1 octobre 2010

L’ONU publie son rapport sur les crimes commis au Congo

Catégorie actualité, commentaire

Malgré la levée de bouclier des pays mis en cause, qui ont menacé de retirer leurs contingents militaires mis à la disposition des Nations unies en Somalie et au Soudan, le Haut-commissariat pour les droits de l’homme (HCDH) de l’ONU a tenu bon: son rapport publié vendredi sur les massacres commis au Congo de 1993 à 2003 – des dizaines de milliers de morts –, reprend, de manière pratiquement inchangée, le véritable catalogue de l’horreur dont une première version avait déjà été révélée fin août dernier.
Dressant l’inventaire des atrocités commises dans l’ex-Zaïre, devenu République démocratique du Congo, le rapport définitif atténue cependant, dans un bel exercice de litote onusienne, l’accusation d’actes de génocide commis par la coalition menée par les forces rwandaises, accusation qui avait provoqué la fureur de Kigali. Le rapport final écrit en effet que «les attaques apparemment systématiques et généralisées ayantciblé de nombreux réfugiés hutus rwandais ainsi que des membres de la population civile hutue et causé leur mort, révèlent plusieurs éléments accablants qui, s’ils sont prouvés devant un tribunal compétent, pourraient être qualifiés de crime de génocide.»
Ce terme, fût-il employé au conditionnel à propos du massacre des réfugiés hutus, a provoqué un mois de négociations au plus haut niveau. Le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon s’est rendu au Rwanda pour dissuader Kigali de retirer ses 3.300 Casques bleus au Darfour, tandis que le président Kagame tentait de susciter une réaction commune des six pays (Rwanda, Ouganda, Burundi, Zimbabwe, Angola et Tchad) mis en cause par le rapport.
Dans des commentaires séparés, l’Ouganda a fait savoir qu’il rejetait ce texte en bloc. Le porte-parole du gouvernement burundais, récusant le document, a estimé «qu’il était destiné à déstabiliser toute la sous-région» et a rejeté toute implication de l’armée burundaise.
A Kinshasa, où un processus de normalisation des relations avec les voisins est en cours, c’est la prudence qui a prévalu: aucun commentaire officiel n’a été livré avant la publication du texte définitif. L’ambassadeur congolais à l’ONU, M. Atoki, a cependant exprimé un sentiment largement partagé: «Ce rapport fend le cœur. Le gouvernement congolais et moi-même, à titre personnel, sommes consternés devant cette horreur indicible et l’étendue des crimes que le peuple congolais a endurée>».
L’ambassadeur a aussi indiqué que son pays étudierait l’option suggérée par le rapport, qui préconise la création «<de chambres mixtes avec la présence de juges nationaux et internationaux».
Tel est précisément le but du rapport, selon la Haut-Commissaire aux droits de l’homme Navy Pillay le document, «qui parle de lui-même représente, souligne-t-elle, un «exercice préliminaire et non une enquête judiciaire».Même si c’est à un tribunal compétent qu’il appartiendra de retenir ou non le terme «génocide», le rapport du HCDH représente déjà un acte d’accusation accablant à l’encontre de tous les protagonistes des crimes commis depuis 1993 sur des civils. Il rappelle les guerres atroces qui, jusqu’en 2003, n’avaient suscité que l’indifférence de la communauté internationale, leur ampleur étant sous-estimée. C’est pourquoi les enquêteurs se sont penchés sur tous les témoignages courageusement recueillis par la société civile congolaise. Ils ont rencontré 1.280 témoins en vue de corroborer ou d’infirmer les accusations initiales et analysé 1.500 rapports.
S’attachant à démontrer la gravité et l’ampleur des actes commis, les enquêteurs ont maintenu confidentielles les informations concernant l’identité des criminels présumés, mais leur base de données pourrait être mise à la disposition d’éventuels tribunaux.
A ce sujet, le rapport souligne à quel point l’appareil judiciaire congolais demeure faible. Le document consacre une large place à des crimes qui se poursuivent de nos jours encore : le recrutement d’enfants par les groupes armés, l’exploitation sauvage des ressources et surtout les violences sexuelles, pratiquées par tous les groupes en présence. Cependan, s’il a suscité un tel tollé c’est parce que le document revient sur des épisodes que la région s’efforce d’oublier les tueries qui ont jalonné la première guerre du Congo, où les réfugiés hutus rwandais ont été traqués jusque dans la province de l’Equateur, et la violence qui s’est abattue sur les populations congolaises[