31 août 2010

Kigali réfute vivement le rapport de l’ONU sur les massacres au Congo

Catégorie actualité

Mis en cause par un rapport de l’ONU relevant les crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis au Congo entre 1993 et 2003, le Rwanda passe à l’offensive et menace de retirer ses militaires engagés sous le drapeau des Nations unies, soit 3500 hommes présents au Darfour et 256 au Soudan. « Si ce rapport outrancier et préjudiciable est publié, nous mettrons en œuvre un plan urgent de retrait de nos forces, déjà finalisé » a déclaré le porte parole de l’armée Jill Rutaremera.
Cette détermination est confirmée par le Ministre des Affaires étrangères Louise Mushikwabo qui nous a expliqué, par téléphone, les raisons de l’indignation des autorités. «Comment peut-on à la fois proférer des accusations aussi graves contre nos forces armées, affirmer qu’elles ont massacré des femmes et des enfants au Congo et leur confier un rôle de maintien de la paix au Soudan ? L’Onu, la communauté internationale doivent choisir..Nous ne pouvons permettre que l’on falsifie ainsi l’histoire, comme s’il y avait un agenda caché. » lire la suite

30 août 2010

Comment Nkurunziza a remporté les élections au Burundi

Catégorie actualité

Bujumbura, reportage
Kinama, l’un des quartiers périphériques de Bujumbura. Depuis 10 heures 30 ce samedi, la circulation a repris, les magasins ont levé leurs volets. Abdoul et Philippe font une pause. L’un est chauffeur et vient du quartier Musaga, l’autre travaille à la boulangerie. Depuis l’aube, comme tous les samedis matin, ils ont participé à l’ « umuganda », le travail communautaire requis par les autorités. Durant quatre heures, avec tous les hommes du quartier, ils ont curé le caniveau, déblayé et brûlé les immondices. Ils se moquent des paresseux qui, en ville, se sont contentés de dormir plus longtemps. Eux, ils assurent avoir répondu à l’appel du président, qui a demandé à la population de se prendre en charge et ils veulent suivre son exemple. Lorsqu’on l’interroge sur Pierre Nkurunziza, que beaucoup appellent « Pieter », et qui vient de prêter serment pour un deuxième mandat, après avoir été réélu avec 91,6% des voix, Abdoul est intarissable : « cet homme là travaille pour nous, mais surtout avec nous. Je l’ai vu participer à la construction d’une école, il portait lui-même les briques et les pierres ; j’ai admiré ses muscles… » Des jeunes se pressent, et racontent : « nous avons joué au football contre son équipe, « Alleluia FC » et après nous avons discuté avec lui… » lire la suite

27 août 2010

La vérité due aux morts et les intérêts des vivants

Catégorie Non classé

Il n’y a pas de bonnes et de mauvaises victimes. Si l’on veut que la région des Grands Lacs connaisse un jour une paix durable, il faudrait que la lumière soit faite sur tous les crimes qui y ont été perpétrés, par les uns et par les autres, que tous les morts, quel que soit leur groupe ethnique ou leur nationalité, puissent être pleurés sans contrainte et reposer en paix. Mais il n’y a pas non plus de bonne et de mauvaise vérité et si l’ONU entend prendre la tête de l’exercice, elle doit aussi rappeler ses propres responsabilités : l’abandon du Rwanda, la protection humanitaire accordée à des génocidaires en armes confondus avec les réfugiés, l’incapacité de régler le problème sécuritaire que leur présence représentait tant pour le Rwanda que pour les populations congolaises. Et, de nos jours encore, il faut déplorer l’incurie des Casques bleus qui, à Luvungi, n’ont pas réussi, et peut-être pas tenté, de protéger 200 femmes congolaises violées systématiquement par des rebelles dont la présence, il importe de s’en souvenir, découle directement des évènements de 1994 et de la guerre de 1996-1998…
Cela étant, à condition qu’elle aborde les causes autant que les conséquences, l’investigation menée au Congo est légitime, car elle rend justice à ces millions de Congolais qui ont été, à des titres divers, victimes d’une guerre qui n’était pas la leur. Mais elle est aussi explosive, car la publication du rapport risque de bousculer plusieurs gouvernements de la région : des éléments des forces armées rwandaises sont directement visés, mais des Burundais, des Ougandais, ainsi que des officiers congolais, hier membres des groupes rebelles, pourraient également être mis en cause. Pour être complet, le rapport devrait aussi mentionner les appuis internationaux dont bénéficièrent à l’époque les forces de l’AFDL ainsi que leurs adversaires. En effet, au moment des massacres de Tingi Tingi, des mercenaires serbes se trouvaient à Kisangani, recrutés par les Français et ils s’apprêtaient à faire leur jonction avec les combattants hutus qui se servaient des réfugiés civils comme de boucliers humains. En outre, les attaques sur les camps et la traque des réfugiés à travers le Congoi furent rendues possibles par des photos aériennes fournies par les Américains, tandis que les Canadiens faisaient tout pour décourager, au début de la guerre, une intervention plus vaste de l’ONU.
Autrement dit, il serait totalement injuste de charger uniquement les gouvernements africains de la région, comme si les Nations Unies et surtout les grandes puissances membres du Conseil de sécurité n’avaient pas été activement impliquées dans ces évènements dont les peuples de la région des Grands Lacs allaient payer le prix durant des décennies.
Après quinze années de silence obligé et de triomphe de la raison d’Etat, ce rapport, dont la fuite, inévitable mais peut-être pas fortuite, apparaît comme un pavé dans la mare, alors que les gouvernements de la région commençaient enfin à se parler, à collaborer, à s’engager dans la reconstruction. Les intérêts des vivants, qui aspirent à la paix, au développement, pourraient entrer en collision avec la vérité due aux morts…

