29 décembre 2010

Rwanda: la charge violente d’un ancien ami

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Ancien Procureur général du Rwanda, membre du noyau fondateur du Front patriotique rwandais, Gérard Gahima, en rupture avec Kigali, est aujourd’hui un homme très occupé : en compagnie d’autres exilés dont son frère Théogène Rudasingwa, le général Patrick Karegeya ainsi que le général Kayumba Nyamwasa, ancien ambassadeur en Inde, il a fondé le « Congrès national du Rwanda », une plate forme politique qui se veut une alternative au FPR, sinon un retour aux sources d’inspiration du mouvement.
Occupé, Gahima l’est aussi parce que les réunions se multiplient : »voici quelques jours je me trouvais en Espagne, où avait été organisé un dialogue avec d’autres opposants, Paul Rusesabagina (ancien gérant de l’hôtel des Mille collines, Jean Marie Ndsagajimana, Joseph Matata et d’autres anciens sympathisants du régime Habyarimana. A Bruxelles en ce moment, les contacts se poursuivent. »
Pour Gahima, « deux raisons expliquent pourquoi ce dialogue interrwandais qui rassemble Hutus et Tutsis, représentants de l’ancien régime et déçus du FPR, doit se poursuivre en exil : au Rwanda même ce type d’exercice n’est pas possible. En outre, la diaspora rwandaise est nombreuse, dépassant, en Europe seulement, les 40.000 personnes. Presque tous les cadres de l’ancien régime demeurent en exil où ils représentent une opposition forte et organisée… »
Lors de son dernier séjour en Belgique, le président Kagame a lui aussi essayé de séduire cette opposition en exil, multipliant les rencontres avec la diaspora ; une vingtaine de Rwandais de l’étranger ont même été invités à revenir au pays dans le cadre de l’opération « come and see », « voyez et venez ». Mais selon Gahima, cette démarche n’a pas suffi : « tout le monde sait qu’au Rwanda l’Etat contrôle tout, qu’il est entre les mains d’un seul homme, qui ne supporte pas la contradiction et dont la base réelle se réduit désormais à un tout petit groupe de gardes du corps et quelques civils… »La concentration du pouvoir, les frustrations qui se multiplient à cause d’une politique autoritaire et répressive, tout cela inquiète l’ancien procureur général : «puisque les gens ne peuvent s’exprimer librement, il y a trop de tensions dans ce pays…Le drame, c’est que les mécontents assimilent tous les Tutsis aux tenants du pouvoir en place. Autrement dit, une explosion pourrait déboucher sur un autre génocide des Tutsis. C’est pourquoi il est urgent de dialoguer, de relâcher la pression… »
Pourquoi Gahima, si proche autrefois du président Kagame, est il entré en conflit avec lui ? Le juriste balaie d’un revers de la main les accusations du président rwandais, qui assure que ses anciens fidèles devenus dissidents n’avaient en réalité pas accepté les mesures de lutte contre la corruption, la fin des passe droits : « en réalité, ce qu’il ne supporte pas c’est la contradiction. Moi, j’avais tenté de le convaincre de ne pas arrêter l’ancien président pasteur Bizimungu en 2003, mais rien n’y a fait. Autrefois, en 1998, je m’étais déjà opposé à la deuxième guerre du Congo, mais Kagame voulait à tout prix chasser Laurent Désiré Kabila, qu’il venait de mettre au pouvoir un an plus tôt. Cette démarche était surtout inspirée par l’orgueil, il voulait diriger le Congo à distance, ce que Kabila refusait…Cette deuxième guerre fut une erreur immense, qui a semé la mort et la haine dans toute la région… »Gahima assure aussi que Kagame ne supporte pas qu’un autre de ses proches devienne trop connu, trop populaire : « c’est pour cela que James Kabarebe qui était chef d’Etat major est devenu ministre de la Défense et n’a plus de prise sur l’armée, que Rose Kabuye, considérée comme une héroïne a été écartée, que les généraux Muhire et Karenzi Karake ont été accusés de corruption… »
Le réquisitoire de l’ancien procureur est lourd aussi d’accusations précises : « du jour au lendemain Kagame prend des décisions arbitraires, qu’ailleurs on jugerait ubuesques : il remplace par l’anglais le français parlé par 80% de la population, ajoutant ainsi au clivage de l’ethnie et de la province celui de la langue, il interdit le port de sandales à Kigali, décide de rassembler les gens dans des villages groupés, les imidugudu, interdisant l’habitat dispersé, il impose des cultures de rente au détriment des cultures vivrières, ce qui provoque des pénuries et même la famine dans certaines régions…Toutes ces décisions arbitraires provoquent un mécontentement qui à terme peut mener à une explosion… Les visiteurs étrangers refusent de voir qu’il y a un malaise et ils multiplient les éloges…»
Cette explosion violente, Gahima dément cependant vouloir la provoquer : « nous ne sommes pas dans une dynamique de guerre. Affirmer que notre mouvement recrute des combattants au Nord Kivu, c’est de la propagande… »

