15 décembre 2010

Présidentielles: du vide au trop plein

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Le général de Gaule avait coutume de dire qu’après lui, ou contre lui, «ce ne serait pas le vide, mais le trop plein…[»
A un an des élections présidentielles, prévues à la fin de 2011, le président Joseph Kabila qui compte se représenter pourrait reprendre la formule à son compte. En effet, plusieurs candidatures ont déjà été annoncées, la plus notoire étant celle de Vital Kamerhe, l’ancien président de l’Assemblée nationale, qui a lancé sa nouvelle formation politique, «l’Union pour la nation congolaise» consommant ainsi sa rupture avec le chef de l’Etat et avec la majorité présidentielle. A l’heure actuelle, dénonçant la corruption du régime en reprenant une formule lancée naguère par Karel De Gucht «le poisson pourrit par la tête»«M. Kamerhe dit s’inspirer du président brésilien Lula et flirte avec toutes les tendances de l’opposition il a rendu visite à Jean-Pierre Bemba à la Haye, a été vu au congrès de l’UDPS, le parti de Tshisekedi et mise sur la popularité acquise en 2006, lorsqu’il menait campagne pour Kabila à travers le pays, confirmant dans les quatre langues du Congo, de réelles qualités d’orateur. A l’avenir, l’élu de Bukavu misera aussi sur le fait qu’il s’est toujours déclaré hostile aux accords conclus début 2009 avec le Rwanda et qui avaient mené à des opérations militaires communes destinées à déloger les rebelles hutus.
Cette semaine s’est également tenu à Kinshasa le congrès de l’UDPS (Union pour la démocratie et le progrès social), un parti né au début des années 80. Ce congrès, qui se tient sous la houlette d’Etienne Tshisekedi, rentré au pays depuis une semaine, est le premier jamais organisé par l’ancienne «fille aînée de l’opposition».
Au-delà des querelles entre les diverses factions et membres de sa famille politique ou biologique, M. Tshisekedi compte annoncer officiellement à cette occasion sa candidature à l’élection présidentielle. Quant à M. Bemba, toujours détenu à La Haye par la Cour pénale internationale, il entend bien, selon ses partisans, faire acte de candidature à l’élection présidentielle, dans l’espoir, d’ici là, d’être libéré. Un candidat indépendant, le pasteur Jean-Paul Moka, qui se présente comme «]un homme d’affaires belgo-congolais», a déjà annoncé, lui aussi, son intention de concourir. Il promet de relancer l’action du «mouvement bleu» qui s’était déjà signalé en 2006 et dont les méthodes s’inspiraient du modèle de la célèbre «révolution orange» qui avait soufflé sur l’Ukraine à la fin de 2004.
Selon la presse congolaise, Mobutu Nzanga, le fils cadet du défunt président, dont le parti UDEMO (Union des démocrates mobutistes) fait partie de la majorité présidentielle, aurait lui aussi l’intention de se présenter ainsi qu’un autre des candidats de 2006, le Dr Kashala.
Si elle se confirme, cette pléthore de candidats devrait rendre improbable une victoire de Joseph Kabila au premier tour, alors que, voici quelques jours encore, les partisans du chef de l’Etat croyaient pouvoir réussir un tel pari. [

15 décembre 2010

Sur la piste des archives

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Au Congo, au Rwanda et au Burundi, trois anciennes colonies belges, trois pays post conflits, le socle de la reconstruction passe par la connaissance de leur histoire et donc par l’accès aux archives, celles de la période coloniale, celles du premier demi-siècle d’indépendance. Or durant des décennies, alors que les archives coloniales classées et préservées en Belgique demeuraient largement inaccessibles, la documentation disponible dans ces trois pays subissait de plein fouet les conséquences des guerres, des crises politiques, de l’incurie des pouvoirs publics. Dans la foulée de la commémoration du 50eme anniversaire de l’indépendance du Congo, il était temps de faire un état des lieux, de mesurer les besoins, les attentes, les possibilités de collaboration. Il revenait au Musée royal de l’Afrique centrale et aux Archives générales du royaume de prendre l’initiative de convoquer des spécialistes belges et africains pour qu’ils échangent témoignages et propositions. Dès le premier jour de ce colloque, il apparaît que ces trois pays reviennent de loin: dans le cas du Congo, Mme Ermeline Lanza Doodoo, directrice adjointe des archives nationales, décrit les effets conjugués des autodafés de Léopold II (qui par deux fois ordonna de détruire par le feu les archives de l’Etat indépendant du Congo!) du transfert précipité décidé par l’autorité coloniale à la veille du 30 juin 1960, de la négligence des autorités qui, par la suite permirent que les archives, entreposées sans soin, soient empilées, vendues, dispersées. Même constat au Rwanda, établi par Elias Kizazi, directeur des archives nationales: entreposées dans le stade Amahoro, les archives, durant le génocide de 1994, furent utilisées comme matériel de chauffage et de couchage par les réfugiés qui occupaient les lieux…Quant au Burundi, après des années de désordre, il essaie lui aussi de récupérer, en Allemagne, en Belgique, à Dar es Salaam, les documents de l’époque coloniale et Nicodème Nyandwi, cofondateur de «SOS Archives»a ouvert un «centre de civilisation burundaise». Cette réappropriation de l’histoire ne se fait pas sans mal: l’historien et chercheur congolais Isidore Ndaywel fait état des réticences rencontrées par les chercheurs africains lorsqu’ils s’adressent aux services belges. Pour lui, ces difficultés, qu’elles soient délibérées ou non, génèrent des mythes et des malentendus, comme si la Belgique, après si longtemps, avait encore des «secrets» qu’il fallait dissimuler à tout prix! Dans un autre domaine, celui de la recherche des ascendants belges d’enfants métis, l’anthropologue Bambi Ceuppens a fait état de blocages comparables, cette fois au nom du respect de la vie privée.
Les archives de nos anciennes colonies s’étendent également au domaine audiovisuel: si le cinéma était l’un des outils de la propagande coloniale, il fut aussi l’un des moyens d’expression favoris des Africains. Mais là aussi, l’historien Guido Convents relève une différence de traitement: les films produits par le cinéma colonial ont été conservés et digitalisés avec le soutien de la Coopération belge alors que les oeuvres réalisées par les Congolais après l’indépendance sont restées largement ignorées du public belge, à quelques exceptions près comme le célèbre «la vie est belle» de Mwenze Ngangura et Benoît Lamy. Trois jours de colloque à Tervueren devraient permettre de tracer des pistes pour une meilleure préservation du patrimoine commun.
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14 décembre 2010

