28 décembre 2009

Ruée vers les terres “libres” d’Afrique

Catégorie actualité, commentaire

La conférence de Copenhague a rappelé que nous vivions dans un monde fini, que les ressources de la planète étaient limitées. La crise alimentaire mondiale, les nouveaux besoins des pays émergents qui consomment plus de viande que dans le passé, l’engouement pour les biocarburants, ont soudain aiguisé l’appétit pour les terres cultivables encore disponibles.
Alors que la population mondiale a triplé depuis 1945, la production de céréales ne cesse de chuter : en 1999, les réserves mondiales de grains pouvaient assurer 116 jours de nourriture, mais en 2006, ce chiffre était descendu à 56 jours…Pour les nombreux pays importateurs de produits alimentaires, l’accès à des terres cultivables permettant d’assurer l’approvisionnement de leur population apparaît donc comme un enjeu vital. lire la suite

24 décembre 2009

Africites: l’Europe, ou la Belle au Bois dormant

Catégorie Non classé

Aux terrasses devant le Palais des Congrès, quelques retraités profitent du soleil d’hiver ; dans les ruelles on entend quelques bribes de français et d’anglais. Mais à Africités, mis à part quelques stands à Citexpo, l’une ou l’autre personnalité comme Charles Josselin, l’Europe est absente. Qu’on ne s’y trompe pas : le Vieux Continent n’est pas boudé, il ne boude pas. Tout simplement il n’est pas là. Dans les couloirs, pas d’ONG qui font de l’advocacy, du plaidoyer pour les causes qui sont leur raison d’être ; pas de militants qui se font voir ou avoir, pas ou peu de tracts. Et pas non plus de ces Africains partenaires ou otages, amenés ici par leur sponsors, à coups de per diem et de promesses…Rien d’autre à Africités que des volontaires. Ils ont payé leur voyage et leur participation, ils arrivent à l’heure, ne sèchent aucun des débats, ne prennent même pas le temps de visiter la ville.
Inlassablement, jusque tard dans la soirée, ils débattent, expliquent, témoignent de leurs défis, de leurs combats. Sans doute les militants européens ont-ils préféré battre le pavé glacial de Copenhague pour tenter de faire pression, jusqu’à la dernière minute, sur les chefs d’ Etat qui jouaient avec les degrés Celcius comme d’autres avec la roulette russe ou le cours du Dow Jones… On peut les comprendre d’avoir préféré jouer dans la cour des grands, ou plutôt sur le pas de leur porte. Mais ils ont manqué quelque chose, car les résolutions de Copenhague, ce sont ces gens ci qui les mettront en œuvre. Si demain il y a inondation ou sécheresse, ce sont les maires, les élus locaux qui retrousseront leurs manches.
Non seulement sa société civile était invisible, mais l’ Europe était pratiquement absente des débats. Tout au plus était-elle mentionnée au passage comme un post scriptum, une cote distraitement griffonnée « peut mieux faire »…Seul Rawlings, toujours lui, se fit applaudir lorsqu’il rappela la difficulté d’obtenir un visa, la chasse des « cerveaux » sur le continent, entre autres du personnel médical, lorsqu’il invita les Africains à cesser d’être des solliciteurs, à retrouver leur propre dignité…
Chaleureuse et magique comme un conte les mille et une nuits, la soirée « chez Ali » fut la preuve que ce qui se nouait à Marrakech, c’étaient les retrouvailles entre le Maroc et l’Afrique noire, la découverte des succès de l’un, des potentialités des autres, la confirmation d’une complémentarité séculaire. Sans oublier l’évocation des puissances émergentes, la Chine, l’Inde, le Brésil, qui se pressent désormais sur les horizons africains…
L’Europe, dans ce rendez vous hors du commun, était comme la Belle au Bois dormant. Avec tact, tous s’accordèrent pour la laisser dormir et regarder ailleurs…

