29 avril 2010

Congo retro: les métis, ces enfants oubliés de la Belgique

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Aux yeux de la Belgique, le Congo n’a jamais été une colonie de peuplement. Les colons étaient peu soutenus par les autorités, et les Belges envoyés en Afrique, fonctionnaires, travailleurs embauchés dans les sociétés, n’étaient jamais que de passage : ils menaient à bien des « termes » parfois renouvelés, puis regagnaient la mère patrie. Dans les premiers temps, les Belges arrivèrent seuls : le climat était difficile et la mortalité très élevée. Selon les auteurs de l’époque, ces jeunes hommes envoyés en brousse vivaient dans la solitude, souffraient de l’absence de distractions et étaient guettés par plusieurs maux, l’alcoolisme, la « congolite » sorte de « folie tropicale » et ce que l’on appelait pudiquement « les tentations de la femme noire ». Autrement dit, ces hommes sans épouse trouvaient sur place des « ménagères » avec lesquelles ils entretenaient des relations de concubinage qui duraient le temps de leur affectation. Le terme « ménagère » est d’autant plus ironique que la plupart des tâches domestiques étaient confiées à un « boy »… lire la suite

29 avril 2010

Congo retro: les enfants de Save, sauvés “pour leur bien”…

Catégorie interview, Non classé

Lorsque Jacqui parle de sa mère, ses yeux se voilent : « j’aurais du lui montrer plus d’affection, essayer de mieux la comprendre. Mais lorsque je l’ai retrouvée, après tant d’années de séparation, nos relations étaient gâchées par ce fichu sentiment de supériorité qu’on m’avait inculqué. Pour ma sœur aînée, les lire la suite

29 avril 2010

Congo retro: le Bandundu croit en ses chances

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Moteur coupé, la pirogue glisse lentement le long de la berge du fleuve Kasaï, guidée par de longs bâtons que le pilote plante entre les roseaux afin de guider son approche. A quelques mètres, en équilibre instable, des pêcheurs jettent dans les eaux rouges de longs filets lestés de boules de plomb. Ils en ramènent des poissons argentés que dès l’aube suivante, les femmes amèneront au marché. Lorsque des enfants surgissent sur la berge et nous aperçoivent, ils hurlent « mundele, mundele » et courent prévenir les vieux de cette étrange apparition. Dans le village de Umutuke, qui apparaît soudain dans un bras du fleuve, avec ses cases dont les toits dépassent à peine des roseaux, les vieux sont assis en cercle sur des sièges en bois qui rasent le sol, tellement bas qu’ils préfèrent ne pas se lever. De loin déjà, ils nous saluent cordialement. Il y a longtemps qu’ici les Blancs ne viennent plus ici, tout au plus les voit on quelquefois passer au loin, dans des canots rapides se dirigeant vers « Bifir » c’est-à-dire « bifurcation », ce point où se mélangent les eaux des fleuves Kwango et Kwilu avant que ces eaux mêlées se jettent à leur tour dans le flot du Kasaï, diluant le brun et le rouge dans un même courant qui, à Kwamouth rejoindra l’immense Congo…Les vieux ne se plaignent pas vraiment, ils ont du poisson, un peu de petit bétail, du manioc, des fruits. Et surtout, loin des yeux, ils sont tranquilles. Alors que le soleil couchant fait flamber le miroir des eaux, Albert Kasongo, le chef de ce village de 2850 habitants surgit soudain, tout agité, et brise la quiétude. Avec lui, le ton change. Il confisque la parole aux vieux et, pour une fois qu’il a affaire à des Blancs, énumère toutes les besoins du village : faute d’école, les enfants étudient difficilement, les produits des champs ne peuvent être transportés qu’en pirogue à Bandunduville car il n’y a pas de route, les pêcheurs manquent de filets, de hameçons, ils n’ont pas de carburant, le centre de santé est détruit. Bref l’essentiel fait défaut et et nous sommes priés de transmettre le message au gouverneur.
Ce dernier, le docteur Richard Ndambu nous reçoit dans un bureau remis à neuf. Bientôt, il prendra ses quartiers dans une grande bâtisse blanche, avec colonnades et barza (terrasse) que les autorités locales ont rénovée aux frais de la province, dans le souci de préserver la première maison construite par le fondateur de la ville, l’ explorateur Emile Banning qui donna son premier nom à la cité. Le gouverneur est un homme décidé, ombrageux aussi: il détesta nous voir fréquenter le ministre de l’agriculture Roger Pembe et par la suite suspendra ce dernier, puis le nommera à d’autres fonctions l’empêchant de mener à bien d’ambitieux projets soutenus par lm’Union européenne…Malgré son mauvais caractère, le gouverneur est un homme d’action : sur les 75 écoles qu’il a promis de construire, 20 ont déjà été inaugurées, dix nouveaux centres de santé son prévus, dont 5 déjà terminés, les édifices publics sont rénovés et Bandunduville se prépare à inaugurer la première prison construite dans le pays depuis l’indépendance. Dans ce grand bâtiment blanc, une modeste cellule a été préservée en hommage à Simon Kimbangu, que les Belges immobilisèrent brièvement ici alors qu’ils amenaient le prophète vers la prison du Katanga où, en 1959, la mort mit fin à ses 29 années de détention.
Membre du parti majoritaire, le PPRD, le gouverneur a décidé d’aller de l’avant : « nous n’attendons pas que Kinshasa nous rétrocède 40% des recettes, ainsi que le prévoit la Constitution, nous levons nos propres taxes et, sur fonds propres, nous avons entamé la reconstruction, lancé les cinq chantiers du président. »Si de petits villages isolés sur le fleuve comme Umutuke sont encore à l’écart, partout ailleurs il est clair que le changement est arrivé.
Le Bandundu, vaste comme la moitié de la France et qui sera un jour découpé en trois provinces distinctes (Kwilu, Kwango et MaiNdombe) est souvent moqué et sous estimé à Kinshasa, car, à part quelques gisements de diamants, il ne dispose pas de ressources minières. C’est cependant d’ici que viennent bon nombre d’habitants des quartiers populaires de la capitale et surtout, c’est le Bandundu qui nourrit la grande ville, avec ses arrivages quotidiens de sacs de manioc, de charbon de bois, de maïs, de poulets… Les mangues succulentes ne sont même pas transportées, elles tombent des arbres et, comme les avocats, il suffit de les ramasser… lire la suite