A la rencontre des gorilles, héros des Virunga

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Bukima, parc des Virunga
Lorsque les feuilles s’écartent et que son crâne apparaît, immense, comme sculpté dans la pierre, on comprend pourquoi le majestueux gorille Silverback (dos argenté) est le véritable maître du parc des Virunga, l’ancien parc Albert, la première réserve naturelle d’Afrique, créée en 1925. Et lorsque, lentement, l’énorme créature pivote vers les visiteurs demeurés à prudente distance et qu’elle les regarde gravement, une sorte de connivence s’instaure : comment douter du fait que nous, les humains, nous partageons 98% de l’ADN de ce gorille de montagne, celui qui, de tous les animaux, est le plus proche de nous ?
Les guides nous invitent à ne pas faire de mouvements brusques, à éviter les flash des appareils photos, à ne pas défier du regard le chef de tribu. Ils veillent aussi à ce que sur nos visages les masques de tissu demeurent bien ajustés : le gorille, notre presque semblable, est également dépourvu d’immunité naturelle face aux microbes de l’homme, son seul réel adversaire, et le moindre de nos virus pourrait lui être fatal.
Autour du mâle, les autres membres de la famille ne semblent pas perturbés par notre présence : les jeunes font la culbute, une femelle gourmande perchée au sommet d’un arbre cueille délicatement quelques fleurs, elle brise les tiges de bambou et s’en régale avec des gestes de mijaurée. Nous n’avons pas fini de l’admirer qu’une autre femelle surgit soudain, son dernier né accroché au sein et lové dans le creux de son bras, comme un bébé d’homme porté avec tendresse.
Norbert, notre guide, nous avait averti « la visite durera une heure, pas une minute de plus, car il n’est pas question de perturber la famille ; vous êtes priés de garder une distance de sept mètres au moins. » Alors que nous respectons prudemment les consignes, les gorilles, eux, se montrent étrangement familiers : ils nous regardent en multipliant les grimaces, déboulent entre les bambous et nous frôlent d’un air moqueur, sautent d’un arbre à l’autre et se laissent tomber à nos pieds… Après soixante minutes, c’est Norbert qui regarde l’heure sur son portable.
Les gorilles, eux, ont pris les devants. A l’heure pile, précis comme des métronomes, ils nous signifient que l’audience est terminée et, mâles en tête, nous tournent le dos. Les adultes s’engagent à travers les bambous et fendent le feuillage d’un pas décidé, tandis que les petits, batifolants, avancent à reculons et semblent s’attarder comme pour nous livrer un dernier coup d’œil complice.
Norbert explique que cette famille de sept gorilles est particulièrement habituée aux visiteurs, de même que deux autres groupes, comprenant respectivement 34 et 3 membres, qui se promènent sur les flancs du volcan Mikeno, au cœur du parc de la Virunga.
Pour retrouver les primates lors des rendez vous quasi quotidiens, les gardes procèdent avec méthode : alors que les touristes dorment encore dans leur tente dressée dans le hameau de Bukima, une estafette part en expédition, ratisse les collines, détecte les déjections des gorilles et d’après leur aspect, déduit l’heure du dernier passage.
Dès que nous nous mettons en route, le portable de Norbert crépite, les informations se précisent : « ils sont passés à droite, ont franchi la deuxième colline, se sont attardés dans tel buisson de bambou… »A nous qui cheminons en nous griffant aux branches et aux ronces, qui trébuchons dans les ornières gorgées de pluie, la forêt semble impénétrable. Nos guides, eux, se repèrent à quelques entailles dans les troncs, quelques branches cassées. A mesure que les déjections se multiplient, les précisions abondent « ici, ils ont déjeuné, ici, ils ont dormi, ou joué… » Malgré la fatigue des quatre heures de marche à travers la forêt, malgré les faux pas au milieu des lianes et malgré les attaques des fourmis rouges, familières compagnes des gorilles, jamais nous n’avons désespéré, car Norbert était formel, « vous les verrez, je vous le promets ».
Cette heure passée avec les seigneurs de la forêt est un pur bonheur, qui nous récompense royalement des trois heures passées sur la piste reliant Rumangabo à Burkina, qui fait oublier la pluie, la boue, les plantes qui griffent et les insectes qui piquent.
En réalité, si quelques familles seulement font l’objet de visites très réglementées au départ du Congo, du Rwanda et de l’Ouganda, plus de 700 primates vivent encore dans le massif des Virunga, délibérément laissés à l’état sauvage.
Quelques familles de chimpanzés sont également en train d’être approchées dans le but d’éventuelles visites, mais leur familiarisation prend du temps : elles ne supportent encore que les Africains et s’enfuient à la vue de l’homme blanc.
Norbert le reconnaît «depuis qu’Emmanuel de Mérode a été nommé à la direction du parc des Virunga, en 2008, tout a changé pour nous : non seulement les règles ont été rigoureusement observées, mais surtout, le nouveau conservateur a veillé à ce que nous soyons formés, motivés ; les primes qui s’ajoutent à notre salaire de trente dollars, une misère, nous permettent de vivre décemment, nos enfants peuvent fréquenter l’école… »
Bon sang ne peut mentir : à Rumangabo, non loin du camp militaire théâtre jadis de nombreux affrontements, Emmanuel de Mérode reçoit les visiteurs avec une courtoisie princière. Mais derrière le sourire réservé et l’uniforme impeccable, -un miracle d’élégance alors que le conservateur vit sous tente et a transformé en bureaux la maison de ses prédécesseurs- on devine le militaire : cet anthropologue d’origine belge a été formé au Kenya, où son père était déjà directeur d’un parc naturel. Au Congo, directeur de parc naturel, la Garamba d’abord, les Virunga ensuite, ce civil a rang de colonel et est respecté comme un haut membre de la hiérarchie de l’armée.
Rien d’étonnant à cela : les premiers défis à relever sont d’ordre militaire, il s’agît d’assurer la sécurité des visiteurs et plus encore celle de la faune exceptionnelle qui fait de l’ancien parc Albert l’un des trésors du patrimoine mondial, reconnu par l’ Unesco.
Qu’il soit possible aujourd’hui d’escalader le volcan Nyiragongo ou de visiter les gorilles tient presque du miracle : voici deux ans encore, des combattants hutus campaient dans le parc des Virunga, les hommes de Nkunda y menaient de fréquentes incursions, des braconniers capturaient les gorilles, leur tranchaient les mains pour les vendre, en guise de cendriers, sur les marchés de la région, des commerçants venaient s’approvisionner en charbon de bois…
Emmanuel de Mérode, sourire de gentleman et poigne de fer, a mis bon ordre dans cette anarchie ; ses gardes, dotés d’armes modernes et de GPS, assistés par des photos aériennes, traquent désormais sans merci les intrus d’où qu’ils viennent et ne craignent pas de les affronter lors de véritables batailles rangées.
Ici aussi, comme sur le volcan Nyiragongo, les visiteurs sont précédés de discrètes patrouilles militaires : chaque groupe bénéficie d’une escorte invisible mais bien réelle, où une quinzaine de gardes, menant de véritables reconnaissances militaires, veillent à éviter toute rencontre inopportune.
Alors que jadis ils étaient dépourvus de tout moyen, les gardes bénéficient de 80 postes radio émetteurs, de 6 camions 4X4, de dix véhicules tout terrain. D’ici quelques mois.
De Merode entend aussi donner une formation d’élite à 90 nouveaux gardes. Ces derniers, dan,s le camp de Lulimbi, sont déjà pris en mains par des paracommandos belges tandis que d’autres reçoivent une formation d’officiers de police judiciaire.
Cette formation de nouveaux gardes, plus jeunes, mieux équipés, est essentielle à la conservation et au développement du par cet elle était jusqu’à présent financée par la Commission européenne. Un doute plane cependant sur la pérennité de ce soutien : le commissaire au développement, M. Pielbag ne serait guère convaincu de l’importance que représentent les parcs naturels en termes de développement et à Kinshasa, la cellule européenne d’appui aux autorités congolaises mettrait un frein à la formation des gardes par les militaires belges !
Cependant, pour Emmanuel de Merode, l’importance du parc des Virunga va bien au delà de ses attraits touristiques : « il doit aussi être un outil de développement et de paix, c’est à cette condition là seulement qu’il sera respecté par les populations avoisinantes. » C’est pourquoi les recettes, provenant surtout des contributions des visiteurs (plus de 2000 depuis novembre 209) sont réparties équitablement : 50% retournent à Kinshasa et des 50% restant, 30% sont affectées à l’amélioration de la situation des populations locales, (écoles, centres de santé).
Pour l’instant, les visiteurs ne sont encore freinés que par la faiblesse des infrastructures mais d’ici quelques mois, un nouveau « logde » moderne leur sera proposé à Rumangabo et les installations de Bukima seront moins rustiques.
La conservation de la nature, un outil de paix régionale ? De Mérode y croit fermement et met cette conviction en pratique : « depuis 1999, malgré la guerre, le parc collabore avec les voisins rwandais. De bonnes relations nous ont permis de nous rendre, à l’époque, dans les territoires contrôlés par Laurent Nkunda afin d’y plaider la cause des gorilles. En outre, lorsque des gorilles identifiés comme « congolais » évoluent sur le territoire de nos voisins rwandais, ceux-ci nous ristournent une partie des redevances, compte tenu du fait qu’un seul primate représente une recette de un million de dollars par an. Et lorsque des gorilles « ougandais » se promènent chez nous, à notre tour, nous dédommageons nos voisins… »

