28 juin 2010

Congo retr: retour sur un pari perdu

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L’indépendance dans trente ans…Ecrivant ces lignes en 1955, depuis son bureau de l’institut universitaire d’Anvers, Jef Van Bilsen, ne pouvait pas prévoir le séisme qu’il allait provoquer. Séisme en Belgique, où le professeur fut traité de fou pour avoir oser imaginer que dans un délai aussi bref ces « grands enfants » de Congolais pourraient jamais être prêts. Séisme au Congo où une brèche s’est soudain ouverte, laissant entrevoir que l’indépendance est désormais possible. En juillet 1956, un petit groupe d’intellectuels congolais, « Conscience africaine » parmi lesquels Joseph Iléo, futur Premier Ministre, et l’abbé Malula, futur cardinal, publie, en termes prudents, un Manifeste réclamant l’ « émancipation progressive » et rejetant la politique d’ « assimilation » des Noirs, c’est-à-dire l’échelle sociale qu’étaient censés gravir les « évolués ». Un mois plus tard, l’association culturelle et ethnique des Bakongo (Abako) publie à son tour un document signé par son président Joseph Kasa Vubu, et réclamant, lui, l’indépendance au plus tôt…Dans la foulée des élections communales de 1957 qui élisent les premiers bourgmestres, les partis politiques apparaissent, l’Abako qui mise sur la solidarité ethnique tandis que le Mouvement national congolais, (MNC) créé en 1958, se veut supraethnique et rassemble des personnalités de poids, Iléo, Adoula, Makoso et surtout Patrice Lumumba.
Lorsqu’il rentre de la conférence d’Accra en décembre 58, où il a rencontré N’Krumah et Sekou Touré, Lumumba est transformé : il inscrit la revendication de l’indépendance dans la ligne du combat panafricain, de la solidarité continentale. La même année, à Brazzaville, l’apostrophe du général de Gaulle a été entendue de l’autre côté du fleuve : « ceux qui veulent l’indépendance, qu’ils la prennent ».
A Bruxelles pendant ce temps, l’Expo 58 a représenté l’apogée d’une certaine « Belgique joyeuse » et les pavillons congolais ont été l’illustration de la colonie modèle (même si la police a du intervenir pour empêcher les visiteurs de jeter des bananes aux indigènes du « village congolais » qui finit par être fermé). Les Congolais, eux, ont retenu qu’en Belgique, les Européens ne sont pas tous des demi- dieux, qu’ils peuvent être pauvres, travailler de leurs mains et se montrer hospitaliers. C’est le 4 janvier 1959 que Léopoldville explose : à la surprise générale, des émeutes éclatent, les Congolais marchent sur la ville des Blancs, la Force publique ouvre le feu, le soulèvement fait plus de 250 morts. Désormais, entre Blancs et Noirs, un fossé s’est creusé.
Le 13 janvier, le roi Baudouin prononce la formule qui passera à l’histoire : conduire les Congolais à l’indépendance, sans atermoiements funestes et sans précipitation inconsidérée.
En réalité, on aura les deux.

