16 mars 2011

Un proche de Bemba analyse le malaise de l’opposition

Catégorie actualité, interview

Le député Delly Sesanga Hipungu n’est pas un novice : militant de longue date du Mouvement pour la libération du Congo, il fut ministre du Plan puis directeur de cabinet de Jean-Pierre Bemba. Aujourd’hui, alors que la RDC se dirige à nouveau vers des élections, cet avocat de formation dresse, sans complaisance, le bilan des forces en présence et surtout il analyse les stratégies mises en place.

« Du côté du MLC, dit-il, « il y a un vide évident, du au fait que, depuis La Haye où il est détenu par la Cour pénale internationale, Jean-Pierre Bemba continue à diriger le parti et entend bien se présenter à l’élection présidentielle… »

Comme il est peu probable que le « chairman » absent, ait des chances de l’emporter, le député constate que l’opposition n’a plus d’homme fort dans l’Ouest du pays et en particulier dans l’Equateur et le Bandundu. « Cette situation entraîne une radicalisation de la base, qui n’a plus de références. C’est pourquoi j’ai créé l’Envol, qui se veut un groupe de réflexion et publié un ouvrage préfacé par Mgr Monsengwo, “la voie du changement”… »

A part Bemba, qui a été écarté du terrain, quels sont les autres rivaux de Kabila à l’élection présidentielle ? Pour Sesanga, « Vital Kamerhe n’a pas encore convaincu…A peine a-t-il quitté le pouvoir dont, au titre de président de l’Assemblée, il était l’un des piliers, qu’il veut prendre le leadership de l’opposition, sans avoir fait, au préalable, le travail qu’il fallait, à la base… Quant à Etienne Tshisekedi, non seulement il va se présenter mais il est convaincu du fait qu’il ne peut que l’emporter, qu’après tant d’années, le pouvoir lui revient… » Inquiet, le député constate une certaine radicalisation des positions : « chez Kabila, tout le monde croit que le président sortant va l’emporter et l’idée d’une défaite n’est même pas envisagée. Quant à Tshisekedi, il n’est pas dans une logique de perdant et ses partisans encore moins. Lors de la proclamation des résultats, quels qu’ils soient, cela pourrait provoquer des violences,  une situation difficile à gérer… »

Dans cette perspective, jugeant que la démocratie congolaise est encore fragile, Delly Sesanga met en œuvre son imagination : « l’opposition  ne peut,   avant la présidentielle, compose un ticket où seraient déjà attribués les quatre postes clés, Président de la République, premier ministre, président de l’Assemblée et du Sénat. Pour connaître les forces de chacun, il faudra attendre le résultat des élections législatives, savoir de combien de parlementaires dispose chacun des partis d’opposition. Mais ce que l’opposition pourrait faire, à cette étape, c’est conclure un accord de principe, selon lequel le futur président, quel qu’il soit, ne choisira pas le Premier Ministre dans son propre parti, mais dans la formation qui, après lui, aura le plus de voix…Le ticket, avec les noms, serait ainsi composé en fonction des résultats…Il faudrait aussi que soit signée, avant les élections, une sorte de « charte éthique » qui permettrait de sanctionner les fautes politiques. »

La modification de la Constitution, établissant un scrutin présidentiel à un tour, viole-t-elle les accords de Sun City ? Pour le député d’opposition, « le prescrit  légal n’a peut-être pas été violé,  mais l’esprit des accords de Sun City a été trahi. En effet,  c’est après de longues discussions que les négociateurs avaient adopté le scrutin présidentiel à deux tours, ils savaient ce qu’ils faisaient et ils souhaitaient que, dans ce pays post conflit, et qui n’est toujours pas totalement stabilisé, le président élu jouisse d’une forte légitimité, celle que confère le deuxième tour du scrutin…Ce que je crains, ce sont d’autres modifications du dispositif électoral, il serait question de séparer l’élection présidentielle de l’élection législative. Autrement dit, les députés ne seraient élus qu’après que soit connu le futur président. Là, on joue vraiment avec le feu, car  on imagine déjà tous les ralliements, tous les « achats de conscience » qui seront rendus possibles lorsque le tenant du pouvoir suprême sera connu… »

Inquiet, le député constate que, « comme en Côte d’Ivoire, il se pourrait qu’aucun des candidats à la présidence ne s’imagine en position de vaincu, ne soit prêt à accepter sa défaite…Or l’un tient l’armée (ndlr. Kabila) l’autre peut mobiliser la rue (ndlr. Tshisekedi)  Il faudra donc, de manière impérative, mettre en place, avant le scrutin, un  dispositif contraignant, afin de faire accepter les résultats. Il ne s’agira pas d’une  simple formalité… »