13 décembre 2010

Michel Galy: un lent pourissement en Côte d’Ivoire

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Le « président du Golf » et le » président de la rue » se font face à Abidjan

Politologue, chercheur au « Centre sur les conflits » (Paris) et animateur de la revue « Culture et Conflits » (1)Michel Galy vient de rentrer d’Abidjan où il a suivi le deuxième tour des élections et les évènements qui ont suivi.

Dans les deux camps, aurait on pu prévoir ce qui s’est passé ?

Chacun, Laurent Gbagbo comme Alassane Ouattara estimait que le rapport de forces lui serait favorable ; le président sortant misait sur ses acquis, son rival comptait sur l’arithmétique ethnique et sur le report des voix d’Henri Konan Bedié. Il est vrai que dans les provinces du Nord, toujours occupées par les Forces nouvelles, on n’entendait que les médias des rebelles, qui entretenaient une certaine psychose, assurant que les gendarmes (originaires du Sud) allaient revenir. Par ailleurs j’ai été étonné de constater que le camp Gbagbo ait laissé la Commission électorale indépendante être contrôlée aux deux tiers par l’opposition…

Il n’empêche que Laurent Gbagbo a perdu…

Oui, si l’on considère comme valides les votes du Nord, qui ont donné à Ouattara des scores « soviétiques » En certains endroits, comme Ferkessédougou, il y avait plus de votants que d’habitants…Le Nord n’était pas vraiment libéré.

