16 décembre 2010

Côte d’Ivoire: le syndrome rwandais

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L’épreuve de force, annoncée depuis plusieurs jours, a bien eu lieu en Côte d’Ivoire: les sympathisants de M. Ouattara, reconnu comme vainqueur des élections par la communauté internationale , ont tenté de marcher sur la Radio télévision ivoirienne, aux mains des partisans de Laurent Gbagbo, avec d’autant plus de détermination que les sources d’information étrangères, France 24 et RFI sont soit coupées soit très difficiles à capter.
Ce mouvement a été fortement contré par l’armée et la gendarmerie, fidèles au président sortant: le quartier de Cocody, où se trouve le siège de RTIa été bouclé de même que des quartiers populaires comme Adjamé et Yopougon, où se trouvent des ressortissants du Nord du pays, censés appuyer M. Ouattara. Les partisans de ce dernier ont dénoncé «des tirs]à l’arme lourde[» dans les environs de l’hôtel Golf, le quartier général de Ouattara, transformé en forteresse protégée de près tant par les casques bleus de la Mission de l’ONU en Côte d’Ivoire que par des soldats français de la force e Licorne. Selon des partisans de M. Gbagbo, ces tirs auraient été de simples «sommations[» et ce sont les partisans de Ouattara qui auraient ouvert le feu, faisant une dizaine de morts dans les rangs des militaires. Les Forces nouvelles, qui soutiennent M. Ouattara, auraient eu deux tués dans leurs rangs. Selon des témoins interrogés par l’AFP, quatre personnes auraient été tuées par balles au moment où les forces de l’ordre tentaient de disperser les manifestants qui marchaient en direction du siège de la télévision. Dans un autre quartier populaire, Koumassi, un journaliste de l’AFP a vu la Croix Rouge emporter le corps d’une victime tuée par balles.
Si le centre d’Abidjan, totalement verrouillé par les forces favorables à Laurent Gbagbo, est relativement calme, c’est dans les quartiers populaires que l’on craint des débordements et des règlements de compte nocturnes. Dans ces quartiers en effet, des armes à feu circulent, et aussi des machettes, ce qui, aux yeux de certains observateurs, fait déjà revivre le «syndrome rwandais[». Ce dernier pourrait être aiguisé par les informations selon lesquelles les rebelles des Forces nouvelles, appelées par leur ancien chef Guillaume Soro, nommé premier ministre par Ouattara, auraient fait mouvement dans le nord et le centre du pays et pourraient se diriger vers la capitale. Des combats ont d’ailleurs eu lieu dans le centre du pays, à Tiébissou, à 40 km de la capitale administrative Yamoussoukro où une colonne de jeeps transportant des éléments de l’ex-rébellion auraient tenté de forcer un poste de contrôle des forces de défense et de sécurité, favorables au président sortant. En début d’après midi, les tirs auraient repris aux abords de l’ancienne «zone tampon» qui depuis 2003 séparait les ex-belligérants.
Echauffant davantage les esprits, rumeurs et informations contradictoires se multiplient: les Forces nouvelles auraient reçu le soutien de combattants traditionnels, les Dozos et de mercenaires venus du Liberia et de Sierra Leone, tandis que d’autres sources assurent que les forces fidèles à Gbagbo, seraient désormais appuyées par des militaires angolais….
Sur le plan politique, on attend l’arrivée à Abidjan de Jean Ping, le secrétaire général de l’Union africaine tandis que la société civile africaine et plusieurs ONG internationales, faisant état de plusieurs dizaines de morts, de centaines de blessés et de la présence de miliciens étrangers, exhortent les parties en présence à éviter le recours à la violence.