10 mars 2010

Main tendue et yeux ouverts

Catégorie actualité, commentaire

La main tendue, les yeux ouverts

Descendant de Léopold II, que tous les Congolais considèrent comme le fondateur de leur pays, frère de Baudouin qui présida à l’indépendance, à Kinshasa, le roi Albert II sera évidemment tributaire du passé, de ce lien si personnel qui unit la monarchie à l’ancienne colonie de la Belgique.
Le Roi des Belges sera aussi le symbole des relations très particulières qui, au fil du temps, se sont nouées entre les peuples de ces deux pays, des relations tissées de savoirs et de passions croisées, d’amour et de haine, de métissages et de malentendus…Mais au delà des évidences imposées par le passé, au delà du symbole, la présence d’Albert II au Congo sera surtout un formidable encouragement adressé à ces millions de Congolais qui, malgré les agressions, les guerres et les faillites de leur Etat se sont engagés pour maintenir la pérennité de leur pays, préserver son unité et aujourd’hui tenter de le reconstruire. Cette œuvre là est celle des dirigeants actuels, certes, et si leurs tâtonnements, leurs compromissions doivent être dénoncés, les efforts déployés pour stabiliser les institutions et rétablir la paix méritent d’être soutenus. La bouteille, bien sûr, n’est pas encore à moitié pleine, mais il faut savoir que hier encore elle était sur le point de se briser et seuls les aveugles peuvent prétendre que rien n’a changé !
Les interlocuteurs du Roi seront les représentants des institutions, les dignitaires du régime, bien imparfaits encore et il sera facile de les critiquer à l’instar de toute représentation humaine. Mais ce qui importe, c’est qu’au delà des personnes, le Congo est engagé dans un processus démocratique, il s’est doté d’une Constitution, ses acquis actuels étaient impensables voici dix années encore et il importe de les rendre irréversibles.
Toutes ces victoires méritent d’être reconnues et consolidées, avec empathie et lucidité. Certes, le Congo s’est inscrit sur la carte du monde et dans les livres de compte des Belges grâce à ses ressources et aujourd’hui encore ces dernières suscitent convoitises et amitiés intéressées. Mais à ce moment de l’histoire des deux pays, alors que la Belgique a renoncé à bien des ambitions économiques ou géopolitiques, c’est avant tout vers le peuple congolais que doit se tendre la main du roi des Belges, avec compréhension et respect, afin de l’aider à croire en lui-même, afin de lui permettre de construire sa deuxième, sa vraie indépendance…

ain tendyue