7 avril 2011

Michel Galy,contre l’action militaire

Catégorie actualité, interview

Cette intervention militaire des forces onusiennes et des Français était elle la seule solution ?

Depuis janvier je m’oppose à toute intervention militaire, je crois qu’il aurait fallu poursuivre la négociation, il y avait encore de l’espace pour cela, des champs de manoeuvre…En plus, il est évident que le mandat de l’ONU n’a pas été respecté : l’un des points, c’est qu’il fallait protéger les civils. Or les armes lourdes de Gbagbo ont été visées et détruites, mais celles de Ouattara sont demeurées intactes.   En outre, des informations précisent les soutiens, entre autres Français,  dont ont bénéficié les rebelles de Ouattara appelés aujourd’hui forces républicaines : des éléments des forces spéciales françaises ont combattu à leurs côtés.

Comment envisagez vous l’avenir ?

Je crains les représailles, elles ont déjà commencé. La mécanique qui se déroule en ce moment me rappelle d’autres moments : on diabolise un leader qu’on n’aime pas, on le sabote, on donne un habillage juridique à une opération qualifiée d’internationale, la force finit par l’emporter et on se retrouve avec un Etat client, qui reproduit le schéma post colonial.

Quels seront les défis que rencontrera M. Ouattara ? Pourra-t-il recoudre ce pays déchiré ?

Il a déjà annoncé une politique de réconciliation nationale, mais elle sera difficile à mettre en œuvre. Certes, il recevra des soutiens financiers importants, la communauté internationale l’aidera à reconstruire, mais je me demande tout de même si ses troupes ne vont pas se livrer à des représailles. Déjà la violence qui éclate dans des quartiers d’Abidjan a des allures de vengeance.  En outre, Ouattara n’est pas un chef de guerre, et en dessous de lui, au sein de ses troupes, il y a de véritables seigneurs de la guerre, qui avaient mis le Nord du pays en coupe réglée et s’étaient constitué des fiefs. En dépit de ce que l’on peut dire, la moitié de la population d’Abidjan est hostile à Ouattara, 54 % des électeurs avaient voté contre lui.  Dans les provinces du Nord, occupées par les rebelles, avec lesquels il avait des contacts, il n’a rien fait pour mettre en place une certaine économie formelle, ces régions sont en pleine régression, entre autres dans les mines d’or où les populations Senoufo sont traitées comme des esclaves.

Comme en Irak, comme en Afghanistan, nous allons assister en Côte d’Ivoire à une sorte de restauration néo coloniale…