24 décembre 2009

Africites: les pouvoirs locaux s’affirment face àl’Europe

Catégorie actualité

Ils n’étaient pas présents à Copenhague, mais dès qu’il y aura sécheresse ou inondation, ils devront retrousser leurs manches…C’est à eux aussi qu’incombera la mise en œuvre des résolutions adoptées au niveau des Etats désireux de lutter contre le réchauffement climatique…. Au sein des 3600 participants à Africités, maires, conseillers, présidents d’assemblées locales issus de toute l’Afrique et qui n’avaient été ni invités ni consultés à l’occasion du sommet sur le climat, la frustration était évidente. Désormais, ils ne veulent plus que les Etats aient le monopole de la représentation extérieure ; ils souhaitent pouvoir eux aussi conclure des accords de partenariat, obtenir des financements, se faire entendre… lire la suite

24 décembre 2009

Africites: des idées qui retournent à l’expéditeur

Catégorie Non classé

Comment modifier, améliorer l’image de l’Afrique dans les médias ? Mieux évoquer l’ « excellence » africaine…Très suivi, le débat organisé par Echo Communications a pulvérisé les idées reçues. Mais pas celles que l’on voulait viser…
Première cible : les intervenants africains ont mis à mal le concept même de « l’Afrique », assurant que, Sénégalais, Camerounais, Guinées ou autres, ils ne se reconnaissaient pas dans ce label fourre tout, qu’ils étaient d’abord sensibles à leurs particularités nationales, à leurs problèmes particuliers. On avait envie de leur rappeler les bons auteurs, Sartre sur la question juive, Césaire, Franz Fanon : c’est au moment où vous serez refoulé, discriminé, humilié, non en fonction de ce que vous êtes, mais de l’identité qu’on vous prête, que vous vous sentirez africain…
Deuxième cible : les medias. Alors que l’on s’attendait à ce que soit mise en cause la presse occidentale, jamais avare de clichés et d’idées reçues, il est apparu que… bon nombre de journalistes africains se moquaient désormais de ces images tronquées ou superficielles ! Car au cours de la dernière décennie, la communication sur l’Afrique a changé de mains et de voix : ce sont désormais des journalistes locaux qui l’assurent, via des radios, des journaux en ligne, des sites Internet, des programmes télé. Ils mobilisent des audiences au pays, ils séduisent la diaspora, ils font et défont l’opinion et, recentrés sur leur public, ils sont insensibles aux commentaires du reste du monde. Bien sûr les scrogneugneu ne manquent pas de se plaindre, Internet c’est tout et n’importe quoi, les auditeurs se répandent à micro ouverts, la calomnie et les ragots fleurissent à longueur de colonne…Certes, mais soumis à ces bombardements médiatiques autochtones, les publics du continent feront comme ailleurs dans le monde, ils développeront des anti corps, se « dépollueront » les yeux et les oreilles, exerceront leur esprit critique…
Quant aux publics du Nord, il en sera de l’Afrique comme de la Chine, ils mettront quelque temps avant de s’apercevoir que ce continent s’est réveillé et qu’il est désormais ailleurs, loin de ce qu’on pourrait penser de lui…
Ce forum sur la presse a été à l’image de la rencontre Africités : ici, les idées reçues ne font pas long feu, elles sont réexpédiées vite fait à l’envoyeur…

24 décembre 2009

Alioune Badiane (ONU Habitat): la pauvreté urbaine mord la peau

Catégorie actualité, interview

Dans le cadre de Africités, nous avons rencontré Alioune Badiane, représentant de ONU Hbaitat, ainsi que Jean Bakole qui représente l’organisation à Bruxelles auprès de l’Union européenne.

Votre organisation est basée à Nairobi, où un million de personnes vivent dans les bidonvilles. Que faites vous pour améliorer la situation ?

Notre rôle ce n’est pas de construire des maisons. Nous avons une mission normative : quand des Etats ont besoin de guide politique pour résorber les bidonvilles, éviter les évictions forcées, Habitat les aide à trouver des solutions. A Kibera, le plus grand bidonville de Nairobi où vivent un million de personnes, 2500 logements ont été construits avec l’Etat kényan. C’est le début d’un programme de dix ans. A Nairobi, la fracture urbaine, une sorte de ségrégation, demeure très vivace : il existe plus de 220 sites de bidonvilles où vivent plus de deux millions d’habitants. Pour résoudre ce problème, il faudra un Etat fort, comme on le fait ici au Maroc: en 2005 nous avons lancé ici la campagne dénonçant les bidonvilles et immédiatement, le gouvernement a pris une décision nationale, faire en sorte que d’ici dix ans il n’y ait plus de bidonvilles dans le pays. D’autres Etats africains, comme le Mali, le Sénégal, suivent cet exemple très volontariste, créer des villes sans bidonvilles. Nous allons aider l’ensemble des pays ACP (Afrique Caraïbes Pacifique) à résorber leurs bidonvilles avec l’aide de l’Union européenne et l’appui d’Habitat. lire la suite