27 août 2010

Un rapport sur les massacres de Hutus met en cause les gouvernements de toute la région

Catégorie Non classé

La bombe, longtemps maintenue sous le boisseau, a finalement explosé et ses ondes de choc ébranlent toute la région des Grands Lacs : elle fait 545 pages et elle relate les conclusions d’une enquête extensive menée par les Nations unies à propos des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité commis au Congo entre 1993 et 2003, et plus précisément durant la première guerre du Congo, de 1996 à 1998. Initialement, les enquêteurs onusiens avaient été chargés de dresser la carte des massacres commis dans la région durant ces années de feu, de recenser les charniers enfouis dans tout le territoire de la République, du Kivu jusque Mbandaka dans l’Equateur, de collationner les témoignages afin d’identifier aussi bien les victimes que les auteurs.
Au lieu d’une simple « carte », le document préliminaire soumis au Comité des droits de l’homme de l’ONU se révèle être une nomenclature des innombrables crimes commis dans la région, dont certains, assurent les auteurs avec toutes les précautions oratoires d’usage « pourraient être qualifiés de crimes de génocide par un tribunal », car les attaques visaient à détruire, fût ce en partie, un groupe humain en tant que tel, en l’occurrence les Hutus du Rwanda et aussi les Hutus congolais.
L’existence de ce document était connue depuis plusieurs semaines et des pressions étaient exercées sur le secrétaire général de l’ONU pour que le rapport soit gardé sous le boisseau ou édulcoré, car il revêt un caractère explosif non seulement pour le Rwanda mais pour les autres gouvernements de la région, éclaboussés à des titres divers. C’est sans doute afin d’empêcher ce « rapport préliminaire » donc incomplet, (ou trop complet ?), de subir le sort du rapport Garreton, produit à la fin des années 90 par un autre enquêteur de l’ONU et dûment étouffé, qu’une fuite a été organisée dans les colonnes du journal Le Monde. lire la suite

26 août 2010

Burundi.Le deuxième mandat de Nkurunziza marque la fin de la transition

Catégorie actualité

Bujumbura, envoyée spéciale,
Venus de tout le pays, les danseurs Intore ont balancé leurs lourdes coiffes de paille et leurs tambours ont rythmé la fête qui a suivi l’investiture du président burundais Pierre Nkurunziza, qui inaugure son deuxième mandat.
Gaspard, qui nous conduit au Palais de Kigobe où le chef de l’Etat prête serment et se faufile au milieu du cortège officiel, résume un sentiment assez largement partagé : «nous n’avons même pas eu un jour de congé, la population ne se sent pas vraiment concernée par l’évènement, mais au moins, en ce moment, nous avons la paix. » Et, avec fierté, il montre les rues pavées qui remplacent les pistes boueuses d’autrefois, les immeubles neufs, les quartiers d’habitation : «après toutes ces années de guerre et transition difficile, Bujumbura enfin se reconstruit, les affaires repartent… »
Alors que Pierre Nkurunziza, présenté par le parti CNDD-FDD (Conseil national pour la défense de la démocratie), un ancien mouvement rebelle hutu, a déjà terminé un premier mandat de cinq ans, sa victoire actuelle, marquée par un score soviétique de 96% des suffrages, a été célébrée avec une solennité surprenante. lire la suite

24 août 2010

Terreur au Kivu: plus de 200 femmes systématiquement violées

Catégorie actualité

Malgré les opérations militaires en cours depuis un an et demi, l’horreur ne faiblit pas dans l’Est du Congo<: plus de 200 femmes et plusieurs jeunes garçons ont été violés au Sud Kivu, dans une région difficile d’accès qui se situe entre la ville minière de Walikale et le territoire de Masisi.
Un travailleur humanitaire, rentrant d’une tournée en brousse, nous détaille par téléphone, avec accablement, la désolation dont il a été témoin j’ai vu plus de 30 villages vidés de leurs habitants, le cholera est revenu à Shabunda et dans les villages de Inyanturi, Kembe, Singe, Rubonga, Kasani et d’autres encore, les femmes sont terrorisées car elles ont été victimes de viols. C’est surtout à Luvungi, un centre agricole de 2200 habitants à 30 km de la ville minière de Walikale que la terreur a été la plus atroce, la plus systématique. lire la suite

