25 août 2011

Le général Giap: centenaire et toujours présent

Catégorie actualité, commentaire

« C’est par l’énumération de vos victoires que j’ai appris la géographie de votre pays… » Sous les applaudissements de l’assistance, le Belge Lucien Outers, alors Ministre de la Coopération, renouait ainsi,  en 1978, les liens entre le Vietnam et la Belgique et portait un toast à un petit homme aux lunettes rondes, à la poitrine couverte de médailles. A cette époque déjà, Vo Nguyen Giap avait sa place dans les livres d’histoire : après s’être battu contre les occupants japonais durant la deuxième guerre mondiale à la tête d’une petite armée de partisans, il avait, en 1954,  infligé une défaite majeure au corps expéditionnaire français qui laissa dans la cuvette de Dien Bien Phu 2200 morts et plus de 11.000 prisonniers. A la tête de l’armée populaire vietnamienne, il affronta ensuite les Américains et, malgré les bombardements des B52, mit en échec la superpuissance, capturant, en 1975, la ville de Da Nang, défendue par plus de 100.000 hommes, prélude à la chute de Saïgon.

Considéré, au même titre que Ho Chi Minh,  comme l’artisan de la libération du Viet Nam, la popularité du général Giap demeure immense et son centenaire a été célébré moins par les instances officielles  que par la population qui lui a spontanément rendu hommage.

C’est que le général Giap, enseignant, journaliste au départ, puis fondateur du parti communiste vietnamien aux côtés de l’ « Oncle Ho » (Ho Chi Minh) n’est pas seulement l’un des meilleurs stratèges du 20eme siècle, qui mit en échec les puissances de l’époque (le Japon, la France puis les Etats Unis), il est demeuré un homme de conviction : intouchable, considéré comme une sorte de statue de Commandeur, il ne s’est pas privé, au cours des dernières années, de mettre en cause les orientations politiques du parti, la corruption,  les concessions au capitalisme. Au nom de la souveraineté nationale et de la défense de l’environnement, il a critiqué, avec virulence, la décision de laisser un groupe chinois prendre le contrôle d’un gisement de bauxite sur les haut plateaux, au centre du pays.

Mis à l’écart du bureau politique du parti communiste dès 1982, le général Giap est demeuré, pour les jeunes générations, le symbole d’un combat nationaliste, le père de l’indépendance.

Malgré les accords de paix, la normalisation des relations et la bannière commune de la francophonie, ses adversaires de l’époque, eux non plus, n’ont pas oublié. Au Rwanda en 1994, les militaires français de l’Opération Turquoise, encerclés à Gikongoro par le Front Patriotique rwandais dirigé par cet autre redoutable stratège qu’est le général Kagame, avaient rebaptisé les collines qui les entouraient : Gabrielle, Huguette, Dominique… Le nom des collines qui entouraient la cuvette de Dien Bien Phu, où le colonialisme français  en Asie subit un échec cinglant…