25 août 2011

Gil Courtemanche: petits bonheurs et gros chagrin

Catégorie actualité, commentaire

Cet homme là savait écrire comme personne sur les petits bonheurs de la vie. Le quotidien modeste, l’amitié fidèle, l’amour aussi, triomphant ou écorché. Ce n’est cependant pas lors de ces rendez vous là que nous l’avions rencontré, même si nous avions partagé un café, une bière et quelques souvenirs dans le Vieux Montréal. Si, en quelques instants, nous avions sympathisé avec Gil Courtemanche, c’est à cause du Rwanda : se trouvant à Kigali en 1994, il avait tiré de cette tragédie un livre à nul autre pareil, « un dimanche à la piscine ».

Un roman ! Comment avait il osé ? Comment s’était-t-il permis la fiction, alors que les scènes bien réelles qui s’étaient déroulées à l’hôtel des Mille Collines (lieu supposé de son histoire) dépassaient tout ce que l’imagination aurait pu produire ? Comment avait il pu parler d’amour, de peines de cœur, de « blues du Blanc » dans ce décor apocalyptique, où seule la mort avait droit de cité ? Et cependant il l’avait fait, et son  roman avait dépassé en force, en vérité, bien des témoignages, au point de susciter un film du même nom…

Chroniqueur au « Devoir » de Montréal, Gil Courtemanche avait continué à traquer le réel, à le scruter par le petit bout de la lorgnette, mais surtout, avec son air de faux cynique, de celui qui dit ceci ou cela sans y toucher, il avait continué à s’engager à propos du Rwanda, à défendre sa conception de la vérité.

Selon la formule à la fois consacrée et maudite, c’est une longue maladie qui l’a emporté. Après un long combat, après la traversée, sans doute, de la solitude, de la douleur.

Gil Courtemanche savait écrire sur les petits bonheurs, et aussi sur les tragédies de notre époque. Sur le Rwanda, mais aussi l’Ethiopie, ces pays d’Afrique qu’il savait rendre si proches.

Comment conjuguer le souvenir des petits bonheurs d’hier, et le gros chagrin que laisse sa disparition ?