil de Sécurité examine le renouvellement du mandat de la MONUC et sa participation aux opérations de pacification de l’est du pays.
Désireuses d’influencer les délibérations onusiennes, de nombreuses ONG (Human Rights Watch, Amnesty International, Oxfam, rejointes par 84 ONG congolaises) multiplient rapports alarmants et témoignages, se basant quelquefois sur des informations datant de plusieurs mois mais relatant aussi des atrocités plus récentes et réclamant une suspension des opérations militaires et, en tous cas, une meilleure protection des civils. Philippe Alston, le rapporteur des Nations unies sur les exécutions extrajudiciaires concluait, après onze jours d’enquête, que « du point de vue des droits de l’homme l’opération conjointe a été une catastrophe » tandis qu’à Genève, le Bureau de coordination des affaires humanitaires (OCHA), dénonçant 5.387 cas de viols répertoriés en six mois dans le seul Sud Kivu, lançait un cri d’alarme face « à la folie des viols commis par les belligérants et leur utilisation comme arme de guerre ».
Que conclure face à ces contradictions entre l’alarmisme des humanitaires et les conclusions des deux « facilitateurs » africains, les anciens présidents Mkapa et Obasanjo qui, rejoignant Alan Doss et le point de vue du gouvernement congolais, ont relevé « une amélioration sensible de la situation sécuritaire et humanitaire dans l’Est du pays » ?
La seule réponse c’est que l’armée congolaise, confrontée à une opération militaire difficile, n’est pas encore un instrument performant : depuis les accords de Sun City en 2002 elle s’est construite sur le principe de l’incorporation dans ses rangs des différents groupes rebelles. L’impunité des chefs militaires a toujours été garantie et ce n’est que tout récemment qu’a été lancé le principe de la « tolérance zero », encore bien mal respecté. Seule la Belgique s’est réellement investie dans la mise sur pied d’une force de réaction rapide (445 militaires du 321e bataillon viennent de recevoir leur brevet à Kindu, après avoir été formés par 80 instructeurs belges) et Eusec, l’unité européenne chargée du paiement des soldes, n’a toujours pas réussi à empêcher les détournements des salaires dus aux soldats.
En outre, d’anciens officiers de Laurent Nkunda, membres du CNDP, incorporés sans transition dans les forces gouvernementales, ont été placés aux avant postes de l’opération Kymia et ces hommes, qui ont commis de nombreux crimes alors qu’ils étaient dans la rébellion, n’hésitent pas à s’en prendre aux civils en même temps qu’aux hommes en armes et ils multiplient les exactions.
A ces faiblesses de l’armée congolaise s’ajoute la politique de terreur menée par les groupes rebelles, FDLR et LRA, qui se vengent sur les civils congolais de la traque dont ils font l’objet, afin de dissuader leurs adversaires de poursuivre les opérations. A court terme, l’indignation des humanitaires se justifie amplement, mais à plus long terme, la sécurité de toute la région ne sera garantie qu’au moment où tous les groupes criminels seront mis hors d’état de nuire…La solution militaire actuellement adoptée n’est certainement pas bonne, mais depuis quinze ans, aucune autre option n’a réussi à vider l’abcès.
Comparaison n’est certes pas raison, mais on peut se demander ce qui se serait passé si, en 1944, Human Rights Watch, Amnesty, Oxfam et les autres s’étaient trouvés en Normandie, portant assistance aux populations civiles de la France occupée. Confrontées aux dégâts occasionnés par le débarquement, aux destructions causées par les bombardements alliés, aux innombrables pertes en vies humaines, il est probable que ces organisations, conformément à leur mandat humanitaire, auraient plaidé en faveur de l’arrêt des opérations tandis que politiques et militaires, désireux de remporter la guerre et de construire ensuite une paix durable, auraient fait la sourde oreille…