Quel est le rapport de forces entre Ouattara et Gbagbo ?

Le premier bénéficie de l’appui de la communauté internationale ; l’ONUCI (Organisation des Nations unies en Côte d’Ivoire) le protège, les 9000 Français de la Force Licorne également et les Forces nouvelles (de 8 à 14000 hommes qui n’avaient pas été désarmés) sont pour lui également. Les deux camps, les rebelles comme les pro Gbagbo recruteraient d’anciens combattants de Sierra Léone et du Liberia. Mais aux yeux de la population d’Abidjan, Ouattara est considéré comme « le candidat de l’étranger » même s’il n’est plus question de l’ « ivoirité ». Retranché dans son hôtel, il ne dirige que la « République du Golf » du nom de l’établissement qui l’accueille et où il se montre très accessible à la presse étrangère, qui lui est très favorable.
Quant à Gbagbo, il dispose d’un « budget de souveraineté » qui demeure très important, des revenus du cacao produit dans les provinces du Sud, des ressources du port de San Pedro, des royalties du pétrole ; l’armée lui demeure lui fidèle même s’il est quelquefois question de « retourner » contre lui l’un ou l’autre général. En outre la capitale Abidjan lui est favorable alors que Ouattara a peur de quitter son hôtel et voudrait aller s’installer à Yamoussoukro, dans le centre du pays, à condition de pouvoir arriver jusque là…
S’il ne recherche plus le contact avec la presse étrangère, largement hostile, le camp Gbagbo contrôle la radio et la télévision ivoirienne, ce qui lui suffit.

Qu’en est il des populations originaires du Nord, qui vivent et travaillent dans le Sud ?

Il y a dans le Sud de trois à quatre millions de « Dioulas », des travailleurs venus du Mali et du Burkina Faso et installés parfois depuis deux générations. Si la guerre reprenait et que ces Sahéliens devaient être obligés de rentrer dans leur pays d’origine, ce serait une catastrophe humaine et économique pour ces derniers, qui ne pourraient les absorber.

Comment sortir de la crise ?

Les scenarios les plus farfelus circulent mais ce qui est sûr c’est que l’élimination violente de l’un ou de l’autre des protagonistes mettrait le feu au pays. On évoque même une présidence tournante, deux ans et demi chacun, ou une forme de cohabitation. Actuellement l’Eglise catholique s’active discrètement à rechercher une solution pacifique mais de part et d’autre on se méfie. N’oubliez pas non plus le troisième homme, Henri Konan Bédié, l’ancien dauphin de Houphouet Boigny : il s’était désisté en faveur de Ouattara, mais son parti, le PDCI (parti démocratique de Côte d’Ivoire) aurait viré de bord. Ce que l’on constate, dans l’immédiat, c’est un pourrissement de la situation, une montée progressive des vendettas, des actes de vengeance : il y a déjà eu plus de 20 morts depuis le second tour, et les Dioulas qui vivent dans le Sud et sont quelquefois isolés dans les plantations demeurent très vulnérables…

Propos recueillis par Colette Braeckman

9 décembre 2010

Les criminels de guerre, entre les “faiseurs de paix” et les “justiciers”

Catégorie commentaire, rencontre

Depuis le début des années 90 et la fin de la guerre froide, la justice internationale s’est invitée à la table des diplomates et des médiateurs : des tribunaux spéciaux ont été créés, pour l’ex Yougoslavie et le Rwanda, la Cour pénale internationale a vu je jour en 2002. Deux logiques semblent désormais s’affronter : d’une part celle des « faiseurs de paix », qui déploient tous leurs efforts pour mettre fin aux conflits armés et amener toutes les parties à la table de négociations. Cette démarche les oblige donc à traiter avec les groupes rebelles, les seigneurs de la guerre, les dictateurs. En face d’eux, les hérauts de la lutte contre l’impunité montent en puissance: ils estiment que la justice n’est pas négociable, que la mettre de côté, au nom du réalisme politique, équivaut à jeter les bases de futur lire la suite

8 décembre 2010

Le retour d’Etienne Tshisekedi

Catégorie actualité

C’est un vieil homme fatigué et malade qui avait quitté son pays voici trois ans. Qui aurait alors osé parier sur la possibilité d’un « grand retour » d’Etienne Tshisekedi ? C’était compter sans la médecine et surtout sans l’opiniâtreté du vieil opposant, convaincu, aujourd’hui comme hier, que la démocratisation du Congo passe par lui. lire la suite

7 décembre 2010

Entretien exclusif avec Kabila, chef de chantier

Catégorie actualité, interview

Interview du président Joseph Kabila, réalisée à Kinshasa le 4 décembre

Kinshasa a accueilli le 20eme sommet ACP Union européenne, en 2012, la ville abritera le sommet de la francophonie… Le Congo est-il de retour sur la scène internationale ?

Dans la ville, il y a eu de petits changements c’est vrai, mais il faut rester modeste. Petit à petit, le Congo reprend sa place au centre du continent, une place stratégique. Ce pays doit être un pont entre l’Est et l’Ouest, entre le Nord et le Sud. Il doit aussi être le vrai moteur du développement du continent. Nous sommes sur la bonne voie, même si cela nous a pris beaucoup de temps, d’énergie, de sacrifices…

En janvier il y aura dix ans que vous avez succédé au Mzee Laurent Désiré Kabila, votre père. Quel bilan tirez vous de cette décennie ?

