4 juillet 2010

L’arrivée d’Albert II suscite surtout la curiosité

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« Il est là. C’est bien lui. Vraiment… »Cette fois, la rumeur s’est faite réalité, le rêve s’est concrétisé : le roi Albert II a posé le pied sur le sol congolais, a été chaleureusement accueilli par le chef de l’Etat et passera quatre jours en terre africaine. Ils sont des millions de Kinois qui voulaient le voir pour le croire et comme la télévision ne leur suffisait pas, ils se sont déplacés en personne pour saluer le plus important de leurs visiteurs. Tout au long de la route menant vers l’aéroport, les barrières ont à peine suffi à canaliser les grappes humaines qui s’accrochaient aux talus, s’entassaient sur les terre pleins, s’agrippaient à tout ce qui dépassait pour, ne serait ce qu’un bref instant, voir. Voir et croire. Voir Albert II, croire que le Congo, en pleine reconstruction, va célébrer le 50eme anniversaire de son indépendance dans l’espoir et la dignité. Jusqu’en dernière minute, les obstacles, les questions, et aussi les risques de dérapage n’avaient pas manqué. Ne revenons pas sur les polémiques surgies en Belgique, sur fond communautaire, auxquelles les Congolais ne comprennent goutte, même si leurs cousins de la diaspora y participent activement. Ici même, les célébrations, qui seront forcément coûteuses, avaient provoqué des doutes et des critiques : les fonctionnaires ne sont pas payés, le « social » manque toujours à l’appel, le pays n’est pas encore totalement pacifié. L’assassinat de Floribert Chebeya avait suscité l’indignation unanime et été amplement récupéré par l’opposition, par tous ceux qui, jusqu’au bout, avaient espéré pouvoir faire dévier le royal voyage, ternir la fête sinon provoquer son annulation.
Cependant, les Congolais ont le sens du timing : durant tout le week end, il y a eu le temps du deuil, des obsèques dignes et pacifiques et après demain sans doute viendra le temps de l’enquête et des sanctions, que tous espèrent radicales. Mais aujourd’hui, le temps est à la fête.
Depuis longtemps Kinshasa s’y est préparée, les rues ont été nettoyées, les drapeaux plantés, et surtout les grands travaux, terminés in extremis sur les principaux axes, ont été le spectaculaire symbole de la reconstruction. Dès dimanche, comme une mariée qui révèle sa robe scintillante à quelques heures de ses noces, Kinshasa a abattu ses atouts, révélé ses atours : devant la gare, le rond point de l’indépendance a été inauguré et, au dessus de sa fontaine généreuse, un dirigeable à l’effigie du président a été hissé, le Boulevard Triomphal est fin prêt pour accueillir le défilé, les dernières lignes blanches ont été tracées. La ville sent la peinture fraîche, la propreté, elle est imprégnée d’une sorte d’allégresse subtile. Et dimanche soir, tous les luminaires du 30 juin se sont allumés d’un coup, baignant soudain le boulevard d’une lumière irréelle.
« Tout ça » disent les Kinois, « c’est pour que le roi des Belges le voie, pour qu’il soit fier de nous… » Bien sûr, d’autres visiteurs illustres sont attendus, Ban Ki Moon, le secrétaire général de l’ONU, les voisins hier ennemis Kagame (Rwanda et Museveni), les chefs d’Etat de la région et les partenaires de la SADCC (conférence des Etats d’Afrique australe), ils seront fêtés, applaudis, et logeront, comme Albert II dans les villas de la cité de l’OUA, sur les hauteurs de la ville.
En cette veille d’indépendance, les Kinois ont déjà pris congé, ou se sont donné du temps libre pour ne rien manquer de l’événement. « Tous ceux qui ont moins de 50 ans n’ont jamais vu le roi des Belges » dit Chira, « pour rien au monde ils ne pourraient manquer cela. » Les évèques catholiques ont résumé le sentiment général en exhortant leurs ouailles à s’engager résolument pour que se concrétise enfin un serment de l’hymne national, jamais réalisé « nous bâtirons ensemble un Congo plus beau qu’avant ».
En réalité, c’est là le vrai sens de ce 30 juin exceptionnel : les Congolais ont rendez vous avec le roi Albert II, qui ne sortira peut –être pas du rang et décevra les amateurs d’actions d’éclat, ils ont rendez vous avec de nombreux chefs d’Etat africains, dont la présence témoignera de l’importance que retrouve leur pays, ce géant africain, sur le plan du continent et du monde. Mais surtout, avant tout, ils ont rendez vous avec eux-mêmes. Les cinquante premières années ont été marquées par le sang, les larmes, le gâchis et les principaux acteurs de ce désastre en ont longtemps ressenti un sentiment de culpabilité. Aujourd’hui, au sortir des ténèbres de la dictature et de la guerre, le Congo, quoique mal guéri, se retrouve uni, bien déterminé à se reconstruire. Certes, le président Kabila retirera de ces célébrations un bénéfice politique évident. Mais là n’est pas le plus important : en ce 30 juin qui s’annonce déjà historique, c’est avec eux-mêmes que les Congolais ont rendez vous, et il est bon que le roi des Belges, au nom de tous ses compatriotes, soit à leurs côtés.