17 décembre 2009

Africites:la voix d un syndicaliste senegalais

Catégorie actualité, interview

Elimane Diouf, premier secrétaire général adjoint de la Confédération des syndicats autonomes du Sénégal

Avez-vous le sentiment que les acteurs locaux africains, très présents à Marrakech, ont été écoutés dans l’enceinte de Copenhague ?

Pas suffisamment, c’est pour cela qu’ils marchent et manifestent, mais les grands décideurs les oublient, les négociations semblent monopolisées sinon bloquées par les grandes puissances. La chance pour l’ Afrique, c’est que cette fois ci au moins nos autorités, dans presque tous les pays, avaient pris soin, avant de participer au sommet, de bâtir une stratégie de négociation avec les organisations de base, les représentants de la société civile. Le fait que ce sommet ait été bien préparé avec la base a permis de déboucher sur une stratégie commune de négociations Pour l’Afrique, une telle symbiose représente une première. Moi-même, au Sénégal, j’avais participé à la préparation du sommet, et je peux vous dire que toutes les structures avaient été consultées (Assemblée nationale, syndicats, organisations agricoles)… lire la suite

17 décembre 2009

Africites prend le pouls des villes africaines a Marrakech

Catégorie actualité

« Cessez de vous plaindre, d’attendre l’aide extérieure. Agissez, développez des stratégies… « L’urbaniste camerounais Jean-Pierre Elong-Mbassi ne se lasse jamais de haranguer les élus africains, maires, conseillers municipaux, dirigeants de comités de quartier, qui se plaignent de la faiblesse des financements, de l’indifférence de l’Etat central, de l’ampleur sans pareille des défis qu’ils doivent relever. Secrétaire général de « Cités et gouvernements locaux unis d’Afrique », CGLUA, Elong-Mbassi n’a pas son pareil pour secouer ses pairs, mais aussi pour les fédérer, les obliger à dépasser des clivages linguistiques ou culturels hérités de la colonisation. Alors qu’à Nairobi voici trois ans la frontière entre francophones et francophones volait en éclats, cette fois, lors de la nouvelle édition d’ « Africités », plus de 5000 représentants du Nord et du Sud du Sahara se sont rencontrés, ont échangé leurs expériences et comparé leurs succès ou leurs défis respectifs. Dans Marrakech étincelante, qui s’impose de plus en plus comme une ville de rencontres et de congrès internationaux, les Marocains, fiers des progrès réalisés par leur pays, ont accueilli avec chaleur leurs « frères » venus des quatre coins du continent et dénoncé au passage le rôle de « tampon » ou de gendarme que veut leur faire jouer l’Europe face aux migrants sub sahariens…. lire la suite

17 décembre 2009

Africites: une histoire d etoiles

Catégorie actualité, commentaire

Une histoire d’étoiles…

Il s’appelle Mahi Binebine, il est peintre, sculpteur, romancier. Il habite Marrakech, mais on ne le verra certainement pas dans les couloirs d’Africités. Dans l’avion, j’ai lu son dernier roman, « les étoiles de Sidi Moumen » (Flammarion) et en arrivant, je me suis demandé si entre Marrakech étincelante et ce faubourg de Casablanca occupé par une immense décharge, il s’agissait vraiment du même pays…Sans déflorer l’histoire, précisons seulement que les héros du livre sont des jeunes de Sidi Moumen, qui n’ont d’autre horizon que le bidonville, la crasse, la promiscuité. Sans savoir si ce quartier misérable existe encore ou s’il a déjà été rénové, lire ce livre aide à comprendre les propos des maires et responsables du développement des villes du Maroc qui se sont succédé aux différentes tribunes d’Africités : ces hommes là savent qu’ils viennent de loin, que les progrès accomplis sont récents, encore fragiles et incomplets. Leur zèle à convaincre les Africains du Sud du Sahara que le développement est possible, qu’en l’espace d’une génération il y a moyen de faire advenir le changement avait quelque chose d’émouvant…
Les héros de Sidi Moumen pourraient vivre à Kinshasa, Douala, Lagos, Nairobi. C’est pour eux, finalement, pour les arracher à l’exil et à la mort, pour raccrocher à l’espoir cette jeunesse qui forme la majorité des habitants des villes d’Afrique que tous ces gens se réunissent à Marrakech, échangeant expériences et cartes de visite.
A Copenhague, il y a urgence, car le climat se réchauffe. A Marrakech aussi il y a urgence, car l’écrivain nous le rappelle, si rien n’est fait, et vite, les villes d’Afrique vont brûler…

