30 mai 2010

Un avocat américain arrêté à Kigali

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L’arrestation à Kigali du professeur Peter Erlinder, 62 ans, provoque un véritable « buzz » sur Internet et une vague de protestations aux Etats Unis où il n’est pas courant de voir un professeur du Mitchell College of Law être accusé de diffuser l’idéologie du génocide…
Lorsqu’il a débarqué au Rwanda vendredi matin Peter Erlinder venait de Bruxelles où il avait participé le week end précédent à une conférence internationale rassemblant de nombreux défenseurs de détenus d’Arusha et tout le « gratin » de l’opposition hutue en exil. Parmi les participants figurait aussi Eugène Rwamucyo, accusé de participation au génocide et figurant sur les listes d’Interpol. Coulant des jours tranquilles en Belgique, où il vit près de Mons, le médecin a été arrêté en France et sera peut-être extradé vers le Rwanda où il devra répondre des charges pensant sur lui et qui avait amené son renvoi de l’hôpital de Maubeuge où il exerçait. Cette arrestation est vue en France comme un gage de bonne volonté donné au Rwanda à la veille du sommet France Afrique de Nice, dont le président Kagame sera l’hôte le plus en vue. En effet, le Rwanda et la France ont, cette année renoué leurs relations diplomatiques, le président Sarkozy s’est brièvement rendu à Kigali et, même s’il n’a pas présenté d’excuses, cette visite a été considérée comme hautement symbolique. Par la suite, la veuve du président Habyarimana a été mise à la disposition de la justice après avoir résidé durant quinze ans dans la banlieue parisienne sans avoir été inquiétée. lire la suite