Front commun autour de la Table ronde

Durant toute l’année 59, tandis que Bruxelles tergiverse, hésite, le Congo se radicalise, de vastes régions échappent à l’autorité, refusent impôts et corvées : l’indépendance, on la veut désormais au plus vite. Le 20 janvier 1960, convoquée par le ministre des Colonies De Schrijver, s’ouvre la Table Ronde politique. Les Congolais surprennent : arrivés en ordre dispersé, encadrés par des conseillers belges en fonction des affinités politiques de chacun, ils dépassent leur divisions pour remporter une première victoire, faire libérer Patrice Lumumba alors détenu à Stanleyville. Le futur Premier Ministre a quitté le Congo menottes aux mains, il arrive à Bruxelles en héros et exhibe ses poignets encore bandés. Les Congolais, qui constituent désormais un Front commun, poussent l’avantage. Réclamant l’indépendance immédiate -ce qui n’est encore qu’une base de négociations- ils sont eux-même surpris d’être aussitôt exaucés : ce sera le 30 juin. François Perin, conseiller à l’époque, se souvient : « le socialiste Henri Rolin rêvait du Prix Nobel de la Paix, et, soutenant les Congolais il déclarera «il faudra le 30 juin, remettre toutes les clés au Congo ».
Les avis du gouvernement de coalition (social chrétien socialiste) sont divisés, les uns parlent de « lâchage », les autres de « pari congolais », l’opinion publique belge, en cette année de remous sociaux, est indifférente, elle ne veut surtout pas se battre pour le Congo. Par la suite, Justin Bomboko, le futur ministre des Affaires étrangères, comme Albert Kalonji, le leader du Kasaï, se souviendront de leurs doutes : « nous étions inquiets, tout allait trop vite. Même Kasa-Vubu flairait le piège. Par la suite, certains d’entre nous demandèrent aux Belges d’y aller progressivement, de commencer par nous associer au pouvoir durant deux ou trois ans, de mettre en place un gouvernement provisoire… Mais il était trop tard, les dés étaient jetés»
Après avoir écarté l’idée selon laquelle le roi Baudouin pourrait rester à la fois roi des Belges et roi du Congo ou que son frère Albert pourrait le remplacer à l’image de Lord Mountbatten « vice roi des Indes », les délégués s’inspirent du modèle belge de l’époque : un Etat unitaire, avec des provinces disposant de pouvoirs importants, un régime parlementaire où le Premier Ministre est responsable devant un Parlement à deux Chambres. Un président qui, à l’instar du Roi, règne mais ne gouverne pas, tout en pouvant révoquer le Premier Ministre. Bref, un partage du pouvoir qui satisfait toutes les ambitions mais préfigure de futurs conflits.
Lorsque la date du 30 juin est fixée, le chanteur Joseph Kabasele et le guitariste Armando Brazos créent, au club de l’hôtel Plaza à Bruxelles, une chanson qui fera le tour de l’Afrique « Indépendance cha cha » : » nous avons gagné, c’est l’indépendance que nous venons d’obtenir ». Les délégués à la Table ronde dansent toute la nuit, sur les rythmes de l’African Jazz et lorsqu’il rentre au pays, l’orchestre est porté en triomphe. Mais les Belges n’ont pas dit leur dernier mot : ils organisent avec soin la Table ronde économique, qui se tiendra de 26 avril au 26 mai.
Albert Kalondji se souvient… de son absence : « tous les grands leaders étaient en campagne, nous préparions les élections du mois de mai et avions laissé des jeunes, universitaires encore aux études, discuter des questions économiques. Ce que nous voulions, c’était surtout faire une sorte d’inventaire. » Les jeunes Congolais sont éblouis par l’accueil : un costume neuf, une voiture avec chauffeur, des égards inhabituels…Un jeune militaire, que son mentor, le colonel Marlière, a envoyé faire un stage de journalisme à Bruxelles, est désigné pour représenter le MNC : Joseph Désiré Mobutu. Personne ne sait que le jeune homme, qui a la confiance de Lumumba, a été présenté aux Américains par le colonel Marlière en 1958 et qu’il travaille pour la Sûreté belge.
Habiles, les Belges obtiennent la dissolution des compagnies à Charte, les sociétés commerciales, devenues de droit belge, peuvent rapatrier leurs avoirs en métropole, la fuite des capitaux s’accélère, le futur Etat congolais perd sa majorité au sein de l’Union minière du haut Katanga. « Lorsque Lumumba devient Premier Ministre, les caisses sont vides » assure le politologue Jean Omasombo.
A la veille de l’indépendance et à la suite des élections remportées par le MNC de Lumumba, un « compromis à la belge » prévaut : Lumumba et Kasa-Vuvu, l’un destiné à être Premier Ministre, l’autre à occuper la fonction de Président, se partagent les rôles d’ « informateur », de » formateur ». Il n’y a pas encore de « démineur » à l’époque et Lumumba est finalement investi dans ses fonctions de Premier Ministre le 23 juin, in extremis.

