26 décembre 2010

A chercher et à lire d’urgence: l’Imperméable

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Avis aux distributeurs, aux libraires, à tous les amateurs de livres : il y a urgence ! Urgence à faire venir en Belgique, à présenter, à distribuer, à offrir, l’un des meilleurs livres de la saison, aussi difficile à trouver que son héros lui-même : l’Imperméable. Lorsque je me suis rendue dans la plus grande surface bruxelloise pour acheter l’ouvrage en plusieurs exemplaires, bien décidée à l’offrir comme d’autres une orchidée ou une fleur rare, un vendeur pressé, vaguement ironique, m’a conseillé d’aller au rayon vêtements. Un autre m’a dit que cet éditeur là vendait très peu en Belgique, que ces livres là étaient voués à demeurer confidentiels ! Puisqu’il en est ainsi, j’ai décidé d’ouvrir un club : celui des amis d’Emmanuel Goujon. Il faut dire que cet homme là, je le connais depuis longtemps, sans savoir qu’il était écrivain ! Durant des années, je l’ai croisé sur les pistes d’Afrique, entre le Rwanda et Kisangani, entre le Kenya et la Côte d’Ivoire en pensant toujours que ce type là savait où se poser, de préférence dans ces endroits impossibles qui attirent les bombes, dans ces coins perdus où peut se jouer l’histoire d’un continent…
Dans l’Imperméable, il ne s’agît pas de l’Afrique. Tout se joue en terre européenne, à une époque, celle de l’immédiat après guerre, où les colonies n’étaient encore que des cartes postales, des histoires héroïques ou exotiques, bref des clichés…Et pourtant, dans ce récit de Marcel Legal, un jeune Français très moyen, orphelin, tombé malgré lui dans les sillons de l’armée, l’Afrique se devine come une trame, une toile de fond. Rien n’est dit, mais tout se pressent, les indépendances conquises dans le sang, l’aspiration à la justice, à la dignité.
Les futurs membres du club des amis d’Emmanuel Goujon devront se faire une raison : s’ils veulent en savoir plus sur l’Afrique, ils devront faire appel à leur imagination. Construire eux-mêmes le héros du livre. Lui donner un visage, une identité, une histoire. C’est d’ailleurs à cela que se consacre Marcel Legal, chargé au lendemain de la guerre, d’écouter et de consigner les récits que lui font les rescapés de l’exil, des batailles, des camps de concentration. Patient, méticuleux, le jeune homme établit des fiches, recoupe les informations. Il renoue les fils d’histoires brisées. Et retrouve, au fil de plusieurs récits, le rôle joué par un homme sans nom, qui se fait appeler le commandant Kleber, un Africain, dont on ignore autant le pays d’origine que l’affectation exacte.
Faute d’autres traits caractéristiques, Marcel Legal donne à cette ombre héroïque le nom de son apparence, l’Imperméable. Un long vêtement qui dissimule, qui se faufile, ne s’égare jamais et dont on retrouve la trace dans les endroits les plus improbables…La quête d’informations au sujet de ce mystérieux personnage permettra au petit bureaucrate de saisir les plus hauts faits de la résistance, de se faufiler entre les lignes, d’effleurer aussi la guerre d’Indochine et de pressentir pourquoi, dans un jour qui allait s’avérer proche, ces combattants qui avaient donné leur vie pour une France idéale décidèrent de lutter pour eux-mêmes, pour leur propre avenir et non plus celui d’une métropole ingrate.
Est une habitude de journaliste ? Goujon s’exprime en phrases brèves, précises. Il calcule les mots au plus juste, évite les digressions et fait semblant d’écrire des rapports de police. Mais l’écrivain veille au grain : sous ce mince corset du langage, l’émotion affleure, autant que la tendresse, la générosité. Et la quête de cet homme appelé l’Imperméable mène, toutes affaires cessantes, jusqu’au point d’interrogation final…
La quête de l’Imperméable, c’est d’abord trouver ce livre superbe. Il y a urgence car vos amis méritent ce cadeau là…

Emmanuel Goujon, L’Imperméable, éditions Vents d’ailleurs, 17 euros
info@ventsdailleurs.com