30 mai 2010

Gbagbo engrange le succès de l’Assemblée de la BAD à Abidjan

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« Revenez, vous êtes ici chez vous… La Côte d’Ivoire n’a pas sombré, le pays garde intacts ses atouts économiques…»S’il a exhorté les dirigeants de la Banque africaine de développement à revenir à Abidjan, son siège initial qui avait été déserté en 2003 au plus fort de la crise et de l’insécurité, le président ivoirien Laurent Gbagbo n’a pas caché sa satisfaction à l’issue de la 45eme assemblée annuelle des gouverneurs de l’institution.
En effet, le sommet de la BAD à Abidjan a rendu à la capitale ivoirienne un peu de son lustre d’autrefois. Quatre présidents africains, (Bénin, Mali, Togo, Côte d’Ivoire, un Premier Ministre, (Rwanda) les ministres des Finances de tous les pays du continent, avaient fait le voyage et le ballet des voitures officielles et des déclarations élogieuses adressées au pays hôte ont fait oublier que la Côte d’Ivoire, durement touchée par la crise, est toujours coupée en deux, les rebelles des Forces nouvelles occupant le Nord, soit 60% du territoire.
Désireux de prouver que la sécurité s’améliore, que la normalisation progresse, le président ivoirien n’avait pas ménagé ses efforts. Afin de désamorcer une marche de l’opposition, qui aurait été du plus mauvais effet, il a personnellement rendu visite à ses deux principaux rivaux, Henri Konan Bédié, héritier de l’ancien président Houphouet Boigny, et Alassane Ouattara, qui se présente comme le candidat du Nord musulman. Si les couteaux ont été remis au vestiaire le temps d’un sommet, sitôt éteintes les lumières de l’hôtel Ivoire, rénové pour l’occasion, la politique a repris ses droits : l’opposition réclame que soient publiées les listes électorales révisées et que la date des élections soient enfin proclamées tandis que le chef l’Etat exige, en préalable à l’organisation du scrutin, que le désarmement des forces rebelles soit terminé dans le Nord et que ces vastes territoires soient à nouveau soumis à l’autorité et à la gestion fiscale de l’Etat. Actuellement en effet, toute la production agricole du Nord du pays se dirige vers le Burkina Faso et le Mali, dopant leurs exportations tandis que le port d’Abidjan, le plus important d’Afrique après Durban en Afrique du Sud est de plus en plus concurrencé par Dakar…
Prudent, le président de la BAD, le Rwandais Donald Kaberuka, n’a pas voulu lier le retour de l’institution à l’organisation des élections, mais, plus simplement, au rétablissement de la sécurité et à la normalisation générale de la situation. Il paraît cependant probable que d’ici la fin du deuxième mandat de Kaberuka, la Banque africaine de développement quittera Tunis pour retrouver à Abidjan son siège et son ancrage africain.
Il faut assister à une assemblée générale pour mesurer à quel point les pays d’Afrique noire tiennent à « leur » banque : non seulement l’institution, cotée « triple A », est performante et bien gérée, mais elle vient de procéder à un triplement de son capital, qui s’élève désormais à 100 milliards de dollars. La Banque et ses gouverneurs, les ministres des Finances de tous les pays d’ Afrique, ont estimé que l’institution avait besoin de moyens supplémentaires pour accompagner les transformations du continent. Deux secteurs ont été jugés prioritaires, l’accès à l’eau et les infrastructures. Pour Alex Rugamba, directeur de l’intégration régionale, « nous enregistrons une progression de 177% en matière d’infrastructures car nous voulons privilégier tous les « corridors » transcontinentaux, ceux qui relient la Libye ou le Maroc à l’Afrique noire, les voies de communication reliant l’Afrique australe au centre du continent… »C’est ainsi qu’un protocole d’accord a été signé avec la République démocratique du Congo, pour un montant de 41 millions de dollars, afin de réaliser l’interconnection des réseaux électriques des pays des Grands Lacs et de conjurer le fléau des délestages. La « facilité africaine de l’eau » prévoit elle aussi d’importants crédits en matière d’adduction d’eau, afin que d’ici 2025 tous les Africains aient accès à l’eau potable…En 2009 déjà, la Banque a financé 65 interventions en faveur de l’eau et de l’assainissement dans 32 pays africains, pour un montant total de 1,56 milliards de dollars.
Une attention particulière sera désormais portée aux Etats dits fragiles, qui sortent de conflits armés et entrent dans une période de normalisation : des crédits leur seront accordés à un meilleur taux, pour des durées plus longues.
A ceux qui auraient pu en douter, l’assemblée générale de la BAD a démontré que l’Afrique change, qu’elle s’ouvre à de nouveaux partenaires : l’Inde était très visible, et, au cours d’un séminaire très couru, on a pu voir des dirigeants africains suivre avec beaucoup d’attention les exposés qui leur étaient faits par des représentants du Vietnam, de la Corée du Sud, de Singapour, pays pauvres hier, considérés comme émergents aujourd’hui. Avec simplicité et force exemples, ces trois représentants de l’Asie ont donné à leurs partenaires africains des conseils simples : « vous devez définir vous-mêmes vos objectifs de développement et les faire accepter par ceux qui vous aident, et non l’inverse. Vous devez combiner le secteur privé et les impulsions données par l’Etat, sans renier le rôle de ce dernier. Vous devez, avant tout, avoir confiance en vous, dans vos ressources, vos potentialités humaines et économiques… »
Cependant, même si les Africains s’y sentent chez eux, reconnus et écoutés, même si 53 pays en sont actionnaires, la Banque africaine de développement demeure avant tout une banque, désireuse d’augmenter ses capitaux et ses actionnaires. C’est ainsi que deux nouveaux pays, la Turquie et le Luxembourg, vont rejoindre les « non européens » qui fournissent 40% du capital de l’institution.
A côté des succès et des ambitions de la BAD, qui accorde des prêts aux conditions du marché, mais sur des délais beaucoup plus longs que les banques ordinaires, des délais dictés par les impératifs du développement à long terme, une autre institution s’est montrée, elle, beaucoup plus discrète : le Fonds africain de développement, dont l’existence est vitale pour la majorité des Etats du continent. En effet, douze pays africains seulement, parmi lesquels l’Afrique du Sud, le Nigeria, le Botswana, la Lybie, peuvent s’adresser directement aux guichets de la BAD et emprunter aux taux du marché. Les autres doivent s’adresser au Fonds africain de développement, financé à 90% par les « non africains » , un Fonds qui accorde des intérêts « concessionnels » à des taux beaucoup plus bas. Or le renforcement des capitaux du FAD n’a pas encore a été décidé et, en marge de la réunion de la BAD, il apparaissait que ce dossier là était toujours bloqué, pour cause de crise économique en Europe. Autrement dit, si la BAD, le vaisseau amiral de la finance africaine augmente sa voilure, multipliant les promesses à ceux qui peuvent payer, le guichet destiné aux plus pauvres ne s’est pas encore ouvert beaucoup plus largement…

