29 novembre 2010

Des alliances contre nature se nouent au Kivu

Catégorie actualité

Goma,

Autour de Goma, les immenses camps, où voici un an s’entassaient plus d’un million de déplacés ont cédé la place aux pâturages. Sur la route menant vers le « Grand Nord », Rutshuru et au-delà, les barrières militaires et autres péages ont disparu ; le maire de la ville, Roger Rachidi, s’efforce d’abattre les plus illégales des maisons ; les conflits fonciers ont remplacé les affrontements militaires et l’Union européenne se prépare à investir 40 millions de dollars dans la réfection du réseau routier de Goma et Bukavu. L’heure est à la paix, à la reconstruction, et cependant, il n’est question que de bruits de bottes, de nouveaux recrutements militaires, d’alliances contre nature. Une fois de plus, les cartes vont-elles être rebattues, les armes parler à nouveau ? lire la suite

25 novembre 2010

Fortunes et infortunes de JP Bemba: un témoignage personnel

Catégorie actualité, commentaire

Alors que les témoins se préparent à défiler au procès Bemba où ils décriront les atrocités commises par les troupes du MLC, qu’on nous permette d’évoquer quelques souvenirs personnels, datant des années 2002- 2003.
Jusqu’en 1998, Jean-Pierre Bemba était surtout un homme d’affaires issu du sérail mobutiste (son père, Bemba Saolona était le « patron des patrons » et il était considéré comme l’un des gestionnaires de la fortune de Mobutu) et lui-même avait été très proche du « Guide ». Ce passé de jeune homme privilégié, qui avait fait en Belgique de bonnes études d’économie, ne pouvait que nourrir l’hostilité quasi congénitale de JP emba à l’égard de Laurent Désiré Kabila, l’ancien maquisard venu de l’Est, l’irréductible adversaire de Mobutu. lire la suite

24 novembre 2010

Goma pleure son Belge préféré

Catégorie Non classé

Ancien du HCR, Jean Marie Delors dirigeait à Goma l’antenne provinciale d’Echo, la cellulle humanitaire de l’Union européenne et à ce titre il était connu de toutes les ONG de la place.
Son ouverture d’esprit, son sens du contact, son habileté à mettre les gens en rapport les une avec le sautres et à opérer des synergies avaient rapidement fait sa réputation dans cette ville devenue en queques années une sorte de capitale mondiale de l’humanitaire, tant elle fut frappée par des malheurs divers et tant les besoins y demeurent importants. En plus de ses activités professionnelles Jean Marie Delors était aussi l’âme du bistrot le plus sympathique de la ville où les personnalités belges de passage ne manquaient jamais de s’arrêter le temps d’une frite, d’une bière et d’un salut au héros des lieux, une statuette grandeur nature de Manneken Pis: en quelques années “le Petit Bruxelles” était devenu un lieu incontournable, géré de maîtresse façon par Chouchou l’épouse de Jean-Marie. Si la cuisine et l’accueil c’était elle l’animation c’était lui: ce grand diable jovial, dont la chevelure blanche se repérait de loin, avait l’art de pratiquer ce que les Britanniques appellent le networking, mettre les gens en contact les uns avec les autres faire en sorte qu’ils se sentent à l’aise..
Cette semaine encore Jean Marie officiait pareil à lui-même, au milieu de ses amis anciens et nouveaux. Le Petit Bruxelles était devenu son salon, d’où l’on repartait souvent avec un supplément d’âme, quelques infos, de nouveaux contacts et de la chaleur au coeur.
C’est le coeur, précisément, qui a lâché Jean Marie, en quelques minutes, sans que rien ne puisse être fait. Goma n’en revient pas, le Manneken pis, désormais orphelin, pleure tout seul au milieu du bistro désert. Dans la parcelle de Jean Marie toute la ville défile et rend hommage à l’homme qui avait su se faire aimer de tous…