Propos recueillis à Bruxelles

29 décembre 2010

François Houtart rattrappé par l’air d’un autre temps

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Durant sa longue vie de combats, François Houtart, s’est situé ailleurs que dans l’air du temps. Sans relâche, il a plaidé la cause des plus démunis, indigènes d’Amérique latine, Palestiniens, foules anonymes d’Asie, peuples en lutte pour leur libération économique ou politique. Durant des décennies, à l’époque du capitalisme triomphant, il a voyagé aux quatre coins du monde pour rendre intellectuellement concevable ce qui allait devenir le slogan des altermondialistes « un autre monde est possible ». L’air du temps l’avait cependant coincé, à une lointaine époque où l’Eglise, dont il était le fidèle serviteur, banalisait certaines fautes et en stigmatisait d’autres. Mais comme l’institution écclésiale imposait la loi du silence, jamais ces faits lointains n’avaient été dévoilés…Aujourd’hui, que l’air du temps a rattrapé l’iconoclaste aux allures policées et que les dossiers les plus secrets de l’Eglise sont ramenés au jour, il ne faudrait pas oublier que, durant des décennies, ce sont les engagements politiques et sociaux de François Houtart qui ont suscité les polémiques. Car ce prêtre, né en 1925, docteur en sociologie, est avant tout un homme en rupture avec son milieu d’origine : petit fils du comte Henri Carton de Wiart, l’un des pionniers du mouvement catholique, apparenté aux plus grandes familles de Belgique, celui qui se défera plus tard de son titre de baron étudie la philosophie et la théologie au séminaire de Malines. Il se tourne ensuite vers l’Université de Louvain, où il obtient le titre de docteur en sociologie et enseignera à l’UCL jusqu’en 1990.
On l’a appelé le chanoine rouge, on l’a qualifié de marxiste depuis le temps où il prêchait la théologie de la libération. En réalité, François Houtart était surtout un disciple de l’abbé Joseph Cardijn, le fondateur du Mouvement ouvrier chrétien, dont le précepte de base était « voir, juger, agir ». Houtart ne s’est jamais départi de cette démarche là : aux quatre coins du monde, il a vu l’injustice, celle des peuples encore colonisés, celle de la domination économique. Il a marché dans les bidonvilles du Kenya, les favelas du Brésil, les campagnes du Nicaragua, les rizières du Vietnam et du Sri Lanka. Et il s’est fait son jugement : celui d’une opposition radicale à un capitalisme sauvage, fondé sur la recherche effrénée du profit, sur un productivisme qui détruit les ressources naturelles et asservit les humains. Pour agir, Houtart l’intellectuel militant, n’a pas lésiné sur le temps et les efforts : en plus de ses tâches d’enseignement, il a créé à Louvain la Neuve le Centre tricontinental, qui alimente la réflexion des chercheurs, il a participé à la création du Forum social mondial, il a multiplié conférences et voyages d’études, il fut l’un des inspirateurs du Concile Vatican II. On a peine à croire que cet homme là est retraité depuis 1990, car jamais il n’a été aussi actif qu’au cours de la dernière décennie. Il est vrai que l’air du temps, malgré lui, une fois encore, lui a donné raison : le capitalisme sauvage qu’il avait si longtemps pourfendu a buté sur la crise financière et montré ses limites, les altermondialistes dont il fut l’un des inspirateurs tiennent un langage qui aujourd’hui s’apparente au bon sens commun, la taxe Tobin, qui devrait frapper les mouvements de capitaux, est discutée dans les cénacles des plus officiels.
Les révélations d’aujourd’hui démontrent que le vieux chanoine, parfois appelé le pape de l’altermondialisme, qui séduit toujours par son intelligence, son engagement et sa générosité a aussi été un être humain comme les autres, prisonnier des règles absurdes d’une institution qu’il a tenté de faire évoluer de l’intérieur, sans jamais la renier…

