25 février 2010

Trois heures pour tourner la page

Catégorie actualité, commentaire

Ici, un otage libéré, là une normalisation avec regrets mais sans excuses…Nicolas Sarkozy est un homme expéditif. Quelques heures passées à Kigali lui auront suffi pour rendre une visite muette au mémorial du génocide, où il a écouté sans broncher le guide lui montrer les photos de soldats français encadrant les tueurs et rappeler que Bill Clinton, lui, s’était excusé…Blème, impassible, le président, si disert d’ordinaire, ne s’est permis aucune remarque, aucun geste spontané mais il a reconnu de graves erreurs d’appréciation et s’est incliné devant les victimes. Les survivants auront trouvé ce temps trop court, les nostalgiques du Hutu Power, encore nombreux en France et ailleurs, compareront cette douloureuse escale à Kigali à une sorte de Canossa africain…Mais après tout, quelle importance ? Trois heures, certes, c’était trop peu. Mais trois jours, ou même trois semaines, n’auraient pas suffi à apaiser des douleurs aussi lancinantes qu’au premier jour…
Les comptes entre Paris et Kigali sont loin d’être soldés, mais d’autres instances s’en chargeront : à Paris, un « pôle génocide » examinera le cas de Rwandais incriminés et réfugiés en France, le juge Trevidic, qui a pris le relais de Jean Louis Bruguière, se rendra probablement au Rwanda pour examiner in situ les circonstances du crash de l’avion présidentiel. Certes, M. Sarkozy se verra reprocher d’avoir mesuré l’expression de ses sentiments, d’avoir omis excuses et pathos. Mais en face de lui, impassible sinon glacial, le président Kagame, qui sort vainqueur de seize années d’épreuve de force avec la France au bout desquelles il n’a rien concédé, n’a pas, lui non plus, la réputation d’être un sentimental…Les deux hommes en réalité représentent une nouvelle génération, qui tourne le dos à l’ héritage colonial, se veut pragmatique dans ses alliances comme dans sa recherche de résultats concrets. Sarkozy, à Kigali, a porté un coup dur à la « Françafrique » tandis que Kagame prenait ses distances par rapport aux plus meurtris ou aux plus rancuniers.
Les blessures du génocide n’ont pas été cicatrisées par cette visite éclair, mais tel n’était pas le but de l’opération. Ce qui a prévalu, c’est le réalisme de la raison d’Etat, le fait que les deux pays aient décidé au plus haut niveau, que le temps de la guérilla, judiciaire, diplomatique, médiatique, était révolu et qu’il fallait désormais céder le pas à la justice, à l’aide au développement, aux échanges culturels…Même si elle n’est pas suffisante, cette étape est nécessaire à la guérison des esprits, car le négationnisme, dont la France fut souvent la chambre d’écho, ne cessait d’aviver les rancoeurs et les souffrances des uns, les espoirs de revanche des autres. Une page est tournée, un peu vite certes, mais elle représente un désaveu pour le clan des menteurs et un gage de paix pour toute la région des Grands Lacs…

25 février 2010

Sarkozy à Kigali: le retour de la France

Catégorie actualité

Dès son arrivée à Kigali, le président Sarkozy suivra l’exemple de tous ceux qui l’ont précédé dans la capitale rwandaise : il se rendra au mémorial du génocide à Gishozi, où sont inhumées plus de 200.000 victimes. De salle en salle, il découvrira comment le génocide a été préparé puis commis sous le regard impuissant de la communauté internationale.
Le chef de l’Etat français pourra difficilement détourner les yeux des reproductions de Kangura, le journal des extrémistes hutus, qui remerciait le président Mitterrand pour son soutien ni ignorer les panneaux accusant explicitement la France d’avoir armé et soutenu les génocidaires. lire la suite

22 février 2010

Remaniement light pour une ligne droite

Catégorie actualité

On allait voir ce qu’on allait voir… Depuis que le président nous avait annoncé, à Matadi, qu’il recherchait quinze hommes de confiance, les spéculations se multipliaient, dans la presse et ailleurs. Les uns pariaient sur le départ du Premier Ministre Muzito, les autres, enfourchant une nouvelle fois le grand cheval de bataille du complot, assuraient que le CNDP, le mouvement de Laurent Nkunda, allait entrer au gouvernement de Kinshasa, la pacification du Kivu étant à ce prix.
Rien de tout cela ne s’est produit : on attendait un virage lourd, c’est un changement « light » qui a été préféré, on spéculait sur des déchirements, des ruptures d’alliances et c’est dans la dentelle que le président a opéré, choisissant, avec sagesse sans doute, une certaine continuité afin de ne prendre aucun risque de dérapage avant deux échéances très attendues. La première, c’est l’aboutissement, avant l’été, des négociations avec le Fonds monétaire international qui verra le Congo allégé, au prix d’immenses sacrifices, de l’obligation de rembourser 90% d’une dette qui n’a jamais bénéficié à la population. La seconde, ce sont les cérémonies du 50eme anniversaire de l’indépendance, qui devraient représenter une date fondatrice, le point de départ d’une réflexion sur l’indépendance réelle, et, on peut l’espérer, la rampe de lancement d’un véritable décollage… lire la suite