19 octobre 2009

Guinee: une maladie régionale

Catégorie actualité

Sur le plan international, l’isolement de Moussa Dadis Camara, président autoproclamé de Guinée depuis la mort du président Lansana Conte en décembre 2008, s’accentue depuis le massacre du 28 septembre : la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest a suspendu la Guinée, la France a durci le ton, de même que toutes les instances internationales.
Cependant, les camouflets diplomatiques essuyés par la junte ne rassurent pas l’opposition, qui considère le président du CNDD (Conseil national pour la démocratie et le développement) comme un homme obstiné, bien décidé à obtenir de force la légalisation de son pouvoir sans hésiter, le cas échéant, à recourir à des mercenaires. lire la suite

14 octobre 2009

Benoit Verhaegen: la fin d’une passion congolaise

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Retiré dans la Drôme, c’est avec une passion intacte pour le Congo que Benoît Verhaegen se préparait à suivre le rappel des évènements qui marquèrent l’indépendance du pays en 1960 et dont il fut un témoin de premier plan. Il n’en aura pas eu le temps. C’est en 1958 que Verhaegen, docteur en droit de l’Université de Gand et docteur en économie de l’Université de Louvain part pour Léopoldville où il devient professeur de sciences politiques et surtout correspondant du CRISP (Centre de recherches et d’études sociopolitiques).En 1960 il crée dans la capitale le Centre d’études politiques (CEP) et suit, quasiment d’heure en heure, les évènements tragiques qui marquent l’indépendance, car il connaît pratiquement tous les acteurs congolais dont le Premier Ministre Patrice Lumumba. Il sera d’ailleurs appelé à témoigner devant la Commission d’enquête du Parlement belge sur l’assassinat de Lumumba. Publiée dès 1959, la série de chroniques congolaises du CRISP représente une exceptionnelle somme d’informations et d’analyses, dont, à Bruxelles, le CEDAF (centre d’études et de documentation africaine) prend le relais.
Ayant pratiquement voué sa vie à l’histoire du Congo, Verhaegen enseignera dans les universités de Lubumbashi et à Kinshasa, tout en poursuivant ses recherches au Musée de l’ Afrique centrale. On lui doit des ouvrages inégalés, véritables sommes consacrées à Patrice Lumumba, Pierre Mulele ainsi que les diverses rebellions. Géant débonnaire et passionné, Benoît Verhaegen ne limitait pas sa connaissance du Congo à la classe politique : ses ouvrages et ses recherches sont devenus des modèles réunissant l’histoire immédiate et les observations de terrain…

14 octobre 2009

Le général Munene agressé par des bérêts verts

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Les méfaits attribués à des militaires se multiplient : après les révélations concernant l’assassinat d’ Albert Prigogine, victime d’un complot ourdi par de hautes personnalités de Goma et exécuté par des hommes en uniforme, un autre cas défraie la chronique : le général Faustin Munene été l’objet d‘une attaque en règle, menée contre son domicile par des hommes en uniforme, dotés d’une cordelette comme en possèdent les commandos et coiffés d’un béret vert.
« Alors que je me reposais dans l’une de mes résidences, à Bandalungwa, ces hommes ont soudain encerclé la maison » nous explique l‘officier. « Ils ont expliqué au gardien qu’ils avaient rendez vous avec moi et comme on ne les laissait pas entrer, ils ont attaqué la maison. Je me suis barricadé, transformant la maison en véritable camp retranché, ce qui a fortement inquiété les voisins. L’attaque a duré de 21 heures jusque 3 heures du matin, semant l’émoi dans tout le quartier.»
Le général Munene affirme qu’il ignore quels seraient les motifs de cette attaque. Mais on ne peut que relever que cette agression, par un commando de militaires qui ne prenaient même pas la peine de dissimuler leur état civil, survient au moment où les relations entre l’Angola et le Congo traversent une phase difficile, marquée par des expulsions et des violences dans les régions frontalières. Ces tensions avec le voisin angolais sont d’autant plus inquiétantes que le président dos Santos a toujours été le plus ferme allié de Kinshasa et qu’à plusieurs reprises c’est l’intervention de l’armée angolaise qui a sauvé le régime. Or le général Munene qui fut longtemps réfugié en Angola a toujours été la cheville ouvrière de ces relations entre les deux pays….