Il est difficile de parler d’un bilan maintenant…En 2001, le pays était dans un état de guerre, de division. L’assassinat de Mzee fut un coup dur pour la famille certes, mais la plus grande famille de Mzee, c’était le Congo tout entier.
De 2001 à 2003, nous avons connu les négociations de paix. De 2003 à 2006, nous étions en période de transition. 2007 fut une année de planification, de négociation avec les partenaires, principalement la Chine. C’est seulement à partir de 2008 que la reconstruction a effectivement commencé. Cela ne fait finalement que deux ans ; on a perdu huit ans à cause des négociations, à cause de la guerre à l’Est.
Ce qui me satisfait, c’est qu’on n’a pas commencé uniquement par Kinshasa. Ceux qui arrivent dans la capitale oublient que Kinshasa, siège des institutions, ce n’est pas tout le Congo. Ce qui compte c’est que les travaux ont commencé sur toute l’étendue du territoire national. Mais le Congo c’est 2.345.000 Km2. Si nous avons réalisé 60 ou 100 kilomètres de route asphaltée, ce n’est rien encore, il reste beaucoup à faire…

Réunification du pays, élections, reconstruction… Quelles sont vos prochaines priorités ?

On va faire plusieurs choses à la fois, et d’abord continuer à consolider la démocratie, renforcer la paix et la stabilité. Car sans la paix, le développement ne sera qu’une illusion. La démocratie, cela signifie que les élections auront lieu comme prévu, dans les délais prévus. J’y tiens beaucoup. Ces élections doivent avoir lieu avant la fin de l’année 2011.

D’aucuns parlent d’une réforme de la Constitution, d’un troisième mandat…

Mais on n’en est pas encore là ! Je crois qu’ il faudra introduire quelques réformes, principalement dans la loi électorale. Ce qui compte c’est d’aller aux élections, le reste viendra après. A propos de la Constitution, qui date de 2006, il y a quatre ou cinq articles à revoir, à propos du découpage territorial, du Conseil supérieur de la magistrature, mais la priorité absolue, ce sont les prochaines élections, il faut enraciner la démocratie.

La campagne a-t-elle déjà commencé ?

Non pas du tout, elle ne commencera pas avant juillet ou septembre 2012, on n’a pas encore arrêté la date.

Mais déjà vous circulez beaucoup dans le pays, on vous voit partout…

Cela, c’est mon travail. Un président de la république qui ne prendrait pas le temps de circuler partout ne pourrait se faire une idée des vrais défis à relever. J’ai déjà fait deux fois le tour du pays et je suis conscient du défi de la pauvreté, de la misère que connaît la population. C’est cette connaissance de la situation qui me permet de rechercher des solutions.

Avez-vous, au cours de ces déplacements, découvert des situations que vous ne connaissiez pas ?

Certainement : la misère, l’enclavement, mais aussi l’espoir qui anime notre peuple. L’espoir de voir la situation s’améliorer, la certitude que cela ira de mieux en mieux…

Même s’ils apprécient les nouvelles routes, les gens estiment que le « social » n’est toujours pas au rendez vous, et la faim est toujours là…

Il faut décortiquer ce qu’est le social. Le social c’est quoi ? Je pense que c’est mettre à la disposition de la population les soins de santé, ce qui signifie la réhabilitation des dispensaires, des hôpitaux. Le social, ce sont aussi les écoles. Que nos enfants puissent aller à l’école, étudier dans de très bonnes conditions, c’est cela l’avenir du Congo. Tercio : il faut que le Congo soit vraiment autosuffisant sur le plan alimentaire. Il nous faut aussi veiller à payer les salaires de nos fonctionnaires, de nos enseignants, de nos militaires. On y travaille. La situation, par rapport à ce qu’elle était en 2001 ou même il y a vingt ans ne souffre pas de comparaison. Voici quinze ans, le taux d’inflation dans ce pays était à quatre chiffres. L’argent circulait dans des valises, des camionnettes… Aujourd’hui il y a une vraie stabilité monétaire. Le social, on y travaille, avec des objectifs à long terme.

Quelles sont vos priorités ?

L‘agriculture, c’est la priorité des priorités : 65 % de la population vit en milieu rural. Mais il ne s’agît pas de n’importe quelle agriculture : nous avons pour objectif de mécaniser cette agriculture, de lui apporter un plus. C’est pourquoi nous avons entamé un programme de mécanisation, mille tracteurs ont déjà été commandés cette année, mille autres sont prévus pour 2011.
En outre, nous devons reprendre la plupart des plantations qui existaient naguère dans l’Equateur, le Maniéma, le Bas Congo. Alors qu’à l’époque coloniale nous exportions de l‘huile de palme, du cacao, aujourd’hui nous sommes devenus importateurs. Le Congo a la capacité de devenir le premier producteur de ces produits, mais nous devons avancer méthodiquement, avec une bonne planification.

Pourquoi avez-vous suspendu la commercialisation des produits miniers dans les provinces de l’Est du pays ? Depuis lors l’économie tourne au ralenti…

Mais de quelle économie s’agît il ? L’économie de la fraude, peut-être… Il est souvent question des richesses de notre pays. Mais il faut aussi que nous puissions contrôler à 100% nos ressources. Or nous n’avions pas ce contrôle. L’objectif de la suspension de l’exploitation et de l’exportation des produits miniers est donc de nous permettre de faire une étude afin de voir comment la RDC et sa population pourraient mieux profiter de ces ressources. On ne me convaincra pas du fait que c’est en exportant des matières brutes que l’on crée des richesses. Voyez Walikale, la plus grande zone de production minière du Nord Kivu : là bas, il n’y a pas d’hôpitaux, pas d’écoles, rien, zero. Mais chaque jour une vingtaine d’avions atterrissent pour évacuer les minerais ! Il y a un problème, et il faut équilibrer tout cela. Certes, nous allons continuer à exporter nos minerais. Mais parallèlement, nous avons besoin aussi d’hôpitaux, d’écoles. En ce qui concerne l’or, le diamant, c’est la même chose… Au Kasaï, je suis allé à Tshikapa et Mbuji Mai, à deux reprises. On y exporte beaucoup de diamants, mais cela ne se reflète pas dans le développement sur le terrain…

