23 décembre 2010

Cote d’Ivoire: bifurquer avant l’abîme

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Au cours des dernières décennies, on ne compte plus les chefs d’Etat africains qui ont pris le pouvoir par la force, se sont ensuite réhabilités par des parodies d’élections ou ont tout simplement bénéficié de l’indulgence ou de l’impuissance de la communauté internationale face à leur pouvoir de fait. Dire cela, et s’étonner de la soudaine unanimité qui se forge autour de Laurent Gbagbo, qui ne bénéficie pas du même traitement que les Deby, Compaoré, Sassou Nguesso, dos Santos et autres Mugabe, des hommes qui ont eu le temps de se racheter une légitimité ou qui ont réussi à s’accrocher au pouvoir, cela ne règle rien : les turpitudes du passé ne justifient pas les fraudes du présent. Ce qui compte aujourd’hui, c’est que le peuple ivoirien, qui a voté dans le calme et la dignité, a droit à la paix et au respect des choix exprimés par son suffrage. A condition que le vote se soit déroulé dans des conditions correctes et que ses conclusions soient incontestables…
Ce qui n’est pas le cas puisque dans le Nord les forces rebelles n’avaient pas désarmé, que des violences et des intimidations ont été enregistrées en diverses régions du pays, que les chiffres avancés par la Commission électorale indépendante (acquise à l’opposition) et par le Conseil Constitutionnel (contrôlé par Gbagbo) divergent et se contredisent. Face à ces contradictions, à ce bras de fer entre deux hommes mus par une même détermination implacable, la communauté internationale aurait du faire preuve de plus de circonspection : soit exiger une opération de recomptage des votes par une instance reconnue comme neutre, (une procédure longue et fastidieuse, mais moins coûteuse que la guerre), soit pratiquer le jugement de Salomon, mettant en congé les deux hommes qui ont mené le pays à sa perte au profit d’un troisième larron, par exemple Henri Konan Bédié, l’ancien dauphin du président Houphouet Boigny, qui s’était désisté en faveur de Ouattara au deuxième tour.
Aujourd’hui que la course à l’abîme s’accélère, de telles solutions semblent irréalistes. Mais les autres le sont tout autant : Gbagbo qui s’accroche au pouvoir en dépit de sa défaite a définitivement perdu sa légitimité et Ouattara, honni par une moitié du pays qui le considère comme le candidat de l ‘étranger et le parrain des rebelles, ne pourra jamais gouverner sereinement. Quant à l’option militaire qui se dessine, elle est la pire de toutes : son issue est incertaine, ses victimes seront nombreuses. En outre, un assassinat politique aurait pour premier résultat de transformer en héros nationaliste Gbagbo le roublard, qui se voit déjà comme un autre Lumumba ! Il déchaînerait aussi la colère des foules contre les trois millions d’étrangers qui vivent en Côte d’Ivoire et contre les 15.000 Français et autres expatriés. Conclusion : une fois encore, refuser les effets d’annonce, les ultimatums bravaches, relancer jusqu’aux dernières limites les chantiers de la négociation à l’africaine et du compromis…