26 mai 2010

Quand la Banque africaine de développement parie sur la Côte d’Ivoire

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Abidjan,
Après avoir quitté Abidjan pour Tunis en 2003, à cause de l’insécurité due à la guerre civile, la Banque Africaine de développement, institution phare du développement africain, fait son grand retour, à l’occasion de l’assemblée annuelle des gouverneurs. Du côté ivoirien tout a été mis en œuvre pour accueillir les 350 journalistes, les 2000 délégués venus de tout le continent et l’hôtel Ivoire, l’un des plus prestigieux d’Afrique, qui avait été le théâtre d’affrontements armés, a été remis à neuf pour l’occasion. A nouveau, il domine la lagune et brille de tous ses feux. Installée devant l’entrée principale, une vaste tente accueille des artisans, des modistes et couturiers, des industriels aussi : «après avoir été boudés si longtemps, nous voulons démontrer à nos hôtes que la vie revient, que notre créativité n’a pas disparu » assure Madeleine, une créatrice de mode visiblement ravie d’exposer ses robes et ses bijoux.
C’est qu’Abidjan, jadis capitale économique de la région, a la nostalgie de ses belles années où elle donnait du travail à toute l’Afrique de l’Ouest et était citée comme un exemple de décollage africain. Au début des années 2000, la guerre est passée par là, lorsqu’une rébellion a éclaté dans le Nord et que les démons de l’ « ivoirité » de la revendication identitaire se traduisant par une chasse aux étrangers, se sont emparés du pays. Aujourd’hui, ayant résisté à la tentative de coup d’Etat de 2002, le président Laurent Gbagbo est toujours en fonctions et compte bien se représenter avec succès aux prochaines élections présidentielles, où il se trouvera en compétition avec ses deux rivaux, Henri Konan Bédié, l’héritier de Houphouet Boigny et Alassane Ouattara, le favori du Nord musulman, dont la contestation de la nationalité avait naguère mis le feu aux poudres… lire la suite

20 mai 2010

Fièvre électorale au bord des Grands Lacs

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Le Burundi, le Rwanda et, en 2011 la République démocratique du Congo sont engagés dans des marathons électoraux qui devraient, si tout se passe bien, consolider la paix et le relèvement économique de la région. Cependant dans ces pays où les relations interethniques demeurent fragiles et où la guerre rode encore, des dérapages pourraient réduire à néant des années d’efforts et avoir un effet de contagion. Cette semaine, le Burundi a été le premier à se lancer dans la course : quelques 3,5 millions d’électeurs ont été appelés à désigner près de 2000 conseillers dans les 129 communes du pays et les résultats devraient être connus durant le week end. lire la suite

16 mai 2010

La trace d’un homme de radio, d’un voltigeur de l’info

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Il n’y a pas si longtemps, Istvan Felkai, correspondant à Paris pour la RTBf, s’interrogeait : « quelle trace vais-je laisser ? quel souvenir à mes enfants, à mes amis ? Les billets radio, ils entrent d’une oreille, sortent aussitôt… Que reste-t-il de tout cela ? »
Au moment où la voix d’Istvan s’est subitement éteinte, où son dernier billet semble inachevé, il est trop tard pour rassurer mon ami journaliste. Pour lui dire que ses billets quotidiens étaient comme des sillons tracés tout droit, tous les jours. Des sillons qui, au bout du compte, font un champ labouré, donnent des moissons lourdes de vérité, des récoltes qui contribuent à l’intelligence du monde. Il est trop tard pour lui dire que les journalistes sont comme des laboureurs, qui jour après jour rendent intelligible la terre brute de l’actualité. Comme des mineurs qui, pour arracher des pans d’information, prennent des risques que nul ne mesure, s’abîment les mains et les yeux, et finissent par ramener au jour ces fragments de réel dont d’autres, plus tard, s’empareront pour nourrir leurs études, leurs livres, leurs politiques… lire la suite

16 mai 2010

MONUC: quand retirer le plâtre?

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Sans atermoiements funestes et sans précipitation inconsidérée : cette formule célèbre, utilisée par le Roi Baudouin à propos de l’indépendance du Congo pourrait être reprise par le Conseil de Sécurité dont une délégation se trouve ce week end à Kinshasa. Initialement prévue pour avril, et retardée à cause du nuage finlandais, la délégation doit examiner les modalités du retrait de la Mission des Nations unies au Congo. « Il n’y aura pas de négociation, nous avons pris acte de la demande des autorités congolaises » a déjà déclaré un porte parole de l’ONU.
Il ya plusieurs mois déjà que le gouvernement congolais a déclaré qu’il souhaitait que la mission de la Monuc prenne fin d’ici novembre 2011 et un premier retrait de 2000 hommes devrait avoir lieu durant l’été 2010. Kinshasa espère aussi un redéploiement des effectifs, où les 18000 Casques bleus restants, jusqu’à présent déployés à travers tout le pays se concentrent sur les provinces de l’Est, où des opérations militaires sont toujours en cours, afin de démanteler les bases des rebelles hutus. Dans la foulée du 50eme anniversaire de l’indépendance du pays : à titre symbolique, le président Kabila souhaite que cette mission, qui représente une certaine tutelle de la communauté internationale, donne des gages de retrait afin de « responsabiliser » les autorités nationales. lire la suite

16 mai 2010

Congo retro: un coup de projecteur?