Chassés des carrés miniers, les creuseurs pensent que vous leur êtes hostile…

Il est vrai que je suis contre cette histoire de creuseurs. Mais il est vrai aussi que l’on ne peut pas demander d’emblée à tout le monde de quitter, il faut une transition. Voyez le Botswana, la Namibie, eux aussi exportent des diamants mais là bas, il n’y a pas de creuseurs, pas plus qu’en Angola, ou qu’au Canada…
Ici, on avait libéralisé l’exploitation dans les années 80, mais maintenant, il est temps de se demander si cette exploitation ouverte à tous a été bénéfique pour la population ou si, au contraire, elle a été contreproductive. Nous allons apporter les corrections nécessaires et avancer ensuite. Ce type d’exploitation n’a rien apporté, ni en termes d’infrastructures ni en termes de développement.
La transition devrait durer quelques mois et peut-être deux ou trois ans…

Durant combien de temps allez vous maintenir la mesure de suspension ?

Les études sur les mesures à mettre en place sont maintenant terminées, la suspension des activités minières dans l’Est devrait durer encore un mois ou deux…

Si les civils sont effectivement bloqués, tout le monde assure, au Nord Kivu en tous cas, que les militaires continuent à exploiter les mines…Avez-vous les moyens de les maîtriser ?

Nous disposons de ces moyens, à 100%. D’ailleurs il est beaucoup plus facile de contrôler les militaires que les civils: ils ne peuvent creuser et aller à la frontière pour exporter, ils sont obligés de vendre…

Mais les militaires, à raison d’un dollar le kilo, embarquent le minerai dans leur véhicule et l’amènent à la frontière…

C’est à vérifier. Le jour où on les attrapera, ils seront certainement sanctionnés. On accuse les militaires de faire du business, mais il faut en apporter la preuve. Nous avons une armée de plus de 100.000 hommes, déployés sur toute l’étendue du territoire national ; or je n’ai jamais vu aucun rapport accusant les militaires déployés au Katanga, au Bas Congo ou au Kasaï, de faire du business…
Ce qui est vrai, c’est que durant la transition nous avons du intégrer dans nos forces armées des éléments qui n’auraient pas du s’y trouver car ils ne remplissaient pas du tout les critères requis, entre autres la discipline. Mais comme il nous fallait faire la paix, nous les avons intégrés ; c’est une situation que nous corrigeons petit à petit.

Certains militaires refusent d’être déplacés dans d’autres régions du pays…

Jusqu’à présent, on n’a pas encore donné l’ordre aux militaires de se déplacer. Mais le jour où, dans le cadre de la réorganisation de l’armée, on leur en donnera l’ordre, je suis convaincu du fait que la plupart de nos unités accepteront de partir, sans résistance. D’autres unités seront alors déployées à l’Est…

Discutez vous de la situation sécuritaire à l’Est avec vos homologues les présidents des pays voisins ? Avec le Rwanda l’entente semble bonne…

Oui, mais pas seulement avec le Rwanda. Avec tous les pays voisins, nous entretenons de très bonnes relations, qu’il s’agisse de l’Angola, de la République centrafricaine, de l’Ouganda. Avec tous nos voisins, cela va de mieux en mieux. Tous, y compris les belligérants d’hier, ont compris qu’avoir la stabilité dans la région, c’était notre intérêt à tous.

La situation au Soudan ou un referendum aura lieu dans le Sud en janvier risque-t-elle d’avoir des répercussions au Congo ?

La situation au Sud Soudan nous interpelle, nous la suivons de très près. Vu l’étendue du territoire national, il y aura toujours des problèmes dans un coin ou l’autre…
Actuellement le contentieux avec l’Ouganda concerne la LRA (Lords resistance army) et l’ADF Nalu. C’est un problème que nous sommes en train d’évacuer, c’est une question de temps. Mais il est vrai qu’à l’Est du pays on n’est plus très patient…Et cela alors que la situation s’est améliorée. Par rapport à ce quelle était voici deux ans, c’est le jour et la nuit…
Il faut voir les évolutions. Ceux qui critiquent le Congo ce sont ceux qui n’ont jamais mis les pieds sur le terrain. Si vous ne connaissez pas la RDC vous pouvez tout dire. C’est un pays qui avance, qui a encore beaucoup de défis à relever mais la détermination est là. La population se réveille…

Cette année, la mort de Floribert Chebeya a secoué l’opinion. Qu’avez-vous ressenti à ce moment ?

Lorsque, à la veille du Cinquantenaire j’ai été informé de cette affaire, le premier rapport que j’avais reçu parlait d’un accident, il était question de crise cardiaque, d’infarctus. Finalement les enquêtes ont montré autre chose. Ce n’était pas du tout le moment de perdre quelqu’ un comme Chebeya. L’essentiel est que le procès est maintenant en cours, espérons que la vérité va éclater. A la veille du 30 juin, cette affaire a été un très grand choc pour moi…

Cependant Chebeya se montrait très critique à votre égard…

Oui, il était critique, mais il ne faisait que son travail…

Cette mort a effrayé les autres défenseurs des droits de l’homme…

Ils ne doivent pas avoir peur. J’ai toujours dit aux défenseurs des droits de l’homme que j’étais leur premier allié. Je serai toujours là pour les défendre.