4 novembre 2010

L’invention de l’Afrique des Grands Lacs

Catégorie commentaire

On le sait : pour qui veut comprendre l’Afrique des Grands Lacs, les ouvrages de l’historien Jean-Pierre Chrétien sont essentiels. Nul autre que lui n’a mieux analysé, sur base de documents, de recherches de terrain, les rapports de pouvoir dans cette région déchirée, nul autre n’a autant déconstruit les analyses sommaires qui osaient évoquer la « sauvagerie » naturelle, ou le caractère inévitable, sinon génétique, de la violence.
Une fois de plus, l’ancien directeur de recherches du CNRS est remonté aux sources : dans un essai d’une rare érudition, et qui pourtant se lit sans difficulté aucune, il analyse le regard que les Européens, tard venus dans la région, portent sur ces sociétés complexes, où les pouvoirs en place, multiséculaires, les accueillent avec réticence et tentent de résister à la domination.
Dans le cas du Rwanda et du Burundi, les caractéristiques de la présence belge, qui prend le relais des Allemands après la deuxième guerre mondiale, est analysée avec acuité : dans ce système d’administration indirecte, qui reposait sur les élites locales, primauté est donnée aux valeurs dites traditionnelles, et surtout au sens de l’ethnisme, ce qui mènera à la définition « raciale » des relations sociales qui existent entre agriculteurs et éleveurs.
L’auteur montre comment, peu à peu, les Africains adhèrent à ce regard que l’autre, l’Européen, porte sur eux, comment ils se l’approprient, jusqu’à entretenir une version tronquée de leur propre histoire.
On sait aujourd’hui à quel point la « lecture » de cette Afrique des Grands Lacs, imposée par la colonisation, s’est avérée meurtrière, à quel point l’histoire, tronquée et abâtardie, est devenue un instrument de haine et de mort. Au vu des deux dernières décennies, et même des rapports politiques qui se sont instaurés depuis les indépendances, il est indispensable de revenir en arrière, de déconstruire le mensonge ethnographique des intellectuels étrangers afin de remettre à plat la réalité des hommes.
Car si, ainsi que le dit l’auteur, l’Afrique dite des Grands Lacs a été « inventée » par le regard colonial, il est temps aujourd’hui, un demi siècle après l’indépendance, qu’elle formule « sa » vérité, qu’elle écrive enfin son histoire et son avenir. Les peuples de cette région, dynamiques, entreprenants, en ont le désir. Jean-Pierre Chrétien leur en donne les outils.

Jean-Pierre Chrétien, l’invention de l’Afrique des Grands Lacs, une histoire du XXe siècle, éditions Karthala

4 novembre 2010

Le témoignage d’un ex-espion rwandais illustre la guerre de l’ombre

Catégorie commentaire, médias

L’ombre de l’ombre…Richard Mugenzi, avant, pendant et après le génocide, n’a jamais tenté de se faire connaître. Caché il était, caché il voulait rester et c’est à cause d’une indiscrétion du juge Bruguière, qui a mentionné son nom après avoir rencontré ce témoin à Arusha, que, derrière le masque, l’identité de l’homme a soudain été révélée. Jean-François Dupaquier, qui le connaissait de réputation, s’est alors mis en contact avec ce témoin jusque là mystérieux et, au cours d’entretiens longs et minutieux, a balayé une face cachée du génocide rwandais, où le crime minutieusement préparé s’accompagna d’une soigneuse mise en condition psychologique, d’une longue phase d’intoxication de l’opinion parmi les civils mais aussi parmi les militaires. lire la suite

4 novembre 2010

Les droits de l’homme dans des sociétés diverses: une conférence qui secoue les absolus de l’Occident

Catégorie actualité, rencontre

Une conférence de ce type ne pouvait avoir lieu qu’au Canada, à Montréal, dans cette ville de plus en plus métisse, creuset des cultures et laboratoire de la tolérance : à l’initiative de Peggy et Gordon Echenberg et sous les auspices du centre pour les droits de l’homme et le pluralisme légal de l’université Mc Gill, une conférence de trois jours, en octobre, a rassemblé des chercheurs, des témoins mais surtout des jeunes venus du monde entier. Une tâche audacieuse les a rassemblés : réfléchir ensemble à la définition des droits de l’homme, voir comment concilier la vocation à l’universalité avec le droit à la différence si fortement réclamé par tant de groupes humains…Comment vivre la philosophie des Lumières au temps du communautarisme, où l’identité demeure pour beaucoup le dernier repère ?
Durant ces trois jours, les intervenants ont évité les réflexions purement théoriques, ils ont plutôt abordé la question sous différents angles, dans des communications très variées, portant sur des expériences et des exigences différentes. lire la suite