26 décembre 2010

A chercher et à lire d’urgence: l’Imperméable

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Avis aux distributeurs, aux libraires, à tous les amateurs de livres : il y a urgence ! Urgence à faire venir en Belgique, à présenter, à distribuer, à offrir, l’un des meilleurs livres de la saison, aussi difficile à trouver que son héros lui-même : l’Imperméable. Lorsque je me suis rendue dans la plus grande surface bruxelloise pour acheter l’ouvrage en plusieurs exemplaires, bien décidée à l’offrir comme d’autres une orchidée ou une fleur rare, un vendeur pressé, vaguement ironique, m’a conseillé d’aller au rayon vêtements. Un autre m’a dit que cet éditeur là vendait très peu en Belgique, que ces livres là étaient voués à demeurer confidentiels ! Puisqu’il en est ainsi, j’ai décidé d’ouvrir un club : celui des amis d’Emmanuel Goujon. Il faut dire que cet homme là, je le connais depuis longtemps, sans savoir qu’il était écrivain ! Durant des années, je l’ai croisé sur les pistes d’Afrique, entre le Rwanda et Kisangani, entre le Kenya et la Côte d’Ivoire en pensant toujours que ce type là savait où se poser, de préférence dans ces endroits impossibles qui attirent les bombes, dans ces coins perdus où peut se jouer l’histoire d’un continent…
Dans l’Imperméable, il ne s’agît pas de l’Afrique. Tout se joue en terre européenne, à une époque, celle de l’immédiat après guerre, où les colonies n’étaient encore que des cartes postales, des histoires héroïques ou exotiques, bref des clichés…Et pourtant, dans ce récit de Marcel Legal, un jeune Français très moyen, orphelin, tombé malgré lui dans les sillons de l’armée, l’Afrique se devine come une trame, une toile de fond. Rien n’est dit, mais tout se pressent, les indépendances conquises dans le sang, l’aspiration à la justice, à la dignité.
Les futurs membres du club des amis d’Emmanuel Goujon devront se faire une raison : s’ils veulent en savoir plus sur l’Afrique, ils devront faire appel à leur imagination. Construire eux-mêmes le héros du livre. Lui donner un visage, une identité, une histoire. C’est d’ailleurs à cela que se consacre Marcel Legal, chargé au lendemain de la guerre, d’écouter et de consigner les récits que lui font les rescapés de l’exil, des batailles, des camps de concentration. Patient, méticuleux, le jeune homme établit des fiches, recoupe les informations. Il renoue les fils d’histoires brisées. Et retrouve, au fil de plusieurs récits, le rôle joué par un homme sans nom, qui se fait appeler le commandant Kleber, un Africain, dont on ignore autant le pays d’origine que l’affectation exacte.
Faute d’autres traits caractéristiques, Marcel Legal donne à cette ombre héroïque le nom de son apparence, l’Imperméable. Un long vêtement qui dissimule, qui se faufile, ne s’égare jamais et dont on retrouve la trace dans les endroits les plus improbables…La quête d’informations au sujet de ce mystérieux personnage permettra au petit bureaucrate de saisir les plus hauts faits de la résistance, de se faufiler entre les lignes, d’effleurer aussi la guerre d’Indochine et de pressentir pourquoi, dans un jour qui allait s’avérer proche, ces combattants qui avaient donné leur vie pour une France idéale décidèrent de lutter pour eux-mêmes, pour leur propre avenir et non plus celui d’une métropole ingrate.
Est une habitude de journaliste ? Goujon s’exprime en phrases brèves, précises. Il calcule les mots au plus juste, évite les digressions et fait semblant d’écrire des rapports de police. Mais l’écrivain veille au grain : sous ce mince corset du langage, l’émotion affleure, autant que la tendresse, la générosité. Et la quête de cet homme appelé l’Imperméable mène, toutes affaires cessantes, jusqu’au point d’interrogation final…
La quête de l’Imperméable, c’est d’abord trouver ce livre superbe. Il y a urgence car vos amis méritent ce cadeau là…

Emmanuel Goujon, L’Imperméable, éditions Vents d’ailleurs, 17 euros
info@ventsdailleurs.com

23 décembre 2010

Cote d’Ivoire: bifurquer avant l’abîme

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Au cours des dernières décennies, on ne compte plus les chefs d’Etat africains qui ont pris le pouvoir par la force, se sont ensuite réhabilités par des parodies d’élections ou ont tout simplement bénéficié de l’indulgence ou de l’impuissance de la communauté internationale face à leur pouvoir de fait. Dire cela, et s’étonner de la soudaine unanimité qui se forge autour de Laurent Gbagbo, qui ne bénéficie pas du même traitement que les Deby, Compaoré, Sassou Nguesso, dos Santos et autres Mugabe, des hommes qui ont eu le temps de se racheter une légitimité ou qui ont réussi à s’accrocher au pouvoir, cela ne règle rien : les turpitudes du passé ne justifient pas les fraudes du présent. Ce qui compte aujourd’hui, c’est que le peuple ivoirien, qui a voté dans le calme et la dignité, a droit à la paix et au respect des choix exprimés par son suffrage. A condition que le vote se soit déroulé dans des conditions correctes et que ses conclusions soient incontestables…
Ce qui n’est pas le cas puisque dans le Nord les forces rebelles n’avaient pas désarmé, que des violences et des intimidations ont été enregistrées en diverses régions du pays, que les chiffres avancés par la Commission électorale indépendante (acquise à l’opposition) et par le Conseil Constitutionnel (contrôlé par Gbagbo) divergent et se contredisent. Face à ces contradictions, à ce bras de fer entre deux hommes mus par une même détermination implacable, la communauté internationale aurait du faire preuve de plus de circonspection : soit exiger une opération de recomptage des votes par une instance reconnue comme neutre, (une procédure longue et fastidieuse, mais moins coûteuse que la guerre), soit pratiquer le jugement de Salomon, mettant en congé les deux hommes qui ont mené le pays à sa perte au profit d’un troisième larron, par exemple Henri Konan Bédié, l’ancien dauphin du président Houphouet Boigny, qui s’était désisté en faveur de Ouattara au deuxième tour.
Aujourd’hui que la course à l’abîme s’accélère, de telles solutions semblent irréalistes. Mais les autres le sont tout autant : Gbagbo qui s’accroche au pouvoir en dépit de sa défaite a définitivement perdu sa légitimité et Ouattara, honni par une moitié du pays qui le considère comme le candidat de l ‘étranger et le parrain des rebelles, ne pourra jamais gouverner sereinement. Quant à l’option militaire qui se dessine, elle est la pire de toutes : son issue est incertaine, ses victimes seront nombreuses. En outre, un assassinat politique aurait pour premier résultat de transformer en héros nationaliste Gbagbo le roublard, qui se voit déjà comme un autre Lumumba ! Il déchaînerait aussi la colère des foules contre les trois millions d’étrangers qui vivent en Côte d’Ivoire et contre les 15.000 Français et autres expatriés. Conclusion : une fois encore, refuser les effets d’annonce, les ultimatums bravaches, relancer jusqu’aux dernières limites les chantiers de la négociation à l’africaine et du compromis…