29 avril 2010

Congo retro: les trois âges de Dima, ancien siège de la Compagnie du Kasaï

Catégorie actualité, Non classé

Il y a longtemps qu’à Lumbo, au cœur du Bandundu, les Belges ont cessé de venir. Cependant, leur souvenir imprègne le paysage et les cœurs.
Tout au bout d’une très longue piste qui serpente entre les marécages infestés de mouches tsé-tsé, au-delà des cases au toit de chaume, c’est une cité fantôme qui apparaît : des maisons à étages, des colonnettes et des barzas (terrasses), surplombées par des toits de tôle depuis longtemps rouillées par les pluies. La petite église blanche et rose porte encore le sceau de la Compagnie du Kasaï, qui l’édifia ici en 1929 et les vitraux dans lesquels joue le soleil datent de la même année… lire la suite

28 avril 2010

Congo retro: la nostalgie des coloniaux

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Nous avions choisi notre place au cimetière fleuri qui surplombe le lac,nous n’y reposerons jamais, mais quelque chose de nous-mêmes est resté là, un battement de coeur, un goût de miel, un goût de sel…< Marie Madeleine Arnold, 90 ans, qui écrit ces lignes pleines de nostalgie, est la doyenne des journalistes belges. Membre active de l’association Mémoire du Congoelle témoigne volontiers de ces belles années passées à Bukavu au lendemain de la guerre.
[Comme beaucoup de Belges, nous étions fatigués de la guerre, nous avions peur d’une avancée de Staline… C’est ainsi que nous avons décidé de nous lancer au Congo. Mon mari, Max Arnold et moi, nous avons repris là bas une imprimerie puis fondé un journalla Presse africaine. Nous sommes restés à Costermansville (Bukavu) jusqu’en 60, nos trois enfants sont nés là bas, ce furent les plus belles années de notre vie lire la suite

28 avril 2010

Congo retro: des origines de l’”aliénation” des Congolais

Catégorie interview, Non classé

Le Professeur Michel Ange Mupapa Say est Docteur en psychologie (Sorbonne 1973) et ancien directeur de cabinet du président Kabila. Il donne quelques clés à propos des complexes nourris par les Congolais…
Les Congolais ont-ils été aliénés par la colonisation ?
Sans aucun doute : le Blanc a été pris (et imposé) pour modèle. On vit comme lui, on l’imite, on modifie son nom. Quelqu‘un qui s’appellait « Dibuka » changera son nom en « De Boeck », d’autres en « Dericoyard », afin de gommer les connotations du terroir…La situation coloniale englobait à la fois le vécu du Blanc, qui s’identifiait au meilleur, à tout ce qui était propre. Le Noir, lui, c’était l’autre pan, une noirceur qui évoquait Satan. Cette dichotomie imprégnait l’ambiance coloniale ; le Blanc était identifié à l’intelligence, à la beauté, le Noir était son contraire. Tout ce qui était culturel dans l’héritage des Congolais a été nié : les « fétiches »étaient mauvais, la statuaire devait être détruite, les langues indigènes devaient être remplacées par celle du colonisateur, il fallait adopter le mode de vie de l’Européen, considéré comme supérieur. Cette distinction, peu à peu, est entrée dans la tête des Congolais… lire la suite

