8 octobre 2009

L’Ouganda et les promesses de l’or noir

Catégorie actualité, interview

Kampala,
Aidan J Heavey, le patron de l’entreprise écossaise Tullow Oil ne cache pas sa satisfaction : après quatre années de prospection le long des rives du lac Albert, il peut conclure que les réserves pétrolières de l’Ouganda pourraient faire de ce pays l’un des principaux producteurs d’Afrique. En effet, les réserves déjà inventoriées s’élèvent à un potentiel de 400 millions de barils et ce sont plus de 800 millions de barils qui pourraient finalement être mis en exploitation, avec une réserve totale de 2 milliards de barils de brut !
Cette découverte pourrait bouleverser le destin de l’Ouganda, qui recevrait chaque année des royalties pour un montant de 500 millions de dollars, pour une durée de vingt ans. Un montant qui pourrait d’ailleurs augmenter, si d’autres réserves étaient découvertes le long des 1200 kilomètres de côte. « Il en va ainsi dans l’industrie pétrolière » assure Aidan Heavey « une prospection en entraîne une autre et d’autres champs existent, que nous n’avons pas encore effleurés. »
Voici quatre ans, la société écossaise a entamé ses recherches, extrêmement coûteuses, sur les deux rives du lac, en Ouganda et en République démocratique du Congo, puis s’est recentrée sur le pays du président Museveni. « Avec Kinshasa » relève le directeur de l’entreprise « il y avait eu un accord mais il n’a toujours pas abouti. » Avec philosophie et sans entrer dans les détails il ajoute : « dans l’industrie pétrolière cela se produit souvent : une société prend des risques, se lance dans la prospection, puis d’autres partenaires potentiels interviennent et tentent de profiter du travail déjà réalisé… Nous espérons cependant que le président Kabila finira par ratifier l’accord qui avait été conclu. » (Au Congo, d’autre sociétés sont sur les rangs, Heritage Oil et Divine production tandis que les Brésiliens explorent la cuvette centrale).
Tullow, qui se présente comme une entreprise pétrolière de la « deuxième génération » met en avant son souci de l’environnement : « il serait bon que nous puissions explorer et exploiter sur les deux rives du lac, afin que les mêmes normes environnementales puissent être appliquées et que les communautés congolaises et ougandaises puissent tirer des bénéfices égaux. En outre, dans cette région magnifique, l’une des plus belles d’Afrique, nous ne pouvons absolument pas prendre le risque d’une « marée noire » et devons nous montrer extrêmement attentifs. Ce qui sera d’ailleurs plus facile du côté ougandais, où nous pouvons travailler depuis le rivage, alors qu’au Congo, il nous faudrait installer des plateformes sur le lac… »
L’exploration n’est d’ailleurs pas une sinécure car dans cette région du Rift africain, la grande faille qui divise le continent, tremblements de terre et explosions volcaniques ne sont pas rares et la société a déjà du faire face à un éboulement qui a détruit ses installations.
Malgré les difficultés, les Ecossais demeurent optimistes et consentent même à communiquer les termes de l’accord conclu avec l’Ouganda, extrêmement favorables pour leur partenaire: « pour dix barils prélevés, nous en attribuerons huit au gouvernement ougandais et nous en garderons deux. Ce qui, pour l’Ouganda, pourrait représenter des royalties de l’ordre de 500 millions de dollars par an pendant vingt ans… »L’accord conclu avec Kampala n’a d’équivalent qu’avec l’Angola, dans les autres pays d’Afrique où opère Tullow (Ghana, Sénégal, Mauritanie, Côte d’Ivoire, Namibie…) les royalties consenties sont moindres, ne dépassant jamais les 60%…
Restera à évacuer le pétrole ainsi extrait du lac Albert et aboutissant dans ce pays enclavé qu’est l’Ouganda.
Sur ce sujet Aidan Heavey préfère demeurer évasif « la construction d’une raffinerie n’est pas un sujet à l’ordre du jour, nous sommes trop absorbés par la phase de prospection… Ce qui est sûr c’est que notre activité génèrera des milliers d’emplois, qu’il s’agisse des activités de service, ou de maintenance des installations…
La société devra encore analyser les meilleures voies par où faire passer les pipe lines transportant l’or noir : le Kenya, qui est entré dans une période d’instabilité, la Tanzanie et son port de Dar es Salaam ce qui représente un très long trajet. Un autre pipe line, aboutissant à Port Soudan, exporte vers la Chine le pétrole extrait du Soudan, mais il est peu probable que la société écossaise souhaite emprunter cette voie là…
Placide, serein, Aidan Healey n’est agacé que lorsque l’on évoque la « malédiction du pétrole » le fait que cet or noir soudain déversé sur l’Ouganda pourrait aggraver les problèmes de corruption : « pour nous, le pétrole, c’est une matière première, sans plus. Tout dépend de l’usage que les autorités font de cette ressource qui peut accélérer le développement…Pourquoi ne parle- t-on pas de la « malédiction de la banane » ou du manioc… Là aussi il s’agît de matières premières… »