22 décembre 2010

Le Congo infini: des photos exceptionnelles

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Durant plus de trente ans, le photographe Angelo Turconi a sillonné le Congo. Du temps où le pays s’appelait encore le Zaïre, il a pu se rendre dans des régions particulièrement reculées, surtout dans le centre et l’ouest et là, il a pris le temps de poser ses bagages, le temps de vivre et d’observer. Il en a ramené des photos étonnantes, réalisées lors de cérémonies où il fut certainement l’un des rares Blancs à être admis, évoquant le monde des Pygmées, s’attardant sur le détail des masques et des parures traditionnelles. Ces photos là, on les regarde avec respect et nostalgie, car elles évoquent un monde détruit par la guerre, l’exode, l’argent ou le progrès. Devant ces images de paradis perdus, on se sent envahi par la même tendresse qu’au regard des photos que Levi Strauss ramena des forêts brésiliennes et on se prend à espérer qu’ au Congo, en pleine reconstruction, les routes n’aboliront pas les derniers vestiges du passé. Angelo Turconi a photographié au plus près les guerriers, les chefs, les prêtres mais il a aussi, à maintes reprises, survolé les paysages grandioses de la forêt et de la savane, suivi le cours du fleuve et pris des clichés de ces pistes rouges qui tranchent la forêt comme des sabres.
Depuis longtemps, les clichés s’accumulaient et notre photographe poète craignait de les voir jaunir, inutiles, au fond des tiroirs. Jusqu’au jour où , enthousiaste et lui aussi amoureux du Congo, l’industriel katangais George Forrest décida de donner un coup de pouce à l’artiste. Pour l’amour du Congo, pour que soit préservée et mieux connue la beauté de ce pays qui demeure encore largement méconnu… De ce mécènat est résulté un livre exceptionnel, de taille et de poids imposants, aussi majestueux que le fleuve lui même. Préfacé par l’historien Isidore Ndaywel et par le père François Neys, spécialiste de l’art congolais, le titre du livre, à lui seul, résume tout son propos : « le Congo infini ». On le feuillette, et on se retrouve perdu d’admiration…