17 décembre 2009

Africites:des idees en ordre de combat

Catégorie actualité

Même si, sans se soucier des cameras qui le guettaient, il s’est emmêlé les papiers, Jerry Rawlings, l’ancien président du Ghana a démontré à l’auditoire d’Africités que dans sa tête les idées étaient claires. Bien rangées en ordre de combat. Sans feindre la diplomatie, il a rappelé combien l’Afrique demeurait dépendante, productrice de matières premières non transformées. Soumise, aujourd’hui comme à l’époque coloniale, à des règles dictées ailleurs, à une arrogance teintée de mépris…A l’heure où, à Copenhague les représentants du continent, en ordre dispersé, se battent pour éviter d’être obligés, sans compensations, de préserver un environnement que d’autres ont saccagé, Rawlings, dénonçant les effets pervers de la globalisation, a retrouvé les accents panafricanistes de sa jeunesse. Mais le tribun avait aussi retenu l’antienne si souvent répétée par Jean-Pierre Elong Mbassi : « stop agonizing, strategize », préférez la stratégie aux lamentations…Ses flèches les plus acérées, c’est aux Africains eux-mêmes que Rawlings les décocha, dénonçant « les parasites politiques qui détournent l’aide », fustigeant la corruption, qui « déshydrate » le potentiel de l’Afrique, l’exode des cerveaux qui vide le continent de ses meilleurs atouts. Et de rappeler que, voici 14 ans à Copenhague déjà, ses dénonciations de la complicité du système bancaire occidental dans la corruption de l’Afrique avaient été accueillies par « un silence de pierre ». Depuis lors, le financement du terrorisme, les réseaux mafieux, les trafics de drogue, ont donné une autre acuité à ces avertissements. Avec des accents prophétiques, l’ex président du Ghana adjura l’assistance de revenir aux valeurs africaines, de retrouver le sens des valeurs communautaires, celles que l’on retrouve, précisément, dans les pouvoirs locaux massivement représentés à Marrakech… Le ton était donné. Il allait marquer les esprits et par la suite, de nombreux intervenants, témoignant de leur propre expérience, allaient renvoyer la balle aux orateurs de la matinée, reprenant, avec des variations diverses, la même antienne : agissons d’abord…

14 décembre 2009

Louis Michel, un homme qui mouille sa chemise

Catégorie actualité

Après avoir été commissaire européen, Louis Michel se prépare à être président de l’Assemblée générale de l’ONU. Cette ambition est l’aboutissement du long parcours d’un homme qui n’a jaais hésité à se mouiller…
En 1999, lorsqu’il devint Ministre des Affaires étrangères, Louis Michel ne connaissait du vaste monde que ce que lui avait appris Jean Gol, le brillant président du PRL dont il avait longtemps été le chef de cabinet. Ce dernier, outre le Moyen Orient, suivait de près les évènements dans les Grands Lacs et y avait décelé, bien avant tout le monde, les tentations génocidaires. Quant au bourgmestre de Jodoigne, orfèvre de la politique belge, il se souvenait aussi de quelques vacances en Afrique du Nord et là s’arrêtait son savoir. Mais l’homme parlait plusieurs langues, comprenait au quart de tour les situations les plus complexes, et surtout, il était enthousiasmé par la mission dont le roi Albert II l’avait chargé : rendre quelque lustre à l’image de la Belgique, passablement ternie par l’affaire du « poulet à la dioxine » mais aussi par la démission de Bruxelles face au génocide rwandais. lire la suite