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Faut-il fermer les yeux pour imaginer ce que sera le Congo d’ici cinquante ans ? Mieux vaudrait peut-être les ouvrir… Tout en sachant que, de toutes manières la surprise sera au rendez vous, il importe de déceler d’abord ce qui durera. A l’actif du peuple congolais, il faut indiquer le sens de la nation, un patriotisme certain, aiguisé encore par les douleurs et les déchirures du premier demi siècle. Ce nationalisme, qui a déjà résisté aux sécessions, rébellions et autres tentations séparatistes, coïncidera peut-être un jour avec le sens de l’Etat, mais rien n’est moins sûr. Le Congolais champion de la survie, de la débrouillardise, du dynamisme individuel et de la solidarité familiale ne sera pas prêt avant longtemps à respecter beaucoup de contraintes étatiques, à payer des taxes sans essayer de tricher, à oublier son intérêt personnel. lire la suite

4 mai 2010

Un Belge au piège des magouilles africaines ou victime… de son imagination

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Manipulateur doué ou victime naîve d’un piège savamment tendu? C’est le 31 mars que Filip Saks s’est présenté dans les locaux du « Soir ». Il se disait traqué, menacé, depuis, disait-il qu’il avait refusé d’aller plus loin avec des Africains avec lesquels il était en « relations d’affaires ». Les noms cités par cet homme qui se disait introduit dans les milieux diamantaires d’Anvers étaient de nature à faire réfléchir : outre Bula Mandungu, un citoyen de Waterloo d’origine congolaise qui s’était présenté à lui comme le fils d’un ancien gouverneur de province du temps de Mobutu, Saks donnait force précisions sur les relations qu’il avait entretenues avec Fabien Singaye et avec Jean-Luc Habyarimana, fils de l’ancien président du Rwanda, ainsi que d’autres Africains originaires du Tchad ou du Gabon et portant curieusement des noms…à consonnance rwandaise… lire la suite

3 mai 2010

Liberté de la presse, guerre et réconciliation

Catégorie actualité, commentaire

Le fait que les medias puissent être considérés comme l’ un des acteurs de la paix et de la réconciliation un phénomène relativement récent. Au siècle dernier, le 20 eme, les medias étaient plus souvent au service de la guerre, des instruments de la lutte idéologique, du choc des idées voire des affrontements armés.
Ils ont joué ce rôle en Europe et aussi en Afrique. Prenons l’exemple de la région des Grands Lacs, qui peut valoir pour d’autres pays d’Afrique : du temps des partis uniques et des régimes présidentiels, la presse était relativement contrôlée, elle relayait les politiques officielles et les thèmes du développement et ne présentait guère de points de vue contradictoires. Seule une presse d’opposition, souvent menacée, ou la presse étrangère, relayaient des points de vue différents, des informations dérangeantes pour les pouvoirs en place et apparaissaient alors comme des contre pouvoirs.
En 1990, lorsque les partis uniques cédèrent la place au multipartisme et que partout apparut l’exigence démocratique, appuyée par les pressions occidentales, cette mutation s’accompagna aussi d’une explosion de la presse libre, privée, commerciale et aussi partisane. lire la suite

3 mai 2010

Congo retro: La Belgique doit-elle demander pardon?

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La repentance étant dans l’air du temps, la question est inévitable : la Belgique doit-elle demander pardon au Congo ? Pourquoi pas ? Mais pour y répondre, il faudrait d’abord définir sur quoi devrait porter l’exercice, en essayant d’éviter les anachronismes. Car est-il bien raisonnable d’ accuser Léopold II de « génocide » en Afrique centrale ? Non seulement le concept lui-même ne fut forgé qu’après la deuxième guerre mondiale, mais surtout, le fondateur du Congo, loin de vouloir exterminer les populations locales, entendait les mettre au service d’un projet simple, partagé par toutes les puissances coloniales de l’époque : exploiter les ressources de ce territoire afin de rentabiliser l’investissement initial. Certes, ce qui s’appelait à l’époque un « projet civilisateur » s’accompagna du travail forcé, de la conscription obligatoire, du déplacement des populations, ce qui suscita la propagation des maladies et accrut la mortalité. Il y eut aussi un certain conditionnement psychologique passant par la négation des valeurs autochtones et par l’évangélisation, sans oublier le recours à la force pour mater les résistances. lire la suite