Angelo Turconi, le Congo infini, publié par Malta Forrest

22 décembre 2010

Côte d’Ivoire: les dangers d’une aventure militaire

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Côte d’Ivoire

L’étau financier se resserre, une pression militaire se dessine

L’étau se resserre sur la Côte d’Ivoire, où tout indique qu’avant d’envisager une phase plus « musclée », la communauté internationale entend d’abord mettre la pression sur le plan financier afin de faire fléchir Laurent Gbagbo. En effet, au sortir d’un entretien avec le président Sarkozy, le président de la Banque Mondiale Robert Zoellick a confirmé que tous les financements destinés à la Côte d’Ivoire avaient été gelés. Selon lui, il en va de même avec les autres institutions financières africaines comme l’UMOA (Union économique et monétaire ouest africaine) et la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest. (CEDEAO) Ces pressions financières, qui représentent l’arme principale d’Alassane Ouattara, reconnu vainqueur des élections, pourraient assécher les finances du régime et l’empêcher de payer les soldes des fonctionnaires et des militaires, érodant du même coup la fidélité des agents de l’Etat à l’égard du président sortant.
Ces pressions économiques n’ébranlent cependant pas Alain Toussaint, le conseiller en communication du président Gbagbo, qui était de passage à Bruxelles. Sans autres précisions, il souligne que « la Côte d’Ivoire compte encore des amis » et, soulignant les nombreuses irrégularités qui ont marqué la proclamation de la victoire de Ouattara par la Commission électorale indépendante, il assure que « communauté internationale s’est emballée trop vite ». Arc’ bouté sur la décision du Conseil Constitutionnel (une institution aussi importante en Côte d’Ivoire qu’aux Etats Unis la Cour suprême), qui s’est prononcé en faveur du président sortant, Alain Toussaint relève que Gbagbo, reprenant l’initiative, a appelé son rival Ouattara au téléphone, lui adressant des offres de négociation, mais refusant absolument de céder le pouvoir.
Au delà des pressions politiques et des menaces financières, d’autres perspectives se dessinent, contre lesquelles les pro-Ggagbo mettent en garde leurs adversaires. Il apparaît en effet que des pays frontaliers, membres de la CEDEAO, masseraient des troupes aux frontières afin de faire leur jonction avec les «Forces nouvelles » qui soutiennent Ouattara, occupent la partie nord du pays et n’ont jamais désarmé en dépit des accords conclu avant les élections.
Selon le quotidien « la Croix » la mise sur pied d’une force d’intervention africaine, appuyée par les Forces nouvelles, pourrait recevoir l’appui logistique d’armées occidentales, française et américaine. Elle pourrait aussi compter sur le soutien des 900 militaires français de la force Licorne et des 9000 Casques bleus de l’Organisation des Nations unies en Côte d’Ivoire. C’est d’ailleurs dans cette perspective que M. Gbagbo avait demandé, en vain, le retrait des forces étrangères présentes dans le pays.
Alain Toussaint, en tournée d’explication en Europe, met en garde contre ce qu’il appelle une « aventure militaire » : « comment peut on qualifier de « neutres » les hommes du président du Nigeria, Goodluck Jonathan, qui a personnellement contribué au financement de la campagne de Ouattara, les Sénégalais dont le président Abdoulaye Wade est un ami personnel d’ADO (initiales de Ouattara) ou les Burbinabé, dont le président Blaise Compaoré fut le parrain de la rébellion de 2002 ? Dans un pays où un tiers de la population est d’origine étrangère, l’intervention de troupes africaines pourrait s’avérer très négative pour les ressortissants de ces pays qui vivent chez nous… »
Dénonçant le complot ourdi par la France, les Etats Unis et la «communauté internationale » tout entière contre la Côte d’Ivoire, Alain Toussaint dénonce un « hold up électoral », un « diktat » qui, selon lui, ne sera guère suivi d’effets…

22 décembre 2010

Kinshasa blâmé par Obama

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« Cynisme, attaques injustifiées… » Kinshasa a haussé le ton face à deux critiques acerbes et lourdes de conséquence, venant de France et des Etats unis. En effet, le président Obama a supprimé la RDC de la liste des pays éligibles à un statut de partenaire commercial privilégié avec les Etats Unis, à l’occasion de la révision annuelle du « programme sur la croissance et les opportunités en Afrique » qui oblige l’administration à prendre en compte les avancées ou les reculs démocratiques des pays concernés pour faciliter ou non les exportations des pays concernés vers les Etats unis.
En parallèle avec cette décision américaine, l’ambassadeur français pour les droits de l’homme, François Zimeray, a qualifié de « naufrage » la situation en RDC, décrivant en termes dramatiques des situations rencontrées à Goma, où il a rencontré des prisonniers affamés, des femmes victimes de violences sexuelles, de enfants sorciers. Il s’est aussi inquiété du déroulement du procès des assassins de Floribert Chebeya, et du fait que le principal suspect, le général Numbi, n’avait pas été cité à comparaître.
Américains comme Français se sont inspirés du dernier rapport de Human Rights Watch, qui dénonce le fait qu’au Kivu, plus de 1000 jeunes gens ont été recrutés depuis septembre et que le général Bosco Ntaganda, réclamé par la CPI, est toujours opérationnel.
Répondant à ces critiques, le ministre congolais de l’Information Lambert Mende a rappelé que les forces gouvernementales ne pouvaient être mises sur le même pied que les groupes armés qu’elles combattent et souligné que cette semaine encore, cinq militaires et deux policiers avaient été tués dans une attaque rebelle au dessus de Goma, les assaillants s’étant ensuite retranchés dans le parc des Virunga en enlevant trois personnes dont un enfant.
L’exaspération occidentale, très mal perçue à Kinshasa, se fonde sur le fait qu’à l’Est, en dépit des opérations militaires, la situation demeure très préoccupante, sur les pressions qui continuent à peser sur des militants des droits de l’homme et des journalistes (un journaliste d’Uvira qui avait critiqué le dernier discours de Kabila a été menacé) et aussi sur les nombreux cas de corruption qui demeurent impunis.