27 avril 2010

Des forêts vides et silencieuses

Catégorie commentaire, Non classé

A propos de l’Est du Congo, Marc Hoogsteyns avait le sentiment d’avoir tout vu, tout lu. Cependant, ce journaliste free lance qui fut correspondant de guerre sur trois continents avait le sentiment que le Congo pouvait encore lui réserver des surprises. C’est pourquoi, tournant le dos au Kivu, à Kinshasa, aux nouvelles routes et aux programmes de développement, il choisit de se déplacer de la manière la plus traditionnelle qui soit, la plus surprenante aussi pour un Européen : le long des cours d’eau, ces grands fleuves qui traversent les forêts aussi sûrement que des autoroutes…Hoogsteyns n’était pas Stanley, ni Joseph Conrad, auquel il emprunta cependant le titre de son livre (1): le Limbourgeois avait décidé de voyager léger. Il s’embarqua donc au départ de Lodja, dans le Sankuru, à bord d’un kayak rouge, parcourant 1500 km sur la rivière Lukenie, à travers le parc de la Salonga, qui s’étend sur 36.000 km2 de forêt tropicale. C’est là que le World Wildlife Fund s’attache à recenser les animaux (91 poissons appartenant à 21 espères différentes, une population de 5 à 7000 Bonobos, ces singes cousins de l’homme que l’on ne retrouve qu’au Congo), à former les gardiens du parc, à rendre les populations locales plus sensibles à la nécessité de protéger l’une des dernières forêts vierges du monde. lire la suite

27 avril 2010

La main tendue des amis de Wetchi

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Tous les Congolais de Belgique connaissent l’émission de Radio Tele Matonge, retransmise tous les dimanches, de 6h 14 heures par Tele Bruxelles, qui donne des nouvelles de leur communauté et qui est retransmise à Kinshasa par Molière Télévision. Le journaliste Cyprien Wetchi, animateur de cette émission, met en pratique, depuis les années 90, une idée simple : aider des jeunes de Kinshasa à poursuivre leurs études. Bénéficiant du soutien de la commune d’Ixelles, l’asbl « les Amis de Wetchi » collecte des contributions individuelles, aussi modestes soient elles, et bon an mal an, aide de jeunes Kinois à s’acquitter de leur minerval scolaire (de 50 à 150 euros par an) minerval qui assure la rémunération complémentaire des professeurs). En 2002, distribuant ses bourses, Cyprien Wetchi a remarqué que… tous les enfants étaient assis par terre, dans des écoles dépourvues de bancs, de pupitres. Il s’est alors adressé à la commune d’Ixelles et à ses contributeurs. L’opération « Un banc pour tous » était née : « nous avons payé des menuisiers de Kin pour fabriquer des bancs, au départ de bois du Congo, ce qui nous a permis d’équiper deux écoles à Matonge et une autre dans la commune de Kinshasa» explique Wetchi. Par ce geste, le journaliste a tenu à honorer la mémoire de son père : «dans les années 40, il a pu étudier au Katanga, car des familles congolaises l’ont aidé. Plus tard, devenu directeur de la régie des voies fluviales, il a tenu à ce que la « chaîne de la solidarité » ne s’interrompe pas…C.B.

Les Amis de Wetchi, 46, rue Longue Vie, 1050 Bruxelles

27 avril 2010

Congo retro: à travers le Bruxelles de Léopold II

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L’historien Lucas Catherine est un vrai « Brusselleer ». Il en a l’accent, la gouaille, et aussi la mémoire. Il se souvient de tout ce que la capitale doit au Congo et à l’occasion, il adore donner rendez vous à quelques curieux, au pied de l’église Saint Jacques sur Coudenberg, devant la statue de Godefroid de Bouillon. Un regard d’abord pour « le Belge idéal » : le roi de Jérusalem était, d’après lui, l’un des héros de Léopold II qui s’était longtemps intéressé à la Palestine, à l’Extrême Orient avant de jeter son dévolu sur l’Afrique centrale. lire la suite

27 avril 2010

Congo retro: des origines de la corruption

Catégorie commentaire, Non classé

D’où vient la corruption au Congo, pratiquée à des degrés divers et à tous les niveaux de pouvoir ? Il est d’usage d’affirmer que cette pratique remonte à Mobutu, qui déclara un jour que si on volait, il fallait le faire « intelligemment » c’est-à-dire pas trop à la fois.
Pour certains politologues congolais, comme Jean Omasombo, cette pratique est bien plus ancienne, elle remonte à l’époque coloniale : « comment croyez vous que les évolués arrivaient à répondre aux critères qui leur étaient posés pour obtenir leur statut et qui les obligeaient à ressembler le plus possible aux Belges ? Leur salaire ne leur donnait pas les moyens de se procurer de telles conditions matérielles, il fallait qu’à leur niveau, ils tentent de détourner un peu, ou beaucoup d’argent… » lire la suite