Les journalistes aussi ont peur, certains d’entre eux ont été assassinés…

Ils ne doivent pas avoir peur. On a besoin d’eux pour qu’ils dénoncent ce qui ne va pas, et ce que nous ne savons peut-être pas, ni moi, ni mes services de renseignement, ce que peut-être on nous cache…Il est bon de révéler les choses, mais il faut avoir les éléments et pas se baser sur des rumeurs…

Vous aviez promis la tolérance zero face à la corruption, à l’illégalité.. Or plusieurs contrats avec des sociétés étrangères ont été mis en question…

Au moment de la revisitation des contrats miniers, sur une soixantaine de dossiers examinés, deux sociétés n’ont pas accepté de renégocier avec l’Etat congolais, First Quantum et Tenke Fungurume. Avec cette dernière, le dialogue s’est maintenu et voici deux mois, nous sommes arrivés à une conclusion.
Mais avec KMT c’était l’arrogance ; ils étaient catégoriques, refusaient de négocier. Cette arrogance, je la refuse : on ne peut pas venir au Congo et chercher à nous imposer ainsi des desiderata ; c’est inadmissible, nous ne pouvions accepter. Ils sont allés en justice, et ont fait beaucoup de bruit. Ce qui donne l’impression que cela ne va pas dans l’ensemble du pays alors qu’il ne s’agît que d’une seule société…Un autre cas est aussi celui de la société Tullow qui veut exploiter le pétrole dans le lac Albert. Cette société, qui était déjà implantée en Ouganda est revenue après la guerre mais entretemps nous avons trouvé mieux. Nous avons demandé aux gens de Tullow d’améliorer leur offre et ils ont refusé. Il faut aussi savoir que pour avoir accès au bloc pétrolier dans le lac Albert, il faut disposer d’une ordonnance signée, ce que Tullow n’avait pas. Une autre société nous a proposé une meilleure offre et nous lui avons accordé l’exploitation. Ce contrat là est meilleur pour le pays même si, au fur et à mesure il faudra l’améliorer.
Nous allons aussi bientôt adopter le code pétrolier…

Comment appliquez vous la « tolérance zero » face aux cas de corruption ?

A l’époque où j’ai parlé de cela, on a compris que le président allait devenir, en même temps, le policier qui arrête les gens, le procureur, le tribunal…J’ai énoncé le principe selon lequel, dans ce pays, personne ne sera au dessus de la loi. Mais il appartient à nos institutions, à nos organes compétents de faire leur travail. C’est là que nous rencontrons beaucoup de difficultés, de faiblesses. Ce n’est pas pour rien que l’on a déjà changé à deux reprises les responsables au niveau de la justice, qu’on les adjure sans cesse de faire leur travail. Ma volonté, c’est que soit effectivement pratiquée la tolérance zero vis-à-vis des criminels dans ce pays. Mais je ne peux pas tout faire, être contremaître sur les chantiers, jouer au justicier…

Avez vous quelquefois du temps libre ?

Ces derniers temps, pas du tout. D’ailleurs ca se voit : je vieillis beaucoup plus vite que la plupart des gens…

Ce que vous aimez en guise de loisir, c’est conduire vous-même sur les pistes de brousse?

Si je fais cela, c’est aussi pour vivre la même situation que tout le monde, que tous les usagers de nos routes et nos pistes. Je n’appellerais pas cela des loisirs…
Comment voudriez vous que je m’offre le luxe de prendre des vacances ? Ce n’est pas ma façon de faire, de voir les choses. Le Congo a besoin de moi ! Tant que j’ai encore cette énergie, que je suis encore en bonne santé, c’est le moment de travailler, de donner 110% pour ce pays, pour le relever…Ce qui me pousse à aller de l’avant, c’est que j’ai toujours de l’amour pour ce pays, le Congo…

Pourrait on imaginer au Congo un scenario comme celui de la Côte d’Ivoire ?

Je ne crois pas. Il y chez nous une autre culture politique, d’autres coutumes et traditions. Chez nous, il a y a eu cette volonté de démocratiser le pays, d’aller de l’avant, cela a beaucoup joué. Les choses ont beaucoup avancé. Je ne dirais pas que l’on a atteint le point de non retour, mais on est arrivé loin, très loin. A l’avenir il sera beaucoup plus difficile de ramener le pays, le peuple congolais, à la case de départ, à la guerre, à la partition du pays. Je ne crois pas un tel scenario chez nous…Ce qui nous lie est beaucoup plus fort que ce qui peut nous diviser.
Le peuple congolais l’a démontré : il est impossible de diviser ce pays. Les élections vont nous aider à renforcer davantage cette unité, elles représenteront un pas en avant..D’ici une quinzaine d’années, le Congo occupera l’un des premiers rangs en Afrique, c’est faisable. Pour cela, nous avons besoin de stabilité, nous devons contrôler nos ressources, ce que nous sommes en train de faire. Ajoutons y une bonne utilisation de nos ressources humaines et d’ici dix ou quinze ans, c’est parti…
D’autres pays ont aussi des ressources, c’est vrai, mais nous, en plus, nous avons la population. Et quelle population ! Dynamique, capable de se débrouiller…

Avec le recul, vous réjouissez vous d’avoir conclu des contrats avec les Chinois ?

Certainement : malgré la résistance de beaucoup de nos partenaires, due sans doute au manque de communication, nous sommes allés de l’avant. Mais aujourd’hui, qui peut venir ici et nous convaincre du fait que le Congo aurait eu tort…Les Chinois certes, nous ont beaucoup aidés, mais nous-mêmes nous avons aussi mis des moyens en œuvre : nous avons continué à consolider notre armée, à renforcer notre capacité de défense mais au lieu d’acheter des chars de combat, nous avons donné priorité à la reconstruction. Avant le début des travaux, personne n’y croyait vraiment. Aujourd’hui les gens voient ce qui se fait, la confiance est là, ils constatent que c’était une bonne décision…
La reconstruction de ce pays, c’est un travail de longue haleine, il y aura toujours des chantiers, même après nous. Ceux qui viendront après nous seront obligés de continuer… Il nous faut aussi souligner la forte participation du secteur privé : à Kinshasa le secteur privé contribue pour 40% à la reconstruction de la ville ! La capitale change à toute vitesse, à nous de veiller à être plus rigoureux en matière d’urbanisme, de planification. La ville compte de 7 à 8 millions d’habitants, ce sera peut être le double d’ici 5 ou 10 ans… Il nous faudra donc aller plus beaucoup plus vite en matière d’urbanisme, à Kinshasa mais aussi dans d’autres villes comme Bukavu ou Goma. On va bientôt constituer la « réserve stratégique de l’Etat », afin de planifier l’extension de la plupart de nos villes…Pendant une vingtaine d’années, on a complètement oublié qu’il y avait un Etat à gérer, puis il y a eu la guerre…Maintenant le temps est venu de réglementer, de remettre de l’ordre dans ce pays…