20 décembre 2010

Deux femmes pyuissantes à Abidjan

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Derrière le combat au sommet qui oppose Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara, il y a aussi deux femmes. Le feu et l’eau, le fer et le velours. Le combat militant d’une syndicaliste, le brillant parcours d’une femme d’affaires.
Simone Ehivet, née en 1949, est historienne comme Laurent Gbagbo, qu’elle épouse en seconde noces. Leur union se fonde sur la passion politique, sur les luttes syndicales ils partagent l’exil en France et aussi la prison d’Abidjan alors que, dans les années 70, ils se battent en faveur du multipartisme et défient Houphouët Boigny. Avec les années et l’exercice du pouvoir, Laurent s’arrondit, butine et certains le disent aujourd’hui prêt à composer, tirant la leçon de sa défaite électorale. Mais Simone ne l’entendra pas ainsi: voici deux ans, lorsqu’elle présente à Bruxelles son livre «Passions d’ébène» les militants ne s’y trompent pas, et ils réservent à la Première dame un accueil d’homme d’Etat. Car c’est elle qui galvanise la rue d’Abidjan alors qu à Linas Marcoussis, dans la banlieue parisienne, son époux a été obligé de composer avec les rebelles; c’est elle qui inspire les «jeunes patriote» dirigés par Charles Blé Goudé, aujourd’hui MInistre de la Jeunesse, c’est elle aussi que l’on accuse d’avoir fait disparaître le journaliste Guy-André Kieffer qui avait trop enquêté sur la «filière cacao» et les achats d’armes. Si elle fascine, elle fait peur aussi et ses proches assurent que Simone partage aujourd’hui avec son mari le «syndrome Allende», qu’elle est prête à résister jusqu’au bout, défiant la «communauté internationale» et renversant l’accusation de «coup d’état légal». Ce qui la soutient, c’est la foi: : non seulement l’idéologie socialiste a marqué sa vie, mais aujourd’hui la «dame de fer» a rallié la religion évangéliste et rien n’ébranlera ses certitudes.
Moins connue mais tout aussi puissante, Dominique Ouattara, née Novion voici 56 ans, soutient son mari avec la même fermeté que sa rivale Simone et presque depuis aussi longtemps. Alors qu’elle était encore Dominique Folloroux, épouse d’un Français, l’ambitieuse et ravissante jeune femme prit, en 1979, les rênes de la société immobilière AICI, gérant les propriétés immobilières du vieux président Houphouet Boigny et de son collègue Omar Bongo du Gabon. Comment la présidente d’honneur de la Chambre syndicale des syndicats immobiliers de Côte d’Ivoire n’aurait elle pas rencontré le jeune et brillant Premier Ministre du «Vieux>», Alassane Ouattara, chargé de remettre le pays sur la voie de la rigueur et de «faire atterrir» la dévaluation du CFA? C’est à Neuilly, en 1990, que le maire de l’époque , un certain Nicolas Sarkozy, célèbre leur mariage et le couple aura deux enfants. Par la suite, Dominique Ouattara, qui est aussi très proche des milieux israéliens, progresse dans le monde des affaires: en 1996, la PDG du groupe AICI devient présidente de la société qui gère l’Institut Jacques Dessange, basé à Washington et deux ans plus tard elle acquiert les franchises de «Jacques Dessange» aux Etats Unis. Salons de coiffure, instituts de beauté, le groupe acquiert une envergure internationale.
Villa à Neuilly et dans le Midi, relations dans la jet set internationale, le couple Ouattara est riche, très riche, ce qui rassure beaucoup d’Ivoiriens «au moins ils n’ont pas besoin de voler…» Alors que Simone Gbagbo, élue du quartier populaire d’Abobo se concentre sur l’action politique, Dominique Ouattara crée la fondation Children of Africa[dont son amie, la princesse Ira de Fûrstenberg, sera la marraine et qui construit écoles, maternités, centre d’accueil pour enfants de la rue dans plusieurs pays. Cette année, délaissant provisoirement ses affaires Dominique, blonde et radieuse, a mené campagne aux côtés d’ ADO: devenir Première Dame est la dernière étoile qui manque au palmarès de celle qui comptait, en 2000 parmi les 40 femmes d’affaires les plus importantes du monde. Mais dans l’immédiat, recluse dans l’hôtel du même nom, elle ne règne encore que sur ce que la presse appelle la «République du Golf”