23 août 2010

A un an des élections, pas de stratégie d’alliances

Catégorie actualité, commentaire

Les lampions du 30 juin sont éteints, une nouvelle ligne droite est tracée : depuis que l’abbé Malu Malu a annoncé que les élections législatives et présidentielles auraient lieu en novembre 2011 et coûteraient la bagatelle de 712 millions de dollars, la République démocratique du Congo vit à nouveau à l’heure de la politique. Désormais, toutes les formations se mettent en ordre de marche et élaborent des stratégies. lire la suite

15 août 2010

Brazzaville: les 50 ans du faux jumeau

Catégorie actualité, commentaire

Ce n’est pas seulement le fleuve Congo, quelquefois qualifié d’ «autoroute liquide », qui sépare les faux jumeaux que sont les deux Congo : le Congo Brazzaville, qui a célébré le 50eme anniversaire de son indépendance le 15 août, a connu une histoire bien différente de celle de son grand voisin. Alors qu’à Kinshasa, la relecture de l’histoire, la restauration des statues emblématiques, qu’il s’agisse de Stanley ou de Léopold II, sont des exercices récents, au Congo Brazzaville, le passé est régulièrement évoqué. C’est ainsi que, voici quelques mois, le souvenir de Savorgnan de Brazza, grand rival de Stanley, a été commémoré en grande pompe et avec émotion. Chacun s’est souvenu que l’explorateur italien, au lieu de recourir à la contrainte, avait préféré conclure avec les chefs locaux des traités d’amitié. Nul n’a oublié le fait que, durant la deuxième guerre mondiale, Brazzaville fut la capitale de la France Libre, d’où le général de Gaulle prononça le discours qui rangea l’Afrique française dans le camp des Alliés.
Le 15 août 1960, le Congo Brazzaville, à l’instar de toutes les colonies françaises, à part la Guinée de Sékou Touré, accepte l’indépendance que la France lui octroie et dont le principe, dès 1958, avait été défini par le général de Gaulle sur la base d’une collaboration étroite, politique, économique, militaire, avec l’ancienne métropole. lire la suite

15 août 2010

Kagame, le vrai patron du Rwanda

Catégorie actualité, commentaire

Depuis la mort de Fred Rwigema, tué au combat dans les premiers jours de la guerre d’octobre 1990, Paul Kagame est le véritable patron du Front patriotique rwandais. Réélu avec 93% des voix, il vient de démontrer que son emprise sur le Rwanda demeure totale.
Descendante de la famille royale, sa mère, en 1959, fuit la « révolution hutue » appuyée par les Belges, et l’enfant de quatre ans qu’elle porte au dos aura, comme dernière vision du pays des mille collines, celle de huttes en feu et de Tutsis massacrés. Depuis les camps de réfugiés rwandais établis sur la frontière ougandaise, le jeune Kagame aura une seule obsession, rentrer un jour au pays, rétablir son peuple dans ses droits, lui assurer la sécurité. La voie sera longue et sanglante : avec une poignée de jeunes compatriotes réfugiés comme eux, Rwigema et Kagame s’engagent dans la guerilla que mène Yoweri Museveni contre le pouvoir d’Obote, puis, lorsque ce dernier devient président de l’Ouganda en 1986, ils prennent le contrôle de la nouvelle armée ougandaise et des services de sécurité. lire la suite

7 août 2010

Rwanda: rien ne serait-il jamais acquis?

Catégorie actualité

Qui pouvait croire que l’élection présidentielle du 9 août au Rwanda réserverait des surprises ? Ni l’Union européenne qui, pour des raisons budgétaires, renonça à envoyer des observateurs au pays des mille collines, ni les autorités de Kigali, assurées de voir le président Kagame être reconduit pour un nouveau mandat, sur base d’un bilan impressionnant.
En effet, au début de cette année encore, les succès se multipliaient : après quinze années de « guerre froide », le Rwanda avait réussi à normaliser ses relations avec la France sans rien concéder et Kigali accueillait un Nicolas Sarkozy à la limite de la repentance. Sur le plan régional, la réconciliation avec Kinshasa, scellée par la présence de Kagame aux cérémonies du 30 juin dernier, est apparue comme un véritable miracle, un gage de solution à long terme aux conflits qui ont ensanglanté les Grands Lacs depuis le début des années 90. Et, malgré les manœuvres dilatoires ou les doubles jeux, la pacification de l’Est du Congo et la fin du problème posé par les rebelles hutus apparaissent désormais comme des objectifs réalisables à moyen terme. En outre le Rwanda est devenu un membre important de l’Union africaine, qui a envoyé au Darfour une force de paix très appréciée. lire la suite