3 décembre 2010

Collision frontale en Côte d’Ivoire

Catégorie actualité, commentaire

Alors que la situation se tend dangereusement en Côte d’Ivoire, quelques réflexions s’imposent : la première, au vu des électeurs qui se sont dirigés vers les bureaux de vote dans le calme, mus par l’espoir d’enfin sortir de la crise, on ne peut que constater que si les peuples d’Afrique sont mûrs pour l’exercice démocratique, les dirigeants bien souvent ne le sont pas, ils sont taraudés par le goût du pouvoir, l’ambition, le sentiment de leur légitimité exclusive. La seconde constatation, c’est que, même si les élections étaient considérées comme un moyen d’enfin stabiliser le pays, il était sans doute imprudent, dans le chef de la communauté internationale, de les organiser dans un pays toujours coupé en deux, culturellement et surtout géographiquement. En effet, les provinces du Nord toujours contrôlés par les Forces nouvelles n’ont jamais été réellement réunifiées avec le reste du pays et cette division, ce contrôle bien réel exercé par les anciens rebelles pouvait évidemment alimenter toutes les suspicions.
En outre, on savait depuis longtemps qu’entre Ouatttara et Gbagbo, le choc ne pouvait qu’être frontal, qu’aucune conciliation n’était possible en dépit des belles paroles échangées sous les feux des caméras. Le premier en effet est très visiblement soutenu par la «communauté internationale» dont il parle langage et a adopté les manières policées, tout en ayant discrètement soutenu la rébellion, alors que le second se pose en héros dénonce les innombrables coups fourrés dont il a déjà fait l’objet (et dont certains sont bien réels…) et mise sur le plus dangereux des alliés, la rue d’Abidjan, galvanisée par une idéologie nationaliste. Entre ces deux hommes le fossé est profond, la haine sans doute totale ; elle pourrait pousser aux pires violences leurs partisans respectifs et décourager toute tentative de médiation à l’africaine, d’hypothétique partage du pouvoir…
Sans doute fallait il être naïf ou machiavélique, pour croire que le fair play serait possible entre deux hommes qui, sous des dehors courtois et contrôlés sont aussi des chefs de bande, prisonniers l’un comme l’autre de leurs entourages et de leurs sponsors.
Les risques sont grands de voir la Côte d’Ivoire à nouveau plongée dans la guerre civile et s’acheminer vers un éclatement de facto. Cette fracture pourrait s’étendre à toute la région, où l’on a déjà vu le Sénégal d’Abdoulaye Wade soutenir ouvertement Ouattara tandis que les populations sahéliennes s’identifient aux « nordistes » ivoiriens.
Les élections ressemblaient à une voie royale pour sortir de la crise, mais avant de la choisir, il aurait fallu être sûr que les deux conducteurs étaient résolus à respecter le code de la route et que la police de roulage était impartiale…

2 décembre 2010

Le secteur minier du Kivu est à l’arrêt

Catégorie actualité

Goma et Walikale

Les hommes d’affaires de Goma et de Bukavu n’en finissent pas de se lamenter depuis que le 6 septembre dernier, les conviant à un dîner à l’hôtel Ihusi de Goma, le président Kabila leur annonça tout de go que la commercialisation des produits miniers était suspendue jusqu’à nouvel ordre, et que les stocks déjà constitués devaient être placés sous scellés. «Cela nous permettra d’y voir plus clair, de mettre un peu d’ordre dans ce secteur » avait-il conclu.
Depuis lors, tous les comptoirs offrent le même spectacle que la parcelle de Metalchem à Goma : seuls des gardiens et des jardiniers empêchent la végétation de reprendre ses droits autour des containers verrouillés ; les broyeuses, les séchoirs sont à l’arrêt, les installations électriques déconnectées. « Chaque container contient du minerai, coltan ou cassitérite, pour une valeur de 250 à 280.000 dollars » explique le patron de Metalchem, John Kanyoni qui est aussi le vice président local de la FEC, la Fédération des entreprises du Congo. Dans la seule province du Nord Kivu, les stocks bloqués représentent une valeur de 20 millions de dollars. Deux banques de la place, qui avaient avancé des capitaux aux négociants, sont au bord de la faillite et au Nord comme au Sud Kivu, le commerce fonctionne au ralenti, l’argent ne circule plus. lire la suite

2 décembre 2010

Le grand retour du cardinal Monsengwo

Catégorie actualité

Les Kinois devront attendre une semaine encore avant d’accueillir Etienne Tshisekedi, le charismatique leader de l’UDPS (Union démocratique pour le progrès social) qui annoncera sa candidature à l’élection présidentielle.
En revanche, c’est en grande pompe que l’archevêque de Kinshasa, Mgr Laurent Monsengwo, récemment élevé au rang de cardinal, est revenu au pays.
Alors que le retour de Tshisekedi, qui aurait du coïncider avec celui du prélat, inquiète le régime plus qu’il ne veut l’avouer, en revanche toute la République s’est mobilisée pour célébrer l’ancien évèque de Kisangani, passé à l’histoire pour avoir dirigé les travaux de la Conférence nationale souveraine au début des années 90. lire la suite