18 février 2010

Niger: un coup d’Etat sur fond de radioactivité

Catégorie actualité

Emmené par des militaires, le président du Niger, Mamadou Tandja a été l’objet d’une tentative de coup d’Etat. A l’issue du Conseil des Ministres, des militaires de la garde présidentielle se sont emparés de lui et de plusieurs personnalités.
Ce dénouement violent est le point culminant d’une crise de longue durée : alors qu’il avait déjà accompli deux mandats, le président Mamadou Tandja, un militaire au pouvoir depuis dix ans et qui aurait du se retirer en décembre 2009, avait organisé en août 2009 un referendum constitutionnel l’autorisant à demeurer à la tête du pays durant trois nouvelles années au moins, au grand dam de l’opposition qui dénonça un «coup d’Etat institutionnel ». Une partie de l’armée désapprouvait également cette prolongation du mandat. lire la suite

17 février 2010

Un silence de neige et de mort sur Buizingen

Catégorie actualité

Etaient ce la neige, ou le brouillard, qui semblaient entourer Buizingen d’une sorte de cocon silencieux ? Le long du canal à moitié gelé, les voitures étaient rares, canalisées par des policiers qui tendaient les bras sans prononcer de mots inutiles. Entourées par un haut mur anti-bruit, les trains encastrés l’un dans l’autre semblaient eux aussi piégés par l’hiver, pris dans les glaces comme des chenilles qui seraient sorties trop tôt. Vues depuis le pont surplombant les voies, les silhouettes affairées des sauveteurs semblaient elles aussi dérisoires, sinon impuissantes à délivrer les corps incarcérés dans les prisons d’acier des deux trains…Silence aussi sur Biezeput, la petite rue campagnarde qui court le long des rails, avec ces nains de jardins plantés dans la neige, ces chiots de béton qui veillent sur le seuil des maisons de village. Ici aussi, le temps semble s’être arrêté. Les portes sont fermées, les rideaux ne frémissent pas, les sancevières sont posées comme des sentinelles derrière les fenêtres étroites. Une femme, avec des gestes rapides, pousse ses enfants dans sa voiture, comme s’il s’agissait de fuir au plus vite… lire la suite

17 février 2010

Rwanda. Les démêlés de la candidate Ingabire

Catégorie actualité

Mme Victoire Ingabire, présidente des FDU-Inkingi et qui se présente comme candidate aux élections présidentielles d’août prochain au Rwanda a été une nouvelle fois convoquée par le Parquet à Kigali mardi après midi.
Cette interpellation ravive l’inquiétude déjà exprimée par Human Rights Watch, qui souligne que les membres des partis d’opposition sont visés par un nombre croissant de menaces, d’agressions et d’actes de harcèlement à l’approche de l’élection présidentielle où le président Kagame se proposera pour un deuxième mandat. lire la suite

17 février 2010

Les difficultés des défenseurs des droits de l’homme

Catégorie actualité

Malgré les élections de 2006, il n’est toujours pas facile d’être un défenseur des droits de l’homme en République démocratique du Congo. D’après Philippe Hensmans, directeur d’Amnesty International, « la situation est aggravée par la perspective des élections qui doivent se tenir en 2011, par la proximité du 50eme anniversaire de l’indépendance. Les menaces peuvent venir du pouvoir et de ses services de sécurité, mais aussi des groupes armés qui opèrent encore dans l’Est du pays et être suscitées par des collusions d’intérêts économiques». lire la suite

4 février 2010

Devancé par la Chine, le Japon veut revenir en Afrique et au Congo

Catégorie actualité

Momentanément éclipsé par la Chine, qui a débarqué en force sur le continent africain et plus récemment au Congo, le Japon, sous l’impulsion de son nouveau Premier Ministre le social démocrate Hatoyama, entend bien reprendre une place de premier plan et déjà ancienne.
En 1993 en effet, alors qu’au lendemain de la guerre froide l’Afrique sombrait dans l’oubli, le Japon organisa un ambitieux sommet, TICAD (Conférence internationale de Tokyo sur le développement africain) rassemblant plus de 3000 participants venus de 51 pays d’Afrique. Lors de cette rencontre, comme lors des cinq conférences ultérieures, l’accent fut mis sur le développement des infrastructures régionales, la sécurité alimentaire, la promotion du commerce. Au cours des trois dernières années encore, le Japon a consacré 120 millions de dollars au développement des infrastructures de communication et à la formation de personnel qualifié et, lors de TICAD IV, M. Hatoyama a promis doubler l’aide japonaise à l’Afrique d’ici 2012.
En République démocratique du Congo aussi, le Japon s’enorgueillit d’être présent depuis longtemps : ses avancées technologiques sont connues de tous, le « pont maréchal » qui surplombe le fleuve à Matadi suscite toujours l’admiration et, de 2007 à 2009, la coopération japonaise en RDC est passée de 18,4 millions à 64,2 millions de dollars, ce qui place le pays au sixième rang des donateurs. lire la suite

4 février 2010

Cureghem. Plongée dans un quartier de Bruxelles

Catégorie actualité

Cureghem. C’est un petit quartier d’Anderlecht, à quelques mètres de la maison communale. Ses frontières sont invisibles, mais tout le monde les connaît. D’un côté, la sortie TGV de la gare du Midi, les taxis qui font la file autour d’une place luisante de pluie, un hôtel restaurant de luxe pour dîners d’affaires et gens pressés : la capitale de l’Europe tient son rang. Olivier, éducateur, qui a longtemps travaillé dans la maison des jeunes de la rue Brogniez, ouvre de grands yeux. Même s’il passe ici chaque jour, jamais il pénétré dans ces vastes salons. Son monde à lui s’ouvre juste derrière les hauts immeubles flambant neufs. De ce côté-là, les pavés sont disjoints, des poubelles ont été abandonnées, des fragments de meubles sont posés contre les façades, et aussi de vieilles télés que des Bulgares se chargent de récupérer. lire la suite