4 juillet 2010
30 juin: quand la paix passe par la dissuasion
Catégorie actualité
Le 30 juin 2010 n’a pas démérité: il sera aussi mémorable que son illustre prédécesseur, le 30 juin 1960. Dès la soirée du 29, le Congo a démontré qu’il pèse désormais sur la scène africaine et mondiale. Avaient répondu présent les présidents ou vice présidents des pays de l’Afrique centrale (Gabon, Congo Brazzaville, Gabon, Centrafrique, Angola, Tchad) qui assistaient au dîner de gala, aux côtés de leurs collègues d’Afrique australe, le roi du Swaziland, qui eut préséance sur Albert II, les présidents de Zambie, de Tanzanie, du Malawi, de Namibie et surtout Robert Mugabe, le président du Zimbabwe, jugé infréquentable par les Occidentaux mais qui eut droit à une ovation appuyée, personne n’ayant oublié que son appui militaire fut déterminant.
Pour cette soirée de gala, tous les tenants du pouvoir actuel étaient au rendez vous, mais l’opposition avait boudé la fête. Les « pères fondateurs » qui ne sont plus qu’une poignée de survivants des années 60, invisibles lors du gala allaient être reçus et décorés par le président le lendemain.…
Dès l’aube du 30 juin, Kin la Belle a révélé ses charmes, nettoyée, éclairée par ses nouveaux luminaires, débarrassée de ses gravats et de ses palissades. Enfin dégagée, la vaste esplanade située devant le Palais du peuple révélait des proportions monumentales, adoucies par les fleurs, les fontaines et une tribune d’honneur décorée de couleurs vives. Avant le défilé, de nouveaux invités avaient pris place : le président rwandais Paul Kagame, objet de toutes les curiosités, et son homologue ougandais Museveni, que la malice du protocole avait placé à côté de Robert Mugabe, trois hommes dont les armées, voici moins de dix ans, se faisaient la guerre sur le sol congolais.
Alors que la foule se rassemblait et que les militaires donnaient à leurs guêtres un dernier coup de cirage, des prêtres et des dignitaires, représentant toutes les confessions religieuses du pays, reprenaient un thème commun « plus jamais la guerre ». Quant au président Kabila, qui la veille encore arborait un look «panafricaniste » avec ses cheveux en bataille et son bouc poivre et sel (comme s’il s’était juré de ne pas se raser avant la réussite de son pari du 30 juin…), il avait cette fois ci pris le temps de se raser de frais. Son apparition fut empreinte d’une réelle majesté lorsqu’après avoir passé ses troupes en revue, il prit la parole sur un ton posé et solennel. Cette fois, plus de rappel du passé colonial, de salutations au roi des Belges : place au Congo, à son histoire, à son avenir. Le président brassa tout cela, salua les héros de l’indépendance, Lumumba et Kasa Vubu, et aussi Mobutu, dont il reconnut la contribution à l’unité du pays et le combat pour l’authenticité et il rappela le combat de son propre père. Mais surtout, comme la veille déjà, il rendit hommage au peuple congolais, qui, de génération en génération, s’est battu pour sa liberté et pour préserver l’unité du pays. Quant au bilan, les acquis sont nombreux : la paix rétablie avec les voisins, la réconciliation nationale, le multipartisme et la liberté d’expression. Mais par contre, cuisants sont les échecs : la situation sociale et le développement sont à la traîne, les droits de l’homme subissent de graves violations, la justice demeure en chantier. Le président prit date pour le futur ; la décentralisation, l’organisation d’élections générales en 2010, l’autosuffisance alimentaire, la lutte contre les trafics de matières premières, toutes ces « anti- valeurs » qui ont miné les 50 premières années. « Soyons dignes de notre destin » lança-t-il à ses compatriotes, «soyons à la hauteur de la première des ambitions de notre pays, devenir un moteur du développement régional et un havre de paix en Afrique centrale. »
Ce destin pacifique passe manifestement par la dissuasion : durant plus de trois heures, ébahis, les invités eurent droit au plus spectaculaire défilé militaire qui se soit jamais tenu à Kinshasa.
En ordre impeccable, défilèrent les nouvelles unités de la police, les bataillons de la garde républicaine, les unités de la marine, de l’aviation. Le bataillon formé par les Belges fut particulièrement applaudi. Uniformes neufs, armes étincelantes, pas de l’oie martial, ces troupes nombreuses évoquaient une armée en train de renaître, de se restructurer, dotée d’un armement impressionnant, visiblement d’origine chinoise.
Nous apprendrons plus tard que ces militaires appelés à défiler avaient été formés durant trois mois dans le Bas Congo, apprenant à marcher au pas de l’oie, une technique que l’armée avait acquise naguère après un séjour du président Mobutu en Corée du Nord. Toutes les unités arboraient également de nouvelles tenues, approuvées par le chef de l’Etat lui-même, dont les directives avaient été claires: il faut que les nouveaux uniformes des FARDC ne puissent, en aucune manière, se confondre avec ceux des armées des pays voisins.
Durant plus de deux heures, pendant que des hélicoptères sillonnaient le ciel et qu’au loin tonnait le canon, défilèrent des pièces d’artillerie chinoise montées sur des camions allemands, des orgues de Staline, des batteries anti-aériennes. Septante blindés, dont les chenilles griffaient déjà l’asphalte flambant neuf suscitèrent des tonnerres d’applaudissements. L’on vit même la reine Paola photographier trois hôpitaux de campagne, où des chirurgiens à découvert, mimaient les opérations…
A l’issue de ce défilé militaire dont l’ampleur surprit tout le monde vint le temps des civils, l’on vit même s’avancer les militants de l’UDEMO (Union des mobutistes) précédés du sosie du maréchal président, dont la toque de léopard et la canne furent applaudis avec un once de nostalgie. Les militants du PPRD par contre se signalèrent par le désordre, mal vêtus, vociférant, courant en désordre devant la tribune officielle tandis que le principal parti d’opposition, le MLC, demeurait fidèle à sa consigne de boycott en mémoire de Floribert Chebeya..
Au loin, les entreprises chinoises, CREC et Synohydro avaient aligné des dizaines de véhicules de travaux publics et les travailleurs chinois juchés sur leurs camions orange furent parmi les plus applaudis.
Faute de temps, le défilé civil dut être raccourci et l’on vit alors que les mauvaises habitudes mettront du temps à disparaître : les militants rassemblés sur l’esplanade ayant été autorisés à emmener leur chaise de plastique bleu, à titre de récompense, la dissolution des troupes se solda par une bagarre générale et même la tribune officielle fut prise d’assaut, chacun souhaitant emporter un morceau de pagne, à titre de souvenir……