Les discours du 30 juin

Ce jeudi là, tous les Congolais collent l’oreille à la radio. Le roi Baudouin, au Palais de la Nation, prononce les mots attendus depuis si longtemps : « mon pays et moi-même nous reconnaissons avec joie et émotion que le Congo accède ce 30 juin 60 à l’indépendance et à la souveraineté nationale. » Auparavant, le roi, évoquant l’œuvre civilisatrice des Belges, met en garde : « c’est à vous, messieurs, qu’il appartient maintenant de démontrer que nous avons eu raison de vous faire confiance. (…)Ne remplacez pas les organismes que vous remet la Belgique tant que vous n’êtes pas certain de pouvoir faire mieux. »
A la surprise générale, Patrice Lumumba, dont le discours n’était pas prévu, prend alors le micro et prononce, à l’intention du peuple congolais qui l’écoute d’un bout à l’autre du pays, ces phrases inoubliables « « nous avons connu les ironies, les insultes, les coups que nous devions subir matin midi et soir parce que nous étions des Nègres. Qui oubliera qu’à un Noir on disait « tu » non certes comme à un ami, mais parce que le « vous » honorable était réservé aux seuls Blancs ? Nous avons connu que nos terres furent spoliées au nom de textes prétendument légaux qui ne faisaient que reconnaître la loi du plus fort ».
Le roi Baudouin, qui à ce moment s’entretient avec ses conseillers et n’écoute que d’une oreille, pâlit sous ce qu’il considère comme une insulte. Il veut se lever, quitter le Congo, et accepte d’attendre quelques heures. Il ne relève pas que l’après midi même, Lumumba, à l’intention exclusive des Belges cette fois, prononce un discours dit de réparation. Un discours apaisant, de main tendue, que nul n’écoute et qui n’aura aucun écho.
Les Belges n’arrivent pas à croire que ce texte fondateur prononcé par Lumumba, qui solde les comptes de l’ère coloniale et permet de tourner la page, ait pu être écrit par un Congolais. Jean Van Lierde, le fondateur du CRISP, se souvient que le matin même il a apostrophé le Premier Ministre à propos du discours de Baudouin : » Patrice, tu ne vas quand même pas laisser passer cela… » Lumumba s’était alors isolé, et il avait rédigé, entièrement de sa main, le discours qu’il entendait prononcer. Alors que Kasa Vubu parlait, il raturait encore sa copie… »
Deux lectures de l’histoire se font face, le sort de Lumumba est scellé : déjà suspect, limité par le partage du pouvoir organisé afin de le contenir, il devient l’homme à écarter. Le soir du 30 juin, les Congolais dansent, les Belges ressassent leur indignation et le général Janssens, qui commande la Force Publique n’a toujours rien compris. D’une grande écriture rageuse, il griffonne sur un tableau noir, à l’intention des soldats congolais « avant l’indépendance =après l’indépendance ». Autrement dit, si les ministres ont reçu des voitures et de belles maisons, pour vous rien ne changera. Les soldats ne réalisent pas que Lumumba n’est ministre de la Défense que depuis quatre jours et n’a pas de moyens, ils mettent en cause leurs officiers blancs et les nouveaux leaders, se saisissent des armes et attaquent des officiers réunis au mess. Le 6 juillet les mutins se répandent dans la ville, s’en prennent aux Blancs et à leurs femmes, il y a dans l’air des odeurs de poudre et de chanvre. Radio Trottoir fait le reste, grossissant à l’infini les actes de violence, encore limités, tandis que les Européens, paniqués, se précipitent pour tenter de gagner Brazzaville, de l’autre côté du fleuve.
Patrice Lumumba tente de limiter les dégâts : il décide d’africaniser les cadres, d’augmenter les salaires, charge son ami Joseph Mobutu de calmer les mutins et de prendre la tête de l’état major, il congédie le général Janssens le 6 juillet et le 8 juillet l’Armée nationale congolaise remplace la Force publique. Janssens, le malhabile qui a provoqué le désastre fuit via Brazzaville et, arrivé à Bruxelles, il s’incline devant la statue de Léopold II en lançant « Sire, ils vous l’ont cochonné ». Cet avis est partagé par la plupart des Belges et, court-circuitant la reprise en mains opérée par Lumumba, l’armée métropolitaine, le 10 juillet, intervient en force à Elisabethville où le gouvernement provincial a sollicité une « action préventive ». Aujourd’hui si frileuse lorsqu’il s’agît d’envoyer des militaires au Congo, la Belgique d’alors ne lésine pas : sans que l’avis de Lumumba ait été sollicité, 10.000 hommes au total débarquent au Katanga puis à Luluabourg où des Blancs sont évacués et, le 11 juillet, les soldats belges arrivent à Matadi et se déploient dans une vingtaine de villes. Quatre navires et des avions de l’armée belge bombardent le camp de la Force Publique à Matadi faisant plusieurs dizaines de morts.
Cette intervention musclée est considérée par les autorités congolaises comme un acte de guerre, elle torpille leurs efforts de pacification et surtout elle relance l’escalade : d’un bout à l’autre du pays, la violence s’étend, les Belges sont menacés. Dès le 6 et le 7 juillet, la Sabena organise un pont aérien massif, à l’intention de la centaine de milliers d’Européens qui se trouvent encore au Congo et le 11 juillet, le Katanga proclame la sécession. Lumumba et Kasa-Vubu se voient interdire de débarquer à Elisabethville alors que, d’une ville à l’autre, ils tentent de rétablir le calme.
Soutenus par deux officiers belges, le commandant Weber arrivé à la tête des parachutistes et le général Cumont, Moïse Tshombe, le leader du Katanga et son ministre de l’Intérieur Godefroid Munongo croient que l’heure est enfin venue de réaliser un rêve d’indépendance longtemps caressé. Les tentations séparatistes ne sont pas nouvelles, elles ont depuis toujours été encouragées par les colons locaux et par l’Union minière qui s’empressera de payer ses impôts aux nouvelles autorités. Des officiers belges s’emploient immédiatement à former la « gendarmerie » de Tshombe.
A Léopoldville, la réaction ne tarde pas : le 14 juillet, exactement deux semaines après la proclamation de l’indépendance et les serments d’amitié, le Congo rompt ses relations diplomatiques avec la Belgique, demande l’aide militaire de l’Union soviétique et fait appel à l’ONU, afin qu’elle chasse les Belges. Les premiers Casques bleus débarquent deux jours plus tard et adoptent un comportement ambigu.
Auparavant, le gouvernement belge a décrété que les agents territoriaux opérant au Congo pourront être réintégrés au sein de l’administration métropolitaine, ce qui accentue la fuite des cadres et, parallèlement, l’effondrement de l’administration congolaise.
Alors que les autorités congolaises s’efforcent de reprendre le contrôle de la situation, la Belgique garde deux fers au feu : au Katanga, Tshombe présenté comme un ami par le roi Baudouin, est encadré par des conseillers et des militaires belges, mais à Léopolville le colonel Marlière, mentor de Mobutu, ne quitte pas d’une semelle le commandant en chef de l’armée congolaise. En outre, Bruxelles réussit à circonvenir l’ONU, dont le secrétaire général Dag Hammarskold refuse d’aider les autorités de Léopolville à reprendre le contrôle du Katanga. Patrice Lumumba crie à la trahison, appelle l’Union Soviétique à l’aide, ce qui renforce l’obsession d’un « débarquement des Russes » et déchaîne contre lui la presse belge. Sans trop s’encombrer de nuances, la presse belge présente le Premier Ministre comme un extrémiste, un dangereux communiste et réclame à son égard « un geste viril ».
Début août, le Sud-Kasaï fait sécession, sur un schéma identique à celui du Katanga : la société Forminière, qui exploite le diamant de Bakwanga, « encourage » fortement Albert Kalonji, déjà en rupture avec Lumumba et qui a refusé de participer au gouvernement. L’armée congolaise, dirigée par le colonel Mobutu, se lance dans une répression sauvage, qui fera des milliers de morts et aiguisera la haine à l’encontre du Premier Ministre qui avait fait confiance au commandant de l’armée.
Fin août, vilipendé par les Occidentaux, trahi par l’Onu, épuisé, sans ressources, ayant déjà échappé à plusieurs tentatives d’élimination dont un empoisonnement organisé par un médecin américain, Lumumba est de plus en plus seul, ses ennemis se sont coalisés pour organiser sa disparition. En septembre, le piège tendu par la Constitution proposée par les Belges lors de la Table ronde se referme : le président Kasa-Vubu révoque son Premier Ministre et ce dernier, appuyé sur sa majorité parlementaire, destitue le chef de l’Etat.
Appuyé par le colonel Marlière, encouragé par Larry Devlin, l’homme de la CIA, le colonel Mobutu décide que son heure est venue : le 14 septembre, il met les politiques en congé et, rappelant des universitaires encore étudiants en Belgique, qui formeront le « groupe de Binza » il crée le « Collège des commissaires » et ferme les ambassades d’ URSS et de la Tchécoslovaquie. Les institutions démocratiques ont duré deux mois et demi.
A cette époque, la Belgique n’est pas avare : vingt millions de francs belges ont été mis à la disposition du colonel Marlière par le major Loos conseiller du ministre des affaires africaines afin de payer les militaires et… de neutraliser définitivement Lumumba.

La traque de Lumumba

Le Premier Ministre, qui bénéficie de la légitimité du suffrage universel, est abandonné de tous : alors que ses partisans, sous la houlette d’Antoine Gizenga, s’organisent et fuient vers Stanleyville (Kisangani) il se réfugie dans sa résidence de Léopolville où il demande la protection des Nations unies. En réalité, Lumumba est cerné par un double cordon hostile : les Commissaires généraux ont décidé son arrestation et des militaires congolais entourent la maison. A quelques mètres, des Casques bleus, soi disant neutres, veulent à la fois prévenir l’élimination du Premier Ministre et empêcher ses partisans de se réorganiser.
Immobilisé, deux fois prisonnier, Lumumba n’a rien perdu de ses talents. Ayant réussi à convaincre à sa cause les militaires qui l’entourent, il décide de rejoindre ses partisans qui se sont regroupés à Stanleyville et dans la nuit du 27 au 28 novembre 1960, recroquevillé dans le coffre d’une voiture, il réussit à tromper la vigilance des Casques bleus et des troupes de Mobutu.
Au lieu de foncer en direction du Haut Congo, de déjouer au plus vite les soldats qui le traquent et les hélicoptères que la CIA met à la disposition de Mobutu pour repérer son convoi, Lumumba, qui est resté un homme politique, un tribun, traîne en chemin. Il harangue les paysans qui le reconnaissent et l’ovationnent, il rencontre un colon belge et prend le temps de lui expliquer son combat, et, alors qu’il a franchi la rivière Sankuru à Lodja, il n’hésite pas à retraverser le fleuve pour attendre son épouse Pauline qui a pris du retard. C’est l’erreur fatale : le 2 décembre, l’armée congolaise le rattrape, le ramène à Léopoldville d’où il est envoyé au camp militaire de Thysville (aujourd’hui Mbanza Ngungu), gardé par les militaires congolais. A Léopoldville, les commissaires généraux s’inquiètent de l’ascendant du détenu, qui pourrait bien inciter les soldats à se mutiner et convaincre l’ONU de le remettre en liberté, à Bruxelles le Ministre d’Aspremont Lynden souhaiterait une solution plus définitive. A toutes fins utiles, la Banque centrale pour le Congo belge et le Rwanda Urundi a versé un crédit spécial de 500 millions de FB à l’intention des Commissaires généraux qui ne resteront pas longtemps des étudiants désargentés.

Le dernier voyage

Depuis Bakwanga au Sud Kasaï, Albert Kalonji, malgré la haine qu’il éprouve envers son ancien allié, refuse qu’on lui envoie l’encombrant « paquet ». C’est le 17 janvier que Patrice Lumumba, ses deux ministres Mpolo et Okito entament leur dernier voyage, en direction du Katanga.
Les pilotes belges du DC4 ferment la porte de communication avec la carlingue et se bouchent les oreilles pour ne pas entendre les cris des suppliciés. Lumumba et ses compagnons sont mourants lorsqu’ils sont jetés de l’avion, emmenés et achevés dans un coin de brousse. Plus tard, un policier belge, Gerard Soete, avouera avoir dissout les corps dans l’acide et conservé deux dents en guise de souvenir. Le 10 février le ministre katangais de l’Intérieur Godefroid Munongo annonce officiellement la mort de Lumumba.
L’année 60 est bien terminée, le Congo, qui sera réunifié par la suite, est alors divisé entre trois centres d’autorité : Léopolville (Kinshasa) , Elizabethville (Lubumbashi) et Stanleyville (Kisangani).
La Belgique a perdu son pari congolais, le Congo, en 1965, sera repris en mains par Mobutu. La dictature durera trente deux ans.