17 décembre 2010

Côte d’Ivoire: quelques questions…

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1. Le scrutin s’est il déroulé dans de bonnes conditions ?
Malgré le satisfecit de l’ONU, la présence de nombreux observateurs étrangers et le bon déroulement du premier tour des élections présidentielles, les conditions, au départ, n’étaient pas optimales : dans le Nord, les ex-rebelles des Forces nouvelles n’avaient pas désarmé, le pays n’était pas réunifié et Laurent Gbagbo, après avoir tardé à organiser le scrutin, n’imaginait pas l’hypothèse d’une défaite. En outre les instances nationales supposées être neutres ne l’étaient pas : la Commission électorale indépendante était composée aux deux tiers d’opposants au président sortant Laurent Gbagbo et ce dernier avait noyauté de ses partisans le Conseil constitutionnel (équivalent de la cour Suprème aux Etats Unis)
2. Le vote s’est il déroulé sur une base ethnique, opposant les musulmans du Nord aux populations chrétiennes du Sud ?
La réalité est plus complexe : le réservoir électoral de Laurent Gbagbo a largement dépassé les effectifs de son groupe, ethnique, les Bétés et il a donc bénéficié d’un vote pluriethnique ; Alassane Ouattara a obtenu un nombre significatif de voix dans les quartiers populaires d’Abidjan, une ville censée lui être hostile. Dans certains bureaux du Nord cependant, il y a eu plus de votants que d’inscrits et les scores ont été décrits comme « soviétiques », ce qui a amené Gbagbo a demander l’annulation des votes dans neuf départements du Nord. Par ailleurs, Henri Konan Bédié, l’ancien dauphin du président Houphouet Boigny et inventeur de l’ « ivoirité », a appelé à voter en faveur de Ouattara et le report des voix s’est bien déroulé. Autrement dit les Baoulés, partisans de Konan Bédié et censés être opposés aux originaires du Nord, ont voté pour Ouattara, un homme que naguère ils honnissaient.
3. Les irrégularités dénoncées par les deux camps sont-elles réelles ?
Des intimidations ont eu lieu dans le Nord mais dans l’Ouest, fief de Gagbo, il y a également eu des violences. Il y a eu une discordance entre le taux de participation annoncé par les Nations unies (70% de votants) et le chiffre annoncé par la Commission électorale indépendante (81% de votants) soit une différence de 630.000 voix ; la CEI, ayant été empêchée d’annoncer le résultat et redoutant les intimidations du camp Gbagbo, l’a fait en dehors des délais, dans un lieu non officiel (l’hôtel du Golf, siège du parti de Ouattara) et… devant les caméras de France 24, qui fut aussitôt interdite d’antenne pour avoir proclamé Ouattara vainqueur avec 54,1%…
Quant au Conseil constitutionnel, relevant les nombreuses irrégularités, il aurait pu se contenter d’annuler purement et simplement le scrutin, au lieu de proclamer la victoire de Gbagbo avec 51,5% des votes.

4. La victoire remportée par Ouattara est-elle incontestable ?
Laurent Gbagbo et les siens n’acceptent pas le verdict rendu par la CEI, mais ils font face à l’avis convergent de tous les observateurs internationaux et à la certification des Nations unies dont les 721 fonctionnaires répartis dans les bureaux de vote ont procédé à leurs propres comptages. De toutes manières, l’écart de voix entre les deux candidats semble trop grand pour permettre le doute.

5. Une solution à l’africaine (la cohabitation entre les deux présidents) est elle encore imaginable ?
L’antagonisme, sinon la haine entre les deux hommes est trop profonde pour imaginer un compromis comme au Kénya ou même au Zimbabwe. En outre, chacun des deux « présidents » incarne des valeurs trop différentes : Ouattara, l’ancien directeur adjoint du FMI, est l’ami des puissants de ce monde, il est soutenu par Obama et par Sarkozy (ce dernier avait naguère célébré son mariage à Neuilly), il défend la bonne gouvernance sur le modèle libéral.
Laurent Gbagbo, aujourd’hui seul contre tous, se dépeint volontiers en héros nationaliste, héritier de la lutte anti coloniale et il joue sur la fibre populiste. S’il se présente comme un panafricaniste, il n’est cependant pas soutenu par ses voisins africains de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest, dont le puissant Nigeria, ni par l’Union africaine, ni par l’Afrique du Sud. Seul l’Angola et le Liban étaient représentés lors de sa prestation de serment.
6. Quels sont les atouts de chacun ?
L’isolement international n’effraie pas Gbagbo, soutenu par son clan (son épouse Simone, les « jeunes patriotes » et leurs milices, certains milieux d’affaires, des milieux nationalistes). Il compte toujours sur la fidélité des Forces de défense et de sécurité, dont 4000 hommes membres des troupes d’élite et sur 5000 gendarmes et CRS qui détiennent un arsenal important. Cette fidélité pourrait cependant vaciller si des combats plus rudes s’engageaient et surtout si les soldes n’étaient plus versées. Si Gbagbo compte sur les revenus du cacao, du pétrole, sur les recettes du port de San Pedro, son rival Ouattara veille à couper les financements internationaux (FMI, Union européenne) et à bloquer les comptes des banques étrangères. En outre, les avertissements de Sarkozy, de l’Union européenne et surtout d’Obama s’apparentent à des ultimatums.
Si Ouattara a mis à la tête de son gouvernement Guillaume Soro, (dont Gagbo avait fait son Premier Ministre) c’est aussi parce que ce dernier est l’ancien chef de la rébellion, qui peut donc mobiliser les 4000 hommes des Forces nouvelles dotés d’un armement léger. Les ex rebelles ont aussi des combattants dissimulés dans certains quartiers populaires de la capitale (Abobo, Koumassi, Adjamé), ce qui pourrait susciter une très dangereuse « chasse aux infiltrés ». Outre un soutien international quasi unanime, et qui n’est pas du à la seule action diplomatique de la France, Ouattara peut aussi compter sur de puissants réseaux dans le monde économique international et au sein de l’Internationale libérale dont fait partie le président sénégalais Abdoulaye Wade.

7. Un scenario à la rwandaise, ou à l’angolaise ?
Malgré l’intervention de médiateurs comme Jean Ping, le secrétaire général de l’Union africaine ou de l’ancien président sud africain Thabo Mbeki, qui recherchent une sortie de crise négociée, deux scenarios sont concurrents : un développement « à la rwandaise » passerait par un « soulèvement populaire », avec armes de poing et machettes ; il serait dirigé contre les « infiltrés », les « étrangers » définis comme un « ennemi intérieur », ce qui mettrait en danger trois ou quatre millions de ressortissants du Nord qui vivent dans les plantations du Sud. Le calme dans lequel s’est déroulé le scrutin, les aspirations à la paix d’une population fatiguée (la guerre a éclaté en 2002) infirment cependant ce scenario-catastrophe. Mais l’autre hypothèse n’est guère meilleure : en Angola, en 1988, les élections auraient du trancher entre deux adversaires irréductibles, Eduardo dos Santos et Jonas Savimbi. Le deuxième tour n’eut jamais lieu et les élections débouchèrent sur une guerre de quinze ans, qui ne se termina qu’après l’assassinat de Savimbi.
Les Ivoiriens croient encore au miracle, ou au pourrissement…

16 décembre 2010

Côte d’Ivoire: le syndrome rwandais

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L’épreuve de force, annoncée depuis plusieurs jours, a bien eu lieu en Côte d’Ivoire: les sympathisants de M. Ouattara, reconnu comme vainqueur des élections par la communauté internationale , ont tenté de marcher sur la Radio télévision ivoirienne, aux mains des partisans de Laurent Gbagbo, avec d’autant plus de détermination que les sources d’information étrangères, France 24 et RFI sont soit coupées soit très difficiles à capter.
Ce mouvement a été fortement contré par l’armée et la gendarmerie, fidèles au président sortant: le quartier de Cocody, où se trouve le siège de RTIa été bouclé de même que des quartiers populaires comme Adjamé et Yopougon, où se trouvent des ressortissants du Nord du pays, censés appuyer M. Ouattara. Les partisans de ce dernier ont dénoncé «des tirs]à l’arme lourde[» dans les environs de l’hôtel Golf, le quartier général de Ouattara, transformé en forteresse protégée de près tant par les casques bleus de la Mission de l’ONU en Côte d’Ivoire que par des soldats français de la force e Licorne. Selon des partisans de M. Gbagbo, ces tirs auraient été de simples «sommations[» et ce sont les partisans de Ouattara qui auraient ouvert le feu, faisant une dizaine de morts dans les rangs des militaires. Les Forces nouvelles, qui soutiennent M. Ouattara, auraient eu deux tués dans leurs rangs. Selon des témoins interrogés par l’AFP, quatre personnes auraient été tuées par balles au moment où les forces de l’ordre tentaient de disperser les manifestants qui marchaient en direction du siège de la télévision. Dans un autre quartier populaire, Koumassi, un journaliste de l’AFP a vu la Croix Rouge emporter le corps d’une victime tuée par balles.
Si le centre d’Abidjan, totalement verrouillé par les forces favorables à Laurent Gbagbo, est relativement calme, c’est dans les quartiers populaires que l’on craint des débordements et des règlements de compte nocturnes. Dans ces quartiers en effet, des armes à feu circulent, et aussi des machettes, ce qui, aux yeux de certains observateurs, fait déjà revivre le «syndrome rwandais[». Ce dernier pourrait être aiguisé par les informations selon lesquelles les rebelles des Forces nouvelles, appelées par leur ancien chef Guillaume Soro, nommé premier ministre par Ouattara, auraient fait mouvement dans le nord et le centre du pays et pourraient se diriger vers la capitale. Des combats ont d’ailleurs eu lieu dans le centre du pays, à Tiébissou, à 40 km de la capitale administrative Yamoussoukro où une colonne de jeeps transportant des éléments de l’ex-rébellion auraient tenté de forcer un poste de contrôle des forces de défense et de sécurité, favorables au président sortant. En début d’après midi, les tirs auraient repris aux abords de l’ancienne «zone tampon» qui depuis 2003 séparait les ex-belligérants.
Echauffant davantage les esprits, rumeurs et informations contradictoires se multiplient: les Forces nouvelles auraient reçu le soutien de combattants traditionnels, les Dozos et de mercenaires venus du Liberia et de Sierra Leone, tandis que d’autres sources assurent que les forces fidèles à Gbagbo, seraient désormais appuyées par des militaires angolais….
Sur le plan politique, on attend l’arrivée à Abidjan de Jean Ping, le secrétaire général de l’Union africaine tandis que la société civile africaine et plusieurs ONG internationales, faisant état de plusieurs dizaines de morts, de centaines de blessés et de la présence de miliciens étrangers, exhortent les parties